Le pouvoir d’achat des Français à la hausse ?

Ce n’est pas vrai, ce n’est pas faux : il faudrait examiner avec plus de précision et de rigueur ce que nous disent les chiffres proposés.

Par Jacques Garello.

Empty wallet credits NoHoDamon  (CC BY-NC-ND 2.0)
Empty wallet credits NoHoDamon (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Quand le bateau a sombré, les naufragés s’accrochent à la moindre épave. La mode est « au feu vert », les bourgeons d’une fleuraison économique éclosent en ce printemps. Une preuve irréfutable : le pouvoir d’achat des Français est à la hausse et cette tendance amorcée depuis quelques mois se confirme maintenant.

Ce n’est pas vrai, ce n’est pas faux : il faudrait examiner avec plus de précision et de rigueur ce que nous disent les chiffres proposés. En particulier savoir quel pouvoir d’achat, et de qui, et pourquoi.

Hausse de 0,5 % en 2014

Voici de quoi démentir les déclinologues : le pouvoir d’achat des Français aurait augmenté de 0,5 % l’an dernier. Cette révélation tirée de séries de l’INSEE (pas encore officielles à cette heure) a fait grand bruit et grand plaisir au pouvoir. La hausse serait d’autant plus rassurante qu’elle succèderait à trois années difficiles : pertes respectivement de 0,4, 1,5 et 0,6 % sur les trois dernières années (toujours suivant la même série statistique). Pour établir cette série, les porteurs de la bonne nouvelle ont comparé, comme il se doit, revenus et prix. On a en effet tendance assez souvent à ne regarder que du côté des revenus, en oubliant qu’historiquement les hausses de pouvoir d’achat sont davantage venues d’une baisse des prix (due elle-même à la concurrence) que d’une hausse des revenus. Le problème est de quels revenus ? Ceux qui intéressent l’INSEE en la circonstance sont ceux des salariés. La masse salariale aurait augmenté ces derniers mois, de 1,5 % au cours de l’année 2014. Si on ajoute aux salaires les prestations sociales, la hausse du revenu disponible pour les ménages français aurait été de 1,6 % l’an dernier. Quant aux prix, la conjoncture ayant été celle d’une « déflation », ils ont baissé, notamment sous l’effet de la baisse du prix du pétrole. Donc, les Français auraient gagné un peu plus d’argent pour acheter des biens et services un peu moins chers.

Quels revenus ?

Comme il est de coutume, les statistiques de pouvoir d’achat respectent en principe deux règles importantes : il s’agit de revenus disponibles, c’est-à-dire après encaissement des prestations sociales et après paiement des impôts (autres que la TVA, liée au prix à la consommation) ; il s’agit aussi de revenus par unité de consommation pour tenir compte de la composition du ménage (1 UC pour le premier adulte du ménage, 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus, 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans). Ces précisions sont importantes mais ne tiennent pas compte du fait que certaines dépenses sont peu variables avec la composition du ménage (le loyer, les biens d’équipement, certaines taxes).

Par ailleurs, mesurer l’évolution du pouvoir d’achat en se référant à celle de la masse salariale globale n’a pas grand sens. Il est avéré par exemple que les salariés de faible qualification ont vu leurs rémunérations stagner, alors que les hauts salaires ont progressé en termes bruts, mais supportent le poids d’une fiscalité dont la progressivité s’est accrue. Les écarts sont également prononcés d’un secteur à l’autre, les salaires industriels par exemple ayant davantage souffert que les autres.

Enfin, le « budget type des ménages » dépend essentiellement de sa structure : l’alimentation y a une part de plus en plus faible, tandis que les dépenses de transport sont de plus en plus lourdes et ont réagi favorablement à la baisse du prix de l’énergie.

Perspectives du pouvoir d’achat

Au total ce serait une erreur de tirer de quelques données statistiques macro-économiques des conclusions optimistes sur le pouvoir d’achat des Français. Pour l’instant, il y a un élément conjoncturel et un seul qui a joué en faveur des consommateurs : la baisse du prix du pétrole. Mais les avantages de la chute du baril peuvent être compensés par la dévaluation de l’euro : nous payons notre facture pétrolière en dollars. Structurellement, le consommateur français bénéficie des prix « cassés » par les importations (y compris dans les produits alimentaires) et ce serait folie de pratiquer un protectionnisme qui les priverait de ce bénéfice.

Quant aux revenus, ceux du travail sont sapés par la faible productivité (et non pas par « l’austérité ») et tous les autres (entreprise, propriété, retraites) sont confisqués par des prélèvements obligatoires ahurissants. Ce qui signifie que le pouvoir d’achat des Français ne pourra se maintenir, et à plus forte raison augmenter durablement, que si des réformes interviennent qui réduisent les charges publiques (en réduisant le périmètre de l’État) et qui libèrent la création et le développement des entreprises. De plus, au niveau européen, le pouvoir d’achat ne survivrait pas à une inflation, à laquelle la politique suicidaire de la BCE nous conduit.

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