Attentats du Bardo : la Tunisie résistante mais désarmée

Drapeau Tunisie (Crédits Gwenael Piaser, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Après les attentats du Bardo, la résistance de la Tunisie est intellectuelle et morale. Mais le pays reste assez désarmé.

Par Yves Montenay

Drapeau Tunisie (Crédits Gwenael Piaser, licence Creative Commons)
Drapeau Tunisie (Crédits Gwenael Piaser, licence Creative Commons)

 

Après les attentats du Bardo, la résistance de la Tunisie est intellectuelle et morale : pas de peur, la réaffirmation des principes de tolérance et de liberté. Mais concrètement le pays est assez désarmé. Il y a à cela des raisons historiques et géographiques.

L’histoire des cinquante dernières années est celle d’une méfiance du pouvoir envers l’armée, méfiance entretenue par les régimes militaires de l’Égypte et par les tentatives d’officiers marocains de renverser Hassan II. L’armée tunisienne est donc faible, sous-équipée et n’a par ailleurs pas l’expérience de la guerre civile ou extérieure, contrairement à celle du Maroc, de l’Algérie ou de l’Égypte. L’autre bras armé du pays, la police, a été déconsidéré par l’usage qu’en a fait le régime de Ben Ali. Puis la révolution a ouvert les prisons, où croupissaient beaucoup d’islamistes, et les exilés de même tendance sont revenus au pays. Enfin, pendant la période du gouvernement par les islamistes, certes modérés par rapport à d’autres, il y a eu longtemps une tolérance des salafistes qui leur a permis de s’implanter. Le slogan était alors « ils ont les mêmes idées que nous, mais nous, nous voulons les appliquer démocratiquement ».

La géographie aggrave cette faiblesse. Les deux voisins de la Tunisie sont l’Algérie et la Libye. Côté algérien, l’armée assure coopérer avec la Tunisie, mais les djihadistes sont bien implantés sur le terrain, et les islamistes sont nombreux dans l’administration et les forces politiques gouvernementales. Côté libyen, c’est pire. Le pays n’est pas contrôlé, et les djihadistes tunisiens y trouvent une base arrière avec des armes et des camps d’entraînement.

Le nouveau président, Béji Caïd Essebsi, ne manque pas d’énergie et d’expérience dans le domaine de l’ordre public, mais il ne pourra pas faire de miracles à court terme. Il a besoin de l’appui des pays amis et notamment la France. J’espère que cette dernière se montrera à la hauteur. Je note toutefois cette remarque du président tunisien dans une interview : « Nous avons besoin d’un enseignement pour le XXIe siècle, et c’est pour ça que nous avons envoyé en Amérique 400 de nos étudiants. Question : Pourquoi pas en France ? Nous les envoyons là où on les accepte, où on ne leur fait pas un procès d’intention. »

Il est navrant que la dérive islamophobe qui se répand en France touche les musulmans qui sont justement les plus déterminés dans la lutte contre l’islamisme. Même si on peut comprendre l’inquiétude française, il faut rester lucide et ne pas adopter une attitude contreproductive !

Par ailleurs tout cela ne rend-il pas encore plus nécessaire une action internationale en Libye, action que l’Égypte réclame avec insistance, dont tout le monde reconnaît l’urgence, mais dans laquelle personne n’ose se lancer ?


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