Taxi c’est fini !

Le taxi, c’est fini. Et dire que c’était mon premier amour. Je ne crois pas que j’y retournerai un jour.

Par Emmanuel Perclus, depuis Bruxelles.

taxi credits Justin Maalihan (CC BY-ND 2.0)
taxi credits Justin Maalihan (CC BY-ND 2.0)

 

Si Hervé Vilard voulait écrire un tube aujourd’hui, il pourrait essayer un « Taxi c’est fini ! ». Oui, les taxis, c’est terminé pour moi et je vous invite à en faire autant. Chers, dépassés, désagréables, menteurs, ils font en plus appel au bras armé de l’État pour conserver leurs privilèges.

Je m’explique.

Quand je suis arrivé à Bruxelles à 19 ans, je pense que je n’avais jamais pris un taxi de ma vie. Le seul taxi que je connaissais, c’était celui de mes parents qui allaient me rechercher 25 km au fin fond de la campagne après une soirée trop arrosée entre amis. Tous ceux ayant grandi hors des (grandes) villes savent de quoi je parle. Le taxi, c’était ce type que l’on voyait toujours en train de s’emmerder dans sa Mercedes devant la gare et que seuls les vieux utilisaient pour rentrer chez eux. Nous, on prenait le bus et puis une fois le bon âge atteint, la mob.

Et puis, étudiant, j’ai découvert les taxis et je suis vite devenu un client habituel sans être un acharné (c’est-à-dire quand j’avais la flemme de rentrer à pied au petit matin). Par contre, je trouvais cela assez cher. Du centre-ville (Bourse) à la place Flagey, il fallait compter 10€, j’étais conscient de m’offrir un petit luxe.

Il y a quelques 7 ou 8 années, avant l’arrivée des smartphones (du moins massivement), on a vu surgir les premiers « taxis clandestins ». Des propriétaires de voiture se garaient à des endroits stratégiques et vous conduisaient chez vous pour une somme convenue à l’avance. Pour les retrouver, un indice : un chapeau sur le toit. Je me souviens très bien que déjà les taxis en parlaient énormément. C’était le début de la résistance au monopole onéreux des taxis. À l’époque, c’était vraiment très confidentiel et le plus simple restait encore d’avoir quelques bons numéros de téléphone dans son répertoire. Ceux-ci étaient d’ailleurs souvent des taxis qui faisaient du noir (j’entends encore un chauffeur me dire : « je comprends que 10€ pour un étudiant c’est beaucoup, prenez mon numéro, la prochaine fois, je ne déclenche pas le compteur, ça vous fera 4€ de moins », l’équivalent de la prise en charge forfaitaire durant la nuit).

Il y a maintenant près d’un an, on a vu apparaître Uber et Djump. Pour diverses raisons, Uber a vite eu ma préférence (application plus simple et plus complète, davantage de chauffeurs). Les prix étaient près de 50% moins chers parfois qu’un taxi classique.

L’immense avantage de Uber, c’est son système de payement. À l’inscription, vous donnez votre numéro de carte de crédit et Uber se charge de payer le chauffeur. Pas de problème de monnaie de dernière minute et pas de chauffeur encaissant en noir du cash, puisque c’est l’application qui vous adresse le chauffeur.

Arrive l’argument massue des anti-Uber : « oui mon bon monsieur, mais c’est de la fraude ». Le fait que des gens aient trouvé un moyen de s’organiser et gagner leur vie sans en demander plus, et surtout sans demander l’avis des autres, semble être un crime de lèse-majesté dans nos contrées.

Ce qui est comique, c’est que n’importe quel Bruxellois ayant pris une navette pour l’aéroport de Charleroi depuis la gare du midi sait parfaitement qu’il n’est pas rare de se faire aborder par des taxis proposant la course pour 1€ de moins, et plus rapidement. Au noir évidemment ! Si le compteur était déclenché, il vous en coûterait 100€. Sans oublier les chauffeurs qui vous proposent « un forfait » quand vous demandez le prix pour telle course (« Montez, je vous la fais pour 20€ »). De nouveau, c’est du noir. Donc les chevaliers blancs du taxi me font vraiment beaucoup rigoler. Ça fait 50 ans qu’ils arnaquent leur monde. Et tout le monde le sait. Mais comble du comble, alors qu’ils faisaient du forcing pour faire entendre leur cause, ne voilà-t-il pas que l’État leur tombe dessus, de manière très officielle, pour fraude fiscale généralisée !

Les allégations que je faisais précédemment sur toutes les techniques de fraude des chauffeurs de taxis sont impossibles à prouver, sauf quand on apprend qu’ils déclarent en moyenne 25€ par jour. À peine de quoi payer l’essence des véhicules. Et sûrement pas de quoi payer leur leasing. N’oublions pas non plus la revente des licences sur le marché noir, qui sont attribuées par les communes contre une centaine d’euros et revendues en fin de carrière plusieurs dizaines (voire centaines) de milliers d’euros. Dans la plus grande illégalité.

Ces derniers temps, je me suis amusé à faire un petit sondage consistant à savoir s’il s’agissait d’une occupation à temps plein ou le complément d’un « vrai » travail. J’ai demandé à mes chauffeurs et jusqu’à présent un seul jeune de 20 ans environ n’a que cette activité. Tous les autres « actionnaient leur fonction Uber » le lundi matin ou le week-end pour arrondir leurs fins de mois et payer leurs pleins d’essence.

De quel crime parle-t-on ici ? De celui commis par des gens de petite classe moyenne tentant de gagner deux ou trois cents euros de plus par mois sans emmerder quiconque, mais surtout, en rendant un service particulièrement efficace aux citoyens qui font appel à eux. La mafia des taxis (qui organise des petits casses dignes du crime organisé) s’emploie maintenant à faire cesser toute activité à Uber.

Ma conclusion s’adresse aux chauffeurs de taxi et à leurs patrons, ainsi qu’aux politiciens qui, à l’image de la France, voudraient interdire totalement Uber et ses concurrents sous le prétexte fallacieux de « concurrence déloyale »

Lisez ceci attentivement :

Vous êtes des dinosaures et votre business model est mort, à moins que vous ne mettiez en place un système similaire à Uber. Même si les États dans leur grande magnanimité envers vous (moins envers nos portefeuilles, ce sont toujours les mêmes qui payent) interdisent un tel système, il ne faudra pas longtemps avant que des applications pirates n’apparaissent, mettant en relation des clients prêts à débourser un peu pour un trajet et des chauffeurs disposés à faire la course. Cela vous sauvera probablement la mise pour quelques années, mais pas plus. Cette économie collaborative est le futur.

Adaptez-vous, ou mourrez. Et vous êtes prié de le faire en silence !

Le taxi, c’est fini. Et dire que c’était mon premier amour. Je ne crois pas que j’y retournerai un jour.


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