Pétrole : les USA et l’Arabie Saoudite en totale opposition !

La chute du nombre de rigs de forage de pétrole aux États-Unis ne s’arrête pas… Et pendant ce temps, l’Arabie Saoudite ne baisse pas ses rigs de forage !

Alors que les Américains, suite à la chute des cours du baril, baissent de manière drastique leurs forages d’exploration, l’Arabie Saoudite opte pour une politique complètement opposée !
Que doit-on en déduire ?

Par Aymeric de Villaret.

Pumpjack Pétrole en Alberta, au Canada (Crédits Jeff Wallace, licence Creative Commons)
Pumpjack Pétrole en Alberta, au Canada (Crédits Jeff Wallace, licence Creative Commons)

 

Le parapétrolier américain Baker Hughes publie hebdomadairement le nombre de rigs de forage aux États-Unis. Ainsi, quand les prix du gaz avaient chuté, suite à la montée en production du gaz de schiste, leur nombre pour le gaz s’était effondré. Et depuis la tendance ne s’est pas inversée… avec une nouvelle baisse récente avec des cours du gaz très déprimés (2,8$/Mbtu).

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Pour le pétrole, la tendance a été, jusqu’à mi-octobre 2014, complètement opposée avec une formidable hausse accompagnant la croissance de l’huile de schiste.
Depuis les cours du baril se sont effondrés, et la chute des rigs de forage d’exploration a été vertigineuse, puisque de 1 609 au 10 octobre 2014, leur nombre n’est plus que 825 au 20 mars 2015 (-48,7%)…

… notamment dans le « Permian Basin »

Et cela d’autant qu’elle est bien réelle dans la zone principale de l’huile de schiste à savoir le « Permian Basin ».

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Au 20 mars, le nombre de rigs de forage de pétrole dans le bassin « Permian » est tombé à 285. Ce bassin représente environ 35 % des forages d’Exploration des États-Unis.

L’impact sur les productions d’huile de schiste commence à se faire sentir – stabilité attendue en avril vs mars-

Baisse des rigs d’exploration ne veut pas dire baisse de production, car, et nous l’avons déjà développé dans des publications précédentes, de nombreux producteurs ont couvert leurs productions futures à des prix du baril nettement plus élevés que ceux actuels et que les nouveaux puits forés sont plus productifs.

En effet, le production globale américaine continue de progresser même si les derniers chiffres confirment un ralentissement dans la croissance :

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Il n’en demeure pas moins que lorsque l’on étudie les productions d’huile de schiste passées et à venir (avril 2015) données par l’EIA, l’impact est net, puisque la mise en production des nouveaux puits arrive seulement à compenser la baisse de production des anciens puits :

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En synthèse, l’EIA attend une production d’huile de schiste aux États-Unis stable en avril par rapport à mars, signe que la guerre des prix initiée par l’Arabie Saoudite commence à porter ses fruits !

Et pendant ce temps, l’Arabie Saoudite ne baisse pas ses rigs de forage !

En effet, l’Arabie a maintenu ses rigs ainsi que le montrent les données de Baker Hughes :

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Et si l’on étudie plus en détails (même si les chiffres de Baker Hughes excluent les rigs non enregistrés aux États-Unis notamment les chinois et les russes) l’évolution de ces dernières années pour l’Arabie Saoudite, en ce qui concerne les forages de pétrole, la tendance est très nettement à la hausse. Et cela en dépit de la chute du baril de ces derniers mois.

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Qu’en penser ?

Certains diront que :

1) l’Arabie doit forer plus que par le passé après voir « dopé » sa production à des niveaux record.

2) Certains de ses champs sont âgés (nous pensons notamment au principal champ Ghawhar qui a commencé à produire en 1948) et plus de forages sont nécessaires pour maintenir une production stable.
Mais il est aussi possible que les Saoudiens voient avec une certaine appréhension la faiblesse des investissements pétroliers et les conséquences qui en résulteront. Il est vrai que les interruptions de production dans le monde (et le passé est là, avec les nombreuses crises géopolitiques, pour le démontrer) existeront encore et pour maintenir une possibilité de réaction rapide, l’Arabie Saoudite ne doit pas baisser la garde.

En un mot, le message de l’Arabie pourrait être celui-ci :

« Soyons réalistes, nous avons besoin de pétrole pour la croissance future. Aussi nous préparons l’avenir ».

Selon de nombreuses sources industrielles, Saudi Aramco en 2015 déploierait le même nombre de rigs qu’en 2014.

Conclusion

L’évolution du nombre des rigs en Arabie Saoudite par rapport à celle constatée aux États-Unis a de quoi surprendre.

Plusieurs raisons sont possibles :

1) Difficultés pour l’Arabie de maintenir sa production, face, soit à un déclin de ses champs historiques, soit à une production très poussée ces dernières années,
2) Volonté d’être prête à « pousser » sa production, lorsque les conséquences de la baisse des investissements dans l’Amont pétrolier se feront sentir. L’Arabie répondra alors présente et bénéficiera tant de la hausse des prix que de la hausse des volumes.

demande du pétrole rené le honzecComme l’a dit dimanche 21 mars, le représentant de l’Arabie Saoudite à l’OPEP, Mohammed al-Madi : « Notre conception est (…) la suivante : les producteurs qui bénéficient de coûts faibles doivent être prioritaires et ceux qui ont des coûts élevés doivent attendre leur tour pour produire. » « Nous ne sommes pas contre les producteurs d’huile de schiste, mais ce n’est pas “fair” que les producteurs à hauts coûts sortent du marché ceux à bas coûts”.

Comme le retour à un baril à 100-120 $ ferait revenir sur le marché ces premiers, il ne croit pas que ce niveau de prix puisse de nouveau être d’actualité. « C’est à l’OPEP d’équilibrer les marchés » Et c’est ce que l’organisation fait aujourd’hui.

Aussi si à 50-60$, les producteurs d’huile de schiste (et c’est ce que l’on commence à voir) sortent, cela devrait créer un « plancher » aux prix futurs et l’Arabie se doit d’être prête à pouvoir, elle aussi, tout comme les producteurs d’huile de schiste à « ré-accélérer » si les prix remontent.

La différence entre les deux (producteurs d’huile de schiste américains et Arabie Saoudite) est que :

1) Les producteurs d’huile de schiste devront être convaincus que les prix resteront élevés pour se relancer dans la mesure où ils auront « coupé » leurs investissements
2) L’Arabie en maintenant une « capacité disponible » n’aura pas à attendre.