Solar Impulse 2 n’est pas l’avion du futur

Malgré l’exploit médiatisé de l’« avion propre », il semble acquis que l’énergie solaire ne peut jouer aucun rôle dans l’aviation.

Par Anton Suwalki

Solar Impulse 2 - Credits  Charles Barilleaux (CC BY 2.0)
Solar Impulse – Credits Charles Barilleaux (CC BY 2.0)

 

Le départ lundi dernier de l’avion « propre » Solar Impulse 2 pour un tour du monde a bénéficié d’une très grande couverture médiatique. Non pas en raison de l’exploit technologique, mais à cause du message « pour la planète » qu’il véhicule. Pensez-vous, aucun carburant, mais simplement de l’énergie solaire…

Que les porteurs du projet aient réussi à réaliser un joli rêve de gosse (de riches) en trouvant des sponsors capables de mettre sur la table 68 millions d’euros, soit. Que l’avion, qui a bénéficié du conseil scientifique de la très prestigieuse École polytechnique fédérale de Lausanne, soit ce qu’on peut imaginer de plus abouti dans le domaine, c’est sans doute vrai. L’imposture est dans le message politique qui accompagne cette aventure : « Nous voulons partager notre vision d’un avenir propre », a déclaré lundi Bertrand Piccard, l’un des deux pilotes, en soulignant que cette mission devait contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique par la promotion de « nouvelles technologies vertes ». Que ne dirait-on pas pour justifier un joujou à 68 millions d’euros !

Peut-on envisager des avions de ligne volant un jour sans carburant ? Le secrétaire général de l’ONU semble croire à cette fable, en saluant « leur audace et leur détermination (qui) vont nous propulser vers un avenir plus écologique ».

Or, l’exploit, incontestable, apporte en même temps la preuve de son contraire : cet avion n’est en rien le prototype de l’avion du futur. Près de deux siècles après la découverte de l’effet photovoltaïque, et après douze ans de recherche mobilisant la crème des ingénieurs, il est acquis que l’énergie solaire ne peut jouer aucun rôle dans l’aviation. Sauf découverte majeure, par nature imprévisible, comme de nouveaux matériaux peu coûteux à produire et capables d’accroître considérablement le rendements des cellules photovoltaïques, ou en matière de stockage de l’énergie.

Vive le covoiturage… et le coavionnage : l’A380 vs Solar Impulse

Solar Impulse, qui a à peu près l’envergure d’un airbus A380, pèse le poids d’une voiture, s’extasie-t-on. Seulement, un A380 peut transporter jusqu’à 850 passagers à plus de 900 km/h, avec une consommation de kérosène très modérée (environ 3l/100 km/passager). En comptant les escales de ravitaillement, un tel avion peut facilement parcourir les 35.000 km du périple prévu pour Solar Impulse en moins de 2 jours. Solar transportera un seul passager, le pilote de l’avion, et mettra 25 jours pour parcourir ces 35000 km. Certes, ils font mieux que Phileas Fogg… Mais le rapport d’efficacité (capacité x vitesse) est de l’ordre de 1 à 10.000 en faveur du très gros porteur d’Airbus. Ajoutons les 631 kg de batteries (à peu près 8 fois le poids de son seul passager) dont a besoin Solar Impulse pour que l’avion puisse voler la nuit.

Avouons qu’il est impossible de croire que dans les limites de l’horizon concevable, ce type d’avion « propre » pourrait concurrencer les avions « sales » qui transportent chaque jour plus de 9 millions de passagers dans le monde.


Références :


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