L’avenir de la politique en France

Marianne

La politique est déconnectée de la réalité et des citoyens. Comment y remédier ? 

Marianne

La politique a plus d’influence sur la vie des citoyens, mais les citoyens ont moins d’influence sur la vie politique

La politique a une influence considérable sur la vie des citoyens : elle fixe les grandes orientations de l’État, et l’État intervient dans tous les domaines de la vie. Directement ou indirectement, tout est soumis à la volonté de la majorité exprimée : combien chacun paie d’impôts et reçoit d’argent public, ce qu’il apprend à l’école, à quelle vitesse il roule, ce qu’il peut manger, ce qu’il peut faire et ne pas faire. Si les Français se désintéressent de la politique, ce n’est donc pas parce qu’elle a moins d’influence sur leur vie. Au contraire.

Mais ils ont à l’inverse bien peu d’influence sur la politique et les orientations de l’État. Comment un citoyen peut-il refuser une guerre, faire baisser la dépense publique, alléger la pression fiscale ? Comment peut-il choisir son modèle social, influer sur les horaires d’ouverture des magasins, mettre fin à des politiques coûteuses et inefficaces ?

Non seulement les décisions sont prises pour l’ensemble des citoyens par la majorité exprimée, mais elles sont prises par lots : on ne vote pas les lois, on élit ceux qui voteront les lois et ont une position sur à peu près tout. La démocratie en est d’autant moins fine, moins granulaire.

Il y a une déconnexion entre l’agenda politique et la vie des citoyens

Les citoyens ne votent pas directement les lois (et quand ils donnent leur avis, il est rarement respecté). Ils élisent des représentants. Et ces représentants sont très loin de ceux qu’ils représentent ; leurs déclarations et priorités le démontrent un peu plus chaque jour.

Quand un Président fait campagne sur le rassemblement, son Premier Ministre met en tête de ses priorités la lutte contre un parti – alors même que ce parti, le Front National, se nourrit de l’énergie que l’on déploie depuis des décennies pour l’écarter du débat. L’objet premier de la politique, c’est la politique.

Quand ils ne font pas de la politique politicienne, les élus se préoccupent avant tout de leur propre sort. Le premier objectif d’un élu, c’est son avenir : sa réélection, sa reconversion, les amis qu’il pourra se faire et la planque qu’il pourra se trouver – quand il ne met pas un peu d’argent public ou sale de côté pour lui ou son parti.

Concrètement, la vie politique française tourne autour des partis, et rares sont les hommes politiques à qui on peut accorder ne serait-ce qu’un soupçon de probité et de bonne foi. On retrouve trop souvent les mêmes noms dans les rubriques « Politique » et « Justice » des journaux.

Les politiciens ont échoué à maintenir l’Etat sous contrôle et au service des citoyens

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. – Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

La politique est censée réguler l’État, et l’État est censé réguler les interactions entre les individus. Cela ne signifie pas s’immiscer dans tous les domaines de la vie, du berceau à la tombe ; cela signifie garantir leurs droits fondamentaux et jouer un rôle d’arbitre quand ils ne parviennent pas à trancher leurs différends. L’État est censé n’intervenir que lorsqu’il est le seul à pouvoir intervenir. Il est censé arbitrer, pas fixer les règles du jeu.

Au lieu de surveiller l’État, les politiciens se sont ingénié à trouver mille et une raisons de le faire intervenir. Ils se sont assimilés à lui, se sont mis à son service – ou l’ont mis au leur – et ont inversé les rôles : les citoyens sont désormais au service de l’État, alors que ce devrait être l’inverse.

Plus l’État est corrompu, plus les lois sont nombreuses. – Tacite

Depuis quarante ans, ils ont creusé les déficits, accumulé les dettes, étendu le pouvoir et les prérogatives de l’État. Pas seulement en France, mais elle est dans le peloton de tête des États les plus gourmands et invasifs. Ce n’est pas anodin : le pouvoir de l’État, ce sont les libertés dont il prive les citoyens.

Les contre-pouvoirs ne jouent pas leur rôle, la souveraineté individuelle n’existe plus

On peut reprocher aux hommes politiques de ne pas jouer leur rôle, et d’en jouer un autre. Mais cet échec n’est pas uniquement le leur ; c’est aussi celui des contre-pouvoirs, qui n’ont manifestement pas joué leur rôle.

La presse a particulièrement failli à sa mission d’analyse et de stimulation des idées. Alors que les hommes politiques ont progressivement déplacé le débat de la raison vers l’émotion, les médias les ont suivi avec entrain et ont choisi de confronter les déclarations plutôt que les faits, de relayer les communiqués de presse plutôt que les résultats. Ils ont accepté de passer sous silence certains sujets, de préparer l’agenda politique. Ils ont voulu manger à la table du pouvoir, et ils lui mangent maintenant dans la main : la plupart des médias grand public sont subventionnés.

Les citoyens eux-mêmes ont bien souvent cédé, si tant est qu’on puisse considérer que ne pas résister équivaut à céder. Ils n’ont pas résisté alors que les choix individuels devenaient, les uns après les autres, des choix collectifs. Ils n’ont pas résisté lorsque l’exception devenait la règle, lorsque les mesures d’urgence étaient généralisées et pérennisées. Ils n’ont pas manifesté contre le pouvoir croissant de syndicats devenus mafieux, contre la fausse rhétorique du service public qui vise à mettre le privé au service du public, contre des décisions prises en leur nom avec lesquelles ils n’étaient pas d’accord.

Leur passivité n’est pas un hasard. L’école prépare les citoyens non pas à faire preuve de sens critique, mais à aimer l’État et accepter son autorité. Peut-on vraiment faire confiance à l’État pour apprendre aux futurs citoyens que son rôle doit être limité, qu’il ne doit intervenir qu’en cas d’absolue nécessité, pour leur faire comprendre les implications concrètes de la distinction entre légal et légitime et le sens du mot inaliénable ?

Nous n’avons plus besoin de la politique

La politique ne remplit pas son rôle de contrôle de l’État. Pour remettre l’État au service des citoyens, il faut réduire les possibilités de clientélisme, rétablir l’égalité de tous devant la loi et devant l’impôt, et rapprocher la politique des citoyens. Voici quelques pistes.

Le revenu universel

Au lieu de faire bénéficier les individus de prestations diverses (allocations familiales, bourses scolaires, assurance-chômage, assurance-maladie, allocation logement, retraites…), on pourrait accorder à chaque citoyen un revenu d’existence1 qui remplacerait toutes ces prestations. Ainsi, les politiciens auraient moins de leviers pour influencer le vote de telle ou telle catégorie de population.

La fin des privilèges

Les élus ne doivent pas être au-dessus des lois qu’ils votent. Et outre les politiciens, aucune catégorie de population ne doit disposer de privilèges, surtout lorsque ces privilèges créent une incitation à donner toujours plus de poids au public au détriment du privé. Supprimons l’emploi à vie et les régimes spéciaux.

La flat tax

Une taxation à un taux unique pour tous les revenus, quelle qu’en soit l’origine, la nature et le montant, permettrait de la même façon de réduire la place laissée au clientélisme. Accompagnée d’une suppression de toutes les niches fiscales et statuts privilégiés, elle rétablirait en outre l’égalité de tous les citoyens devant l’impôt.

La relocalisation de la vie politique

Pour rapprocher la politique des citoyens, il faut la rendre plus locale. En réduisant la taille et les prérogatives du pouvoir central, les décisions seront prises au plus proche de ceux qu’elles concernent. Cela aura en outre l’avantage de réduire l’influence des partis pour redonner leur place aux compétences et aux idées.

En plus de rendre la politique plus locale, il faut la rendre plus directe, et restituer aux citoyens les décisions qui les concernent : tant qu’ils peuvent arbitrer entre eux, nul besoin de mobiliser la puissance publique, qui ne doit intervenir qu’en dernier recours.

Dans la même veine, donner aux citoyens le choix des dépenses qu’ils souhaitent financer permettrait de limiter les gaspillages et refléter au plus près leurs réelles préoccupations.

La fin des subventions à la presse

Pour que les médias jouent pleinement leur rôle de contre-pouvoirs, il faut qu’ils soient indépendants de l’État. Supprimons les médias publics et les subventions à la presse.

La fin du financement public des associations, y compris politiques

Les associations sont censées émaner de la société civile et refléter ses préoccupations. Le fait est qu’aujourd’hui, le monde associatif est largement subventionné, réduisant son indépendance et biaisant son action.

En particulier, les partis politiques et les syndicats ne devraient pas être financés par l’État. Cela crée un biais idéologique en leur sein, et donne à l’État un contrôle et un droit de regard sur des activités qui, elles aussi, relèvent de la société civile.

Et surtout, agir

Les pistes susmentionnées ont le mérite d’être simples. Mais les citoyens ne devraient pas avoir à attendre d’un État qui outrepasse ses missions qu’il leur rende leur liberté. Le droit de résistance à l’oppression est censé être garanti, mais aucun État n’a jamais protégé ceux qui luttent – même légitimement – contre lui. Si nous voulons retrouver nos libertés, nous devons les reconquérir, et pour cela, nous devons exprimer notre opinion.

C’est ce que fait Contrepoints (entre autres) au quotidien. Si vous voulez porter le message de la liberté, vous pouvez aider Contrepoints – ou agir de toute autre manière qui vous semblera bonne.

  1. Ce n’est pas la panacée ; cela revient toujours à dire que les uns doivent travailler pour les autres, de gré ou de force.