Les vices économiques du bricolage

Peindre ou ne pas peindre, telle est la question…

Par Vesselina Garello.

Drill credits Sam M Livingston (CC BY 2.0)
Drill credits Sam M Livingston (CC BY 2.0)

 

En aidant un très bon ami à repeindre sa maison ce week-end, j’ai eu le loisir de réfléchir aux conséquences surprenantes de l’excès de charges sociales et de fiscalité.

L’ami en question est un cadre dirigeant qui gagne assez bien sa vie, mais voyez-vous, pas suffisamment pour se permettre d’engager quelqu’un pour lui faire ses peintures. Et pour cause – tous les devis qu’il a faits lui proposaient de se délester de la coquette somme de quatre à cinq équivalents du SMIC, donc grosso-modo du montant de son salaire mensuel, pour réaliser des travaux qui, pour le prestataire, équivaudraient à deux ou trois jours de travail. Perplexe devant cette anomalie, il a comme la plupart des Français qui ont eu à faire ce choix, décidé de garder son argent et de se lancer, au frais de quelques pots de peinture, dans l’entreprise peu gratifiante de remise en état de sa maison, faisant appel au passage à ceux de ses amis désireux de développer un sens aigu du sacrifice.

Peindre ou ne pas peindre, telle est la question

Il est facile de comprendre les raisons de cette situation qui ne résident ni dans l’avidité extraordinaire des artisans, ni dans une technicité exceptionnelle requise pour exécuter les travaux manuels, mais dans le fait que la moindre heure travaillée en France et le moindre euro gagné sont écrasés sous le poids des charges sociales et fiscales que nous impose l’État.

Ainsi, si nous restons dans le cadre légal du travail déclaré, un bénéfice de 100 euros est imposé à hauteur de 30 à 70 euros de charges sociales (URSSAF, CFE, RSI…) et de fiscalité. Si on se place du côté de l’artisan, il sera donc obligé de demander à son client un prix gonflé par toutes les charges et impôts qu’il devra lui-même payer.

Du côté du client, deux options se présentent :

1. Il peut travailler X heures pour gagner Z euros, sur lesquels il devra payer des cotisations sociales exorbitantes et son impôt sur les revenus, afin d’engager un artisan qui refera ses peintures au prix d’or.

Ou bien

2. Il peut essayer de faire le travail lui-même, évitant ainsi à la fois de reverser les taxes et cotisations sur les euros supplémentaires qu’il aurait dû gagner pour payer le prestataire et à reverser les taxes et cotisations comprises dans le devis.

On comprend aisément, vu l’importance des montants en jeu, qu’à chaque fois que les Français seront devant ce choix, ils vont systématiquement choisir d’effectuer les travaux eux-mêmes et ceci même si cela va leur prendre beaucoup plus de temps et d’efforts qu’à un professionnel pour un résultat bien souvent de moins bonne qualité.

Vous pouvez appliquer le même raisonnement à une multitude d’activités frappées par le même phénomène de surtaxation : les déménagements, le ménage, le jardinage etc. sont des domaines dans lesquels la grande majorité des Français essaie de se débrouiller tout seuls, plutôt que de louer les services d’un professionnel. Le développement extraordinaire des grandes surfaces de bricolage ces dernières années en témoigne.

En dehors du fait qu’à force de peindre les plafonds chez mon ami j’ai des courbatures un peu partout, ce phénomène me gêne à plusieurs titres.

Plus de charges = moins d’emplois et mauvaise allocation des ressources

bricolage rené le honzecTout d’abord, son impact négatif sur la création d’emplois est évident : moins de charges sociales et fiscales sur le travail auraient permis à plus d’artisans et de professionnels libéraux de trouver une clientèle en mesure de se payer leurs services.

Au-delà de ce premier effet qui est je pense évident pour tout le monde, il y a la perte sociale induite par le fait que des personnes comme mon ami dont la productivité est beaucoup plus élevée ailleurs, sont contraintes de perdre leur temps à repeindre leurs maisons. Autrement dit, nous avons ici un exemple parfait de mauvaise allocation des ressources : des personnes surqualifiées effectuent des tâches à faible valeur ajoutée à la place d’autres personnes, peu qualifiées, qui se retrouvent au chômage.

Une variante assez étonnante à ce problème réside dans le fait qu’apparemment même en contournant les exigences légales en termes de cotisations et de fiscalité, c’est-à-dire en faisant appel au marché noir (je sais, c’est pas bien), on n’arrive pas à faire beaucoup baisser le prix ou tout simplement à trouver un prestataire. Si cela peut à première vue sembler en contradiction avec l’argument développé plus haut, des explications rationnelles se trouvent néanmoins sans trop de difficulté. Il y a d’abord l’effet pervers qu’exercent les aides et allocations diverses versées pratiquement sans condition aux non-actifs, ce qui remet en perspective pour eux la nécessité d’accepter ou non un travail, même non déclaré. Il y a aussi le fait que l’ouvrier qui travaille au noir devra se procurer les matériaux nécessaires sur le marché « officiel » et donc surtaxé, de telle sorte que le devis semblera élevé au client potentiel, même au noir…

Pour conclure

Je cherche en vain une note positive en guise de conclusion, mais en réalité je pense que les réformes nécessaires pour remettre tout ceci en place et retrouver les prix réels et cohérents des services sont si gigantesques pour les nano-politiques qui nous gouvernent, qu’il ne faut pas trop compter là-dessus. Françaises et Français, tous à vos pinceaux ! Monsieur Bricolage a de beaux jours devant lui…