« Désacorps » de Manon Leresche

Avec son corps, un temps, une jeune fille se trouve en désaccord

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« Désacorps » de Manon Leresche

Publié le 7 mars 2015
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Par Francis Richard.

recension francis richardDans Désacorps, Manon Leresche tient la plume d’une jeune fille qui aimerait savoir ce que veut son corps et qui, dans le même temps, préfère l’ignorer : « Je veux qu’il parle, mais ce que je souhaite par-dessus tout c’est qu’il se taise à jamais. »

Avec son corps, un temps, elle se trouve en désaccord, dans les deux acceptions du terme : la mésentente et la contradiction. Elle se détache donc de lui, elle se dédouble, elle se déconstruit. Son âme en souffre. Pour résoudre ses contradictions, pour recomposer son unité, elle ressent le besoin d’écrire.

 Au je tout seul succède le nous, c’est-à-dire le toi et moi, le corps et l’esprit. Sans doute est-ce une étape nécessaire que de dissocier ainsi l’être, avant de le reconstruire dans son ensemble, mot par mot. Car c’est bien l’écriture qui permet cette reconstruction et se révèle « l’art de l’être ».

Dissocier, cela signifie raconter l’histoire du corps et de l’esprit qui se sont retrouvés tous les jours pendant huit ans dans un studio de danse, l’esprit pouvant dire au corps: « C’était toi que je formais, ce corps que je sculptais avec rigueur chaque jour durant des heures devant le miroir. »

Cette sculpture du corps se fait au prix de transpirations, tout à la fois marques, et odeurs, du travail et récompenses méritées, au prix de souffrances du corps, notamment des pieds, au début disgracieux. Tout cela pour que le corps finisse par ressembler « au mieux à cette image que l’on cherche à montrer, ce tableau qui illustre notre personne déformée dans son entier ».

L’esprit trouve son refuge dans la musique, dont la narratrice tombe amoureuse, qu’elle étreint pendant des heures, ce qui l’épuise, la consume, mais où elle trouve la sérénité. Lors d’une folie passagère, pendant l’enfance, le corps chantera la musique qu’elle aime et ils seront complices : « Oh comme on s’aimait, c’était toi et moi à jamais, dans les champs de bataille l’amour faisait régner la perfection de ses failles! ».

Cette belle harmonie sera rompue quand l’esprit tombera malade et n’aura cure des conséquences qui en découleront sur le corps. Quand elle se souciera enfin des maux que le corps aura enduré par sa faute et qu’elle aura tenté d’ignorer, elle trouvera le remède : « On soigne les maux  par les mots, avec leur orchestre parfois tragique qui nous enseigne des partitions magiques. »

Quels mots ? De se dire, par exemple, « qu’on a le droit d’aller mal » et qu’il n’est pas bon de le dissimuler, qu’il faut au contraire se dire, malgré ça : « je t’aime », à soi-même et à personne d’autre… Quand on dit que charité bien ordonnée commence par soi-même, cela ne signifie-t-il pas qu’on ne peut pas aimer les autres si l’on ne s’aime pas d’abord soi-même ?

 

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