France télévisions : des candidats aux profils alarmants

France Télévisions (Crédits jean-louis Zimmermann, licence Creative Commons)

Un essai de typologie des candidats à la présidence de France Télévisions…

La présidence de France Télévisions attise les convoitises, mais les prétendants les mieux placés ont – semble-t-il – d’ores et déjà officiellement renoncé, tandis que certains autres paraissent prêts à sacrifier leur mission de service public pour postuler. Entre ceux qui se désistent, ceux qui avancent masqués et les rares à avoir officialisé leur candidature, difficile d’avoir un aperçu précis des contours de la liste des postulants. On peut cependant s’en faire une idée en prenant connaissance des fuites qui ont lieu jour après jour dans la presse et commencer, déjà, à établir une typologie des principaux candidats. L’exercice laisse craindre le pire.

Par Bernard Radet.

France Télévisions (Crédits jean-louis Zimmermann, licence Creative Commons)
France Télévisions (Crédits jean-louis Zimmermann, licence Creative Commons)

 

Les « hors-circuit »  

La bataille aura peut-être lieu sans eux. Eux ? Ce sont Denis Olivennes et Rodolphe Belmer, les deux favoris pour reprendre le flambeau de la maison France Télévisions. La rumeur a tant enflé que les deux personnalités bien connues des médias et plutôt bien vues dans l’arène politique ont démenti à quelques jours d’intervalle leur intérêt pour le groupe de télévision publique.

Dans une interview au journal Les Échos, Denis Olivennes se dit mobilisé et motivé « à 1000% » pour atteindre les objectifs fixés par son PDG Arnaud Lagardère. Pas question d’aller voir ailleurs alors qu’il a « la chance de travailler en parfaite harmonie » avec un patron qui apprécie son travail. Le jeu n’en vaut pas la chandelle pour un homme qui ne cherche pas forcément la reconnaissance du grand public.

Rodolphe Belmer, lui, n’aurait pas dit non à voir son nom auréolé d’un titre aussi prestigieux que celui de PDG de France Télévisions. Mais le directeur général du groupe Canal+ a semble-t-il compris qu’il avait beaucoup de plumes à perdre dans une bataille dont il n’est en aucun cas certain de sortir vainqueur, une mission récemment élargie au sein du groupe Vivendi (maison mère de Canal+) et le salaire qui va avec. Celui qui est désigné comme le successeur de Bertrand Meheut à la tête du Directoire du groupe Canal+ n’a pas voulu compromettre son ascension dans le privé.

Reste que si Olivennes et Belmer ont démenti, rien n’empêche qu’ils postulent « en cachette ». Ça se fait, c’est même assez banal. On se souvient ainsi que Mathieu Gallet, actuel dirigeant de Radio France, et Yves Bigot, DG de TV5 Monde (et sans doute lui aussi candidat à France TV) avaient tous deux démenti être intéressés par les postes qui sont les leurs aujourd’hui ! Ça se fait, donc, mais ça n’en est pas moins mal vu. France Télévisions, groupe public regardé par des millions de Français et leur appartenant, assumant des enjeux culturels colossaux, mérite une candidature transparente et assumée, donnant lieu à un débat ouvert sur le fond du projet porté.

Les « déjà très affairés »

Alors, qui pour prendre la place d’un Rémy Pflimlin toujours en course (très discrète) pour se succéder à lui-même ? Parmi ceux dont le nom revient avec insistance, mais qui refusent de se déclarer dans l’attente d’avoir disposé tous leurs pions en ordre de bataille, on trouve pêle-mêle Cyrille du Peloux, Louis Dreyfus, Pascal Josèphe, Nicolas Dufourcq et une femme, Marie-Christine Saragosse. Tous ont lancé quelques ballons d’essai pour mesurer leurs chances de succès. Chose on ne peut plus normale mais qui ne peut faire l’économie d’une déclaration d’intention imminente.

Galanterie oblige, commençons par Marie-Christine Saragosse qui a vu fleurir plusieurs papiers très sympathiques à son endroit depuis plusieurs semaines. Toutefois, la présidente de France Médias Monde dont elle a la charge depuis deux ans (ex Audiovisuel extérieur de la France) sent qu’il y a un « mais ». Des velléités trop hâtives de changement de poste seraient un mauvais signal et il semblerait que Mme Saragosse ait compris que France Télévisions ne pourra être dans son viseur que dans 4 ans. Cette appréciable retenue n’est pas à l’ordre du jour de Nicolas Dufourcq qui dirige la BPI depuis sa création il y a deux ans. Quitter le navire amiral du redressement de l’économie française de l’ère Hollande après si peu de temps serait assez inconséquent, certainement mal venu et mal vu.

Autre nom légitime qui est soufflé dans les couloirs, celui d’Emmanuel Hoog président de la prestigieuse AFP depuis 2010. L’homme connaît les médias comme sa poche après un début de carrière au ministère de la Culture puis près d’une décennie passée à l’INA. Mais là encore le timing serait assez malheureux. Reconduit à la tête de l’AFP il y a moins de deux ans, peut-il légitimement laisser en plan une organisation qui vient de lui renouveler sa confiance ? Les sirènes cathodiques sont puissantes, mais ne doivent pas faire perdre de vue les missions importantes qui ont été confiées par ailleurs.

L’« indélicat »

Le président du directoire du journal Le Monde, Louis Dreyfus, est de ce point de vue le mieux placé pour briguer la direction de France Télévisions. Il aurait fait passer des messages auprès du CSA selon lesquels le poste ne le laissait pas indifférent. Seul hic : sa réputation de gestionnaire peu délicat le précède et le besoin d’une meilleure gestion du groupe public pourrait rapidement tourner au pugilat si des coupes sombres et le départ d’au moins un millier de collaborateurs venaient à se réaliser. France Télévisions n’est pas une machine simple à faire fonctionner car outre les pressions politiques constantes, la vie de cette entreprise hors norme nécessite pas mal de compromis et de dialogue. Une finesse dont semble dépourvu Dreyfus.

Les « dinosaures »

Un dialogue que connaît mieux Cyrille du Peloux, mais qui a pour handicap d’avoir 61 ans. Un âge qui ne pourra même pas l’amener à la fin de son mandat s’il venait à convaincre les sages du CSA de l’intérêt de sa candidature (la limite d’âge intangible au poste de président de France Télévisions est de 65 ans, le mandat est de 5 ans). Même chose pour Pascal Josèphe, ancien de France Télévisions allant lui aussi sur ses 61 ans. Seule alternative : changer les statuts du groupe. Une option qui placerait la présidence de ces « anciens » sous le signe d’un certain autoritarisme mal venu.

Reste Alexandre Michelin, directeur général de Microsoft MSN, seul candidat à avoir pour l’instant officialisé sa candidature, mais faisant clairement figure d’outsider. Décidément, en attendant que d’autres noms sortent, l’avenir de France Télévisions, s’il est remis entre les mains d’un de ceux dont le nom précède, s’annonce pour le moins fébrile.