« Mort aux pauvres ! »

Pauvreté SDF (Crédits : Franco Folini, licence CC-BY-SA), via Flickr.

… Aucun libéral n’a jamais soutenu cette position. Quoiqu’en disent ses ennemis.

Par Emmanuel Bourgerie.

Pauvreté SDF (Crédits Franco Folini, licence Creative Commons)
Pauvreté SDF (Crédits Franco Folini, licence Creative Commons)

 

Parce que le libéralisme est probablement l’idéologie politique la plus caricaturée dans les médias et dans la culture politique, il me semble nécessaire de faire le point sur quelques-uns des clichés les plus vivaces, et pourtant les plus éloignés de la réalité, qui sévissent encore et toujours.

Le premier, et probablement le plus récurrent, est que nous serions des rejetons de Satan descendus sur Terre pour venir supprimer les aides sociales des plus démunis tout simplement parce que nous ne serions que des égoïstes réfractaires à l’impôt.

Commençons par établir que deux des figures les plus importantes du libéralisme, soi-disant la version « hardcore » de l’ultra-libéralisme anglo-saxon, étaient en faveur d’un système de revenu de base : Milton Friedman et Friedrich Hayek. Le revenu de base, rappelons-le, provient du principe que chacun a droit à un revenu mensuel, minimum et garanti, quel que soit son métier et quel que soit son niveau de salaire. Si cette idée est la meilleure que vous puissiez évoquer lors d’un congrès UMP pour vous délecter des réactions engendrées, vous entendrez cependant un grand nombre de libéraux vous dire que ce revenu minimum est une meilleure alternative à l’actuelle sécurité sociale.

Donc, non, les libéraux ne sont pas des mangeurs d’enfants voulant faire des coupes dans leurs allocations, mais des personnes critiques vis-à-vis de la complexité bureaucratique, de l’inefficacité et du coût des mesures sociales actuelles. Le budget de la sécurité sociale en France représente un tiers du PIB, 10 points de plus que la moyenne européenne, et pourtant il me semble difficile d’affirmer que ce pays soit un havre de prospérité où personne ne dort sous les ponts.

mort aux sans dents rené le honzecPermettez-moi d’insister : un tiers de la richesse nationale produite chaque année est confisquée par l’État au titre de la « sécurité sociale ». Je ne sais pas à quoi est destiné tout cet argent, mais il me semble très clair qu’il n’échoue pas dans la poche des principaux concernés. Donc, oui, dans ce contexte, il me semble tout à fait légitime de demander une diminution des prélèvements et des dépenses sociales, puisqu’il est évident qu’elles ne remplissent pas leur rôle.

Agiter les chiffres sur la pauvreté n’est pas se donner carte blanche pour piller les ressources des citoyens. L’État doit montrer que son action est mesurée, efficace, et qu’il n’existe pas de meilleures alternatives, ce qu’il est parfaitement incapable de produire aujourd’hui.

Que faire alors ?

Premièrement, arrêter le mélange des genres. Assurer un service public n’est pas nécessairement synonyme de redistribution. Si l’État veut garantir que chacun ait accès à la santé, il existe des moyens d’y parvenir sans passer par un gigantesque monopole bureaucratique. Comme j’avais déjà écrit à ce sujet, cette confusion profondément ancrée dans les esprits interdit que l’on puisse évoquer une ouverture à la concurrence susceptible d’améliorer la qualité des services actuellement fournis par l’État (éducation, santé, retraite…) sans pour autant en priver les plus démunis.

C’est là que l’idée d’un revenu minimum est intéressante : en se limitant à garantir à chacun ce revenu, et plutôt que de lui fournir des services, l’État laisserait à l’individu les moyens minimum et la liberté nécessaire en vue d’assumer ses propres choix.

Deuxièmement, s’interroger sur les raisons structurelles expliquant la situation sociale dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Comment se fait-il, par exemple, que malgré une éducation soviétisée le principal déterminant de la réussite scolaire persiste à être le niveau de revenu des parents ? Comment se fait-il que le chômage soit une réalité pour ceux ne détenant pas de diplôme supérieur ? Pourquoi fait-on des courbettes à des lobbies, comme les taxis, alors que davantage de concurrence engendrerait plus d’emplois ?

Je cite cette analogie parfaitement adaptée :  l’État vient vous casser les genoux, vous offre des béquilles, puis vous fait remarquer qu’il est extrêmement généreux de vous les avoir offertes.

La pauvreté étant extrêmement corrélée à l’absence d’emploi, il est tout à fait légitime de s’interroger sur la responsabilité de l’État dans la mise en œuvre des freins économiques bridant la croissance, et donc la création d’emplois. Si les aides sociales sont si nombreuses et si coûteuses, c’est aussi parce que l’économie est complètement déréglée et dysfonctionnelle. Donc, oui, l’État devrait réduire la pression fiscale et la quantité d’aides sociales, sans pratiquer une austérité bête et aveugle privant les moins chanceux du peu qu’ils ont, mais en les soutenant dans des projets d’insertion sociale et professionnelle pour qu’enfin, ils n’aient plus besoin d’être assistés.


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