À l’écoute d’Atlas Shrugged

atlas credits jeff berman (licence creative commons) https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/

Atlas Shrugged n’est pas un simple roman, mais également un plaidoyer, pas uniquement à destination des seuls génies, entrepreneurs ou artistes, mais aussi pour toute personne encore douée de raison.

Par Marius-Joseph Marchetti.

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« L’homme se crée un monde à son image. Il a le pouvoir de choisir, mais ne peut échapper à la nécessité de faire des choix. S’il y renonce, il renonce à son statut d’homme et fait le choix de voir son existence devenir un immense chaos gouverné par l’irrationnel. Celui qui pense sans concession à la volonté d’autrui, celui qui donne réalité à l’allumette ou au jardin qu’il a imaginé dans sa tête, devient par là-même un homme, donnant ainsi la pleine mesure de sa valeur »
Professeur Akston, La Grève

L’homme qui a abandonné sa raison, a abandonné la faculté nécessaire à sa survie. À l’inverse des plantes et des animaux, l’homme, sauf à ne plus être un homme, ne peut survivre sans elle. Il est obligé d’utiliser un processus de réflexion prolongée pour survivre et se développer. L’homme qui abandonne la raison, comme on le voit si souvent dans La Grève, n’est plus capable de prendre la moindre décision, car il n’a plus aucune estime de lui. Quelle estime de soi pourrait avoir l’homme justifiant l’éthique de ses choix du fait qu’ils sont mécaniquement tracés et parfaitement prédéfinis par une quelconque matrice incontrôlable ?

Un homme ayant peu d’estime de lui-même se trouve dans l’incapacité de faire un quelconque choix et renvoie systématiquement cette responsabilité à la personne en mesure de l’endosser car consciente de sa propre valeur. Et quel est donc cet homme, qui sera privilégié par cette dévaluation de la raison, la qualifiant d’enfer et d’illusion, et se vantera de lutter « contre l’égoïsme parsemant nos sociétés occidentales et pour le bien commun. » ? Oui vous avez compris. C’est l’homme politique, et l’entité monstrueuse qui lui permet d’user de la violence et du clientélisme comme il le souhaite. Ayn Rand nous décrit ainsi un processus par lequel le politicien, par ses politiques « altruistes », déresponsabilise l’individu, l’emmène à renier sa raison et son estime de soi, et réitère cela de telle manière que l’homme n’a plus d’autre alternative que de laisser l’État régir entièrement sa vie. Atlas Shrugged contient ainsi un avertissement très clair et présente le résultat du processus :

Le pillard politique a toute légitimité, l’individu doit se subordonner aux masses et à l’intérêt général, car il court sinon le risque d’être méprisé, l’homme qui aurait le malheur de reconnaître qu’il vit pour lui-même commet un blasphème, bon nombre de personnes ont en horreur la raison, la réalité et leurs effets. Enfin, l’homme est envisagé uniquement comme un être vil et servile n’existant que dans le but d’être asservi, d’être l’instrument du bonheur d’autrui, d’être un animal sacrificiel.

Atlas Shrugged est également l’expression de la lutte des classes, pas celle imaginée par Marx mais justement celle qui l’a inspiré. Atlas Shrugged est le reflet de la lutte des classes imaginée par les libéraux français du XIXème siècle. À l’inverse du combat des marxistes, celle-ci n’oppose pas les propriétaires de moyens de production aux prolétaires, mais ceux qui financent l’État contre ceux qui en bénéficient. La grande majorité des ennemis de Dagny Taggart et John Galt sont des businessmen (ou ce qu’il en reste) qui vivent bien moins de leur talent d’entrepreneurs et de leur capacité à innover que de leur aptitude à obtenir des privilèges auprès des parlementaires, comme Orren Boyle, Mowen, et bien d’autres, à l’inverse de Dagny Taggart et Hank Rearden.

Le milieu « des prolétaires » n’y est pas non plus épargné : certains d’entre eux démontrent une forte propension à mettre en place des décrets afin d’œuvrer pour ce fameux bien commun, ou pour le bien sacrificiel comme il conviendrait plutôt de dire ; certains par exemple ont rejoint le Ravin de Galt afin d’échapper aux décrets imposés par d’autres, comme celui portant sur les cerveaux (il suffit de voir la réaction d’Eddie Willers, l’employé de Dagny Taggart travaillant au sein de la Taggart Transcontinental, une société de chemin de fer, à l’annonce de la mise en application du décret sur les cerveaux). La lutte qui caractérise notre époque n’est pas celle du riche contre le pauvre, de l’employé contre le chef d’entreprise. La lutte qui est à l’œuvre est un affrontement du rationnel contre l’irrationnel, une lutte du rationnel contre la violence et le mysticisme.

« La raison n’est pas automatique. Ceux qui la nient ne peuvent pas être conquis par elle. Ne comptez pas sur eux. Laissez-les seuls. »
Ayn Rand