Alexandre Jardin : « Le libéralisme a eu tort de se couper du monde associatif »

Alexandre Jardin (Crédits : Alexandre Jardin, tous droits réservés)

Quand les électeurs entendent « libéral », ils pensent à une sorte de cowboy mais jamais à un militant des droits de l’homme. Quelle en est la raison ?

Par Le Parisien Libéral.

Alexandre Jardin (Crédits : Alexandre Jardin, tous droits réservés)
Alexandre Jardin (Crédits : Alexandre Jardin, tous droits réservés)

 

Quand le public entend libéralisme, il pense très souvent à une sorte de cowboy américain assoiffé d’argent, Il pense très peu à un individu altruiste et soucieux de coopérations telles que la vie associative.

Comment se fait-il que ce cliché puisse à ce point occulter le parcours de gens comme Jean-François Mattei, médecin, ancien député Démocratie Libérale et président du Fonds de dotation de la Croix-Rouge française, Guy Sorman, essayiste libéral, co-fondateur et président d’honneur d’Action contre la faim, Jimmy Wales, entrepreneur et financier, fan d’Ayn Rand ou de Hayek, et fondateur de l’encyclopédie gratuite et décentralisée Wikipedia ou encore Malala Yousafzai, activiste pakistanaise des droits des femmes, prix Nobel de la paix 2014 et militante en faveur de l’enseignement libre et privé ?

Quand les électeurs entendent « libéral », ils pensent, à tort, à un adepte du capitalisme de connivence en faveur du CAC 40, mais jamais à un militant des droits de l’homme.

C’est un peu la remarque que formule implicitement l’écrivain Alexandre Jardin, qui note dans le magazine Le Point du 26 février 2015 que « le libéralisme a eu tort de se couper du monde associatif ».
La parisien libéral (tous droits réservés)

Mais de quel monde associatif parle-t-on, peuvent rétorquer les libéraux, arguant du fait qu’ils sont très nombreux à s’impliquer dans des think tanks comme l’IFRAP, la société du Mont Pelerin, l’IREF, l’Institut Turgot, l’Institut Coppet, Contribuables Associés ou Génération Libre ? Ces libéraux auront en partie raison. En effet, des think tanks libéraux français ont déjà obtenu des victoires, telles que la dénonciation du scandale de l’utilisation de l’indemnité de représentation et de frais de mandat (IRFM) des députés pour spéculer sur de l’immobilier ou le retrait des listes d’Anne Hidalgo du très peu féministe Yacine Chaouat, qui était protégé par le Parti Socialiste. Ces victoires ont été obtenues en direct ou par le biais des quelques très rares relais politiques qui se revendiquent du libéralisme en France.

Mais le monde associatif français, ce n’est pas que des think tanks dont la notoriété reste confinée à un certain milieu politique et médiatique. Il existe plus d’un million d’associations en France. Les libéraux devraient-ils créer leur MNEF, leur SOS Racisme, leur UNEF ? Devraient-ils encore profiter de l’argent public dans l’une des vingt associations les plus subventionnées ? Devraient-ils faire comme le Parti Communiste qui profite de ses liens avec les syndicats pour piller des entreprises publiques ?

Non. C’est tout à l’honneur des libéraux d’être à l’écart de telles pratiques. En revanche, ils doivent absolument s’atteler aux tâches suivantes :

  • être fermes sur leurs valeurs, et privilégier les dons aux subventions ;
  • expliquer que la carotte et le bâton étatiques, les impôts et les subventions, peuvent être remplacés par l’impôt volontaire ;
  • montrer la force de l’économie du don, celle qui rend possible des actions telles que le Téléthon ;
  • rappeler que la culture, pour ne citer que cet exemple, n’a pas besoin d’un ministère, de formulaires, de fonctionnaires, d’un régime d’intermittents du spectacle et de subventions, mais d’artistes passionnés.

Il a été facile, idéologiquement parlant, pour les socialistes, de préempter le tissu culturel du pays : leur programme est justement celui de la facilité, celui qui consiste à prendre à tout le monde pour redistribuer à quelques-uns, à l’occasion d’élections, ou de manière pérenne, tout en ne craignant pas les contradictions (exemple : subventionner les associations d’aides aux Roms mais poursuivre la même politique que Sarkozy-Hortefeux en matière d’expulsions).

Les libéraux devraient s’inscrire, autant que possible et en fonction des possibilités de chacun, en tant qu’individus, dans le tissu associatif local. Par là même, ils donneraient corps à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, d’inspiration libérale, qui constitue la base de la liberté d’association, principe à valeur constitutionnelle en France. Ainsi, le public et les électeurs pourraient prendre conscience du fait que non seulement une autre France est possible, une France des coopérations spontanées et volontaires, mais qu’en plus, de tout temps, des libéraux se sont réunis et associés pour dénoncer les atteintes aux Droits de l’Homme tout en donnant corps à la réalité d’une France qui vit et se développe en dépit de l’omniprésence de l’État.


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Note de la rédaction : Nous profitons de cet article pour rappeler que Contrepoints est l’un des rares quotidiens de l’information en ligne développé par une association (liberaux.org) financée par ses adhérents et les dons de ses lecteurs, et non par une société capitalistique subventionnée par l’État.