Piketty au piquet : enquête sur une imposture

Est-ce pour souligner la légèreté du travail accompli par Piketty que l’auteur de cet essai a choisi ce titre ?

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Piketty au piquet : enquête sur une imposture

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 1 mars 2015
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Par Bernard Zimmern

Piketty au Piquet (Crédits Editions du Moment, tous droits réservés)Est-ce par dérision que l’auteur de cet essai, par ailleurs solide, a choisi ce titre, digne d’une punition d’école primaire ? Est-ce pour souligner la légèreté du travail accompli par Piketty malgré les tonnes de chiffres sous lesquels il prétend nous enterrer ? Le sous-titre – « enquête sur une imposture » – nous donne clairement l’objet du livre.

Ce n’est pas parce qu’il nous cite que nous avons été conquis par cet opuscule qui se lit très facilement. La plume y est alerte et le style incisif. L’auteur a su ne pas se laisser aller à de grandes démonstrations pour experts mais toucher là où cela fait mal. Qu’on en juge.

Nous n’avons pas vérifié mais je cite :

« Manichéen à l’extrême et prêt à faire feu de tout bois pour signifier que le riche est nuisible par nature, l’auteur du Capital au XXIème siècle va aussi jusqu’à confondre réalité et fiction. C’est ainsi qu’un certain Caledon Hockley a droit à son petit couplet. Qui est donc cet individu ? L’héritier d’une immense fortune qui s’est illustré lors du naufrage du Titanic en graissant la patte d’un officier afin d’embarquer en priorité sur un canot de sauvetage. (…) Seul problème, le sinistre Caledon Hockley n’a jamais existé. Sorti tout droit de l’imagination du cinéaste James Cameron… »

Autre « imposture » dévoilée en page 818 :

« Piketty parle de la violence des années 1930 en accusant les élites économiques et financières qui se sont enrichies en conduisant le pays à la ruine. (…) C’est dans ce contexte qu’arrive Roosevelt qui relève fortement le plafond du taux marginal de l’impôt sur le revenu abaissé à 25% sous la désastreuse présidence Hoover, et qui passe à 63% dès 1933… Le seul problème est que ce relèvement date de 1932 et pas 1933 et n’est donc pas l’œuvre de Roosevelt, mais de… Hoover, lui-même. »

La liste des erreurs de Piketty est longue et nous pourrions en donner un très long compendium qui pourrait être aussi volumineux que son ouvrage à succès. L’auteur lui donne cependant des excuses en rappelant que ses parents étaient à Lutte Ouvrière et qu’il est en fait, selon lui, un militant de gauche, drapant son idéologie sous l’habillage de la statistique.

Mais l’ancien rédacteur en chef adjoint de L’Entreprise est allé sur des terrains plus cruciaux que la seule crédibilité de Piketty et a déniché des sources sérieuses sur l’un des aspects importants des revenus aux États-Unis : ce qu’on appelle la mobilité, le fait que ceux qui sont au sommet de la pyramide y restent rarement longtemps. Alors que Piketty affirme qu’il n’existe pas de rapport conclusif sur cette mobilité, les professeurs Mark R. Rank et Thomas A. Herschel ont suivi un groupe d’Américains entre 25 et 60 ans afin d’observer l’évolution de leurs revenus sur une période de 44 ans. Leur découverte ? « Les trois quarts d‘entre eux se sont retrouvés à un moment de leur vie professionnelle parmi les 20% des revenus les plus élevés (et plus de la moitié dans le décile supérieur) (…) 54% ont flirté au moins une fois avec le seuil de pauvreté… En trouvant peu à peu une place dans la société, la plupart de ses occupants ont fini par sortir de la misère… »

Frédéric Georges-Tudo, l’auteur de l’essai, s’étonne à de multiples reprises que les médias aient pu reprendre et présenter comme des vérités des informations qui sont au mieux des erreurs, au pire des malhonnêtetés intellectuelles. Il explique clairement que cet essai est tombé à pic aux États-Unis pour permettre à un président Obama, en déroute électorale, de lancer le thème qui, depuis Abel et Caïn, avec l’intérim de Karl Marx, est un des grands moteurs de la politique.

Mais l’avertissement que lance l’auteur à la fin de son essai n’en est pas la partie la moins intéressante. L’essai se conclut par cette forte déclaration :

« Maintenant qu’il a l’oreille des médias du monde entier, Thomas Piketty ne manquera pas d’intensifier son activisme militant (…) sa doctrine distille l’idée que le monde est sclérosé, que les classes populaires sont par définition condamnées à rester clouées au sol (…) Voilà pourquoi il nous semblait très imprudent de négliger le pouvoir de nuisance de ce personnage à l‘apparence si bienveillante. Révéler ses escroqueries intellectuelles, expliquer ses erreurs d’analyse, mettre en garde contre ses recommandations désastreuses et enfin dénoncer son militantisme d’extrême gauche maquillé en recherche scientifique, c’est ce qu’a tenté d’accomplir « Piketty au piquet. »

  • Frédéric Georges-Tudo, Piketty au piquet, Éditions du Moment, février 2015, 219 pages.


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  • « sa doctrine distille l’idée que le monde est sclérosé, que les classes populaires sont par définition condamnées à rester clouées au sol ». Piketty est sans doute influencé par son origine française, pays où l’ascenseur social est largement en panne en conséquence d’une politique très socialiste.

  • Il a dit sur la télé qu’il était prêt à payer 90% d’impots. Il s’agit tout simplement d’un grand hypocrite. Donc il est très loin de la science économique

  • Je n’ai lu que l’introduction de ce livre, l’autre jour, dans une librairie, et ne peux donc en parler. Si l’anglais ne vous rebute pas, je vous conseille en revanche la lecture de cette « book review » de 43 pages du livre de Thomas Piketty : http://ejpe.org/pdf/7-2-art-4.pdf . Elle est absolument remarquable.

    • Moi, j’ai lu beaucoup plus que l’introduction de Piketty au piquet et je vous en conseille vivement la lecture totale.
      J’en suis aux 3/4 et je me régale. En plus, le style très enlevé tranche avec les bouquins d’éco souvent écrits avec les pieds.

      Bref, à lire d’urgence 🙂

  • Convaincre les gens qu’ils sont de victimes d’un groupe indéfinissable, qu’ils n’ont aucune emprise sur leur vie et qu’un pouvoir politique fort pourrait changer cela par le haut. Voilà l’origine des dictatures populistes.

  • Mais quel Piketyy exploite l’autre?
    Il faut spolier le capital de l’exploiteur qui possède l’outil de production, car il gagne trop. C’est Piketty qui le démontre dans ses statistiques.

    Avec les ventes de son bouquin, Piketty va faire partie des 1% de revenus les plus élevés de France. La propriété de stylos appartient donc aux travailleurs qui contribuent à sa richesse.

    Au nom de l’égalité statistique Pikettiste, nous devons spolier les stylos et ordinateurs Piketty! C’est son capital qui le rend plus riche qui lui pemet d’être dans les 1% les plus riches.

    Tous ceux qui sont pauvres aujourd’hui vont enfin pouvoir bénéficier de l’outil de production de l’auto-exploiteur. et se partager les bénéfices engendrés par les stylos de Piketty.

    Piketty avec le don de ses stylos va démonter à quel point le partage des richesses ça marche!

  • Sur l’autre article du bouquin, sur ce même site, personne parmi ceux ayant affirmé l’avoir lu ont été fichu de fournir un résumé de ce qu’ils ont lu. C’est donc très bien d’avoir enfin un compte rendu du livre. Mais je suis quand même déçu. D’abord par la longueur (trop court) mais aussi pour la pauvreté des arguments présentés par le livre, du moins d’après ce que l’article en dit.

    Les petits détails sur les événements historiques comme le Titanic et la Grande Dépression sont sans conséquence pour la théorie de Piketty. Concernant l’étude longitudinale de Rank & Herschel, je pense que c’est un straw man. Pour ce que je sais, ce genre de données longitudinales ne doit certainement pas avoir beaucoup d’échantillon sur les très, très riches individus, e.g., top 1% ou 0.1%. Le pire étant que le bouquin raconte que les top 20% de revenus ont flirté avec le seuil de pauvreté, et donc, en disant cela, ignore complètement les tranches supérieures de 1% et 0.1%. Or la théorie de Piketty se focalise spécialement sur ces tranches extrêmes de revenu. Donc l’étude longitudinale en question est sans conséquence pour la théorie de Piketty. Pour rappel, Piketty nous dit que la hausse des inégalités est liée aux gains du capital et au top revenus (1% et plus).

    J’espère que le livre propose de meilleurs arguments, parce que je ne suis pas convaincu du tout. Si quelqu’un ici l’a vraiment lu, j’aimerai bien entendre.

    • +1

      Je me demande bien pourquoi on aborde ces détails historiques qui n’ont aucun rapport avec la théorie économique développée. J’imagine un contradicteur sur un plateau télé avec de tels arguments.

      Mais on ne va pas perdre le lecteur dans des détails techniques…

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