L’esprit du 11 janvier est-il soluble dans le 49-3 ?

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

À l’esprit du 11 janvier succède les manœuvres politiciennes ordinaires…

Par Serge Federbusch.

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits Philippe Grangeaud Parti Socialiste, licence Creative Commons)
Manuel Valls en juin 2014 (Crédits Philippe Grangeaud Parti Socialiste, licence Creative Commons)

 

La splendide manipulation de l’opinion plus connue sous le nom d’ « esprit du 11 janvier », qui a consisté à masquer l’échec du gouvernement face à la menace terroriste en la noyant dans l’unanimisme national, n’a décidément que peu d’effets durables. Après une élection gagnée sur le fil du rasoir dans le Doubs par le PS, les députés frondeurs se sont réveillés et ont infligé un camouflet à Valls en l’obligeant à engager la responsabilité du gouvernement sur le projet de loi Macron.

Certes, il ne faut pas prendre cet épisode au sérieux. Les réformettes défendues par Macron sont des trompe-l’œil pour l’opinion publique et pour Bruxelles. Il s’agit de donner le change à nos censeurs européens afin qu’ils puissent faire mine de croire que nous nous réformons. Nous sommes en plein jeu de barbichette à l’échelle continentale.

49-3 rené le honzecCela étant, la difficulté qu’éprouvent Hollande et Valls à faire adopter des broutilles législatives (essentiellement des dimanches ouvrés dans les grands magasins du boulevard Haussmann à Paris) montre à quel point il est désormais peu envisageable qu’ils prennent la moindre mesure courageuse qui irait contre les attentes de leur électorat.

Imaginez ce qu’il se passerait si Hollande et Valls devaient réformer l’Agirc et l’Arrco, régimes de retraites complémentaires en très mauvaise passe. À coup sûr, une majorité de députés voterait la censure. Du reste, le gouvernement ne dispose que d’une seule possibilité de recourir au 49-3 par session du parlement, hors loi de finances ou de financement de la sécurité sociale. La nasse se resserre et les élections départementales s’annoncent des déroutes pour le pouvoir exécutif.

Bah… avec la complicité de quelques médias Hollande peut-être et Valls sûrement parviendront à faire croire que toute cette opération révèle au moins leur courage et leur détermination. Qu’ils agissent avec les mêmes postures martiales que pour Charlie Hebdo, montrent les dents aux terroristes armés de kalachnikovs comme aux trublions du PS.

Hélas, nous sommes surtout renvoyés à la triste réalité de la France, pays à la remorque de l’Allemagne, espérant juste que ses partenaires le laissent vivre à crédit et ne le rudoient pas comme une vulgaire Grèce. Une France paralysée par un gouvernement dont la roublardise le dispute à la veulerie et qui ne peut offrir de distraction à sa population que des comédies parlementaires.

L’esprit du 11-1 était soluble dans le 49-3, c’est sans doute une question d’arithmétique.

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