UMP/PS : un comportement similaire dans l’opposition ?

L’UMP et le PS, ou l’opposition la plus bête du monde

Par Julien Gonzalez
Un article de Trop Libre

UMPSAlors que Marine Le Pen et le Front National dénoncent régulièrement un supposé système « UMPS » (censé illustrer le caractère interchangeable des deux partis), il est un point où la question du mimétisme entre la gauche et la droite ne soulèvera guère de débats : celui de leur comportement en tant qu’opposants au pouvoir en place, où la mauvaise foi règne en maîtresse incontestée.

TVA sociale, conseiller territorial, 49-3 : de la constance du reniement en Hollandie

« Le 49-3 est une brutalité, un déni de démocratie » déclarait François Hollande en 2006, alors que Dominique de Villepin y avait recours pour faire adopter le projet de loi Égalité des chances, qui comprenait le Contrat première embauche (CPE). Neuf ans plus tard, le président de la République justifie l’utilisation du 49-3 via Manuel Valls par la nécessité de « poursuivre l’action de réforme pour redresser l’économie et garder cette ligne directrice qui est celle de l’égalité », dans le cadre du passage en force de la loi Macron.

En janvier 2012, au lendemain de l’annonce de l’instauration de la TVA sociale par Nicolas Sarkozy, le candidat socialiste parlait d’une « augmentation [de la TVA] inopportune, injuste, infondée et improvisée », promettant son annulation en cas de retour au pouvoir, ce qu’il fit une fois à l’Élysée…avant de relever à nouveau les taux quelques mois plus tard, conformément aux préconisations du rapport Gallois sur la compétitivité. Que dire également de la suppression du conseiller territorial, sous le gouvernement Ayrault, et votée pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui prévoyait la fusion des fonctions de conseiller régional et général à partir de 2014 ? Une abrogation qui « marque la fin d’une période de défiance à l’égard des élus locaux » pour le ministre de l’Intérieur d’alors Manuel Valls, qui tentera, une fois à Matignon, de supprimer les conseils généraux pour alléger le millefeuille administratif français. Et nous avons échappé de peu au retour de la défiscalisation des heures supplémentaires (détricotée elle aussi par l’actuelle majorité), mesure phare, s’il en est, des années Sarkozy…

L’opposition « en bloc et en détail » de la droite au tournant social-libéral de Hollande

Mais si la gauche n’a pas le monopole du cœur, elle n’a probablement pas non plus celui de l’esprit clanique et doctrinaire. En effet, si l’année 2014 fut celle de l’enterrement officiel du discours du Bourget (où l’on apprit – défense de rire – que François Hollande aimait « les gens alors que d’autres aiment l’argent »), cela n’était vraisemblablement pas suffisant aux yeux de la droite pour lui permettre de jouer le rôle d’une opposition « constructive et exigeante » si souvent évoquée.

Qu’il s’agisse des accords compétitivité-emploi, de la mise en place du CICE, du pacte de responsabilité ou de la loi Macron, le groupe UMP dit non, encore et toujours non. Un « non » qui sonne pourtant faux aux oreilles de nombreux Français ; ces textes ne vont-ils pas dans le sens d’un desserrement du carcan réglementaire qui étouffe les entreprises ? N’ont-ils pas vocation à restaurer une partie des marges des acteurs économiques hexagonaux, aujourd’hui à un niveau historiquement bas ? Comment comprendre que la gauche raille la droite pour l’instauration de la TVA sociale, supprime cette dernière, la rétablisse sous un nom et des modalités différentes, le financement par la baisse des charges étant remplacé par un bien plus complexe et moins lisible crédit d’impôt, avant d’être également moquée par la droite, qui s’oppose à son tour à la hausse de TVA ?

Si l’on interroge les parlementaires, les explications seront probablement limpides. Les premiers diront qu’il ne s’agit en rien d’une quelconque contradiction, que « leur » réforme est imprégnée de justice et d’égalité. Les seconds mettront certainement l’accent sur le fait que les textes qu’ils refusent ne vont pas assez loin et qu’ils n’auront aucun impact sur l’économie française. Pris au piège d’une base militante exaspérée par l’idée même d’une possible compromission avec le camp d’en face, chacun croit faire le bon choix et s’accommode d’entorses fréquentes à l’intérêt général, que justifient les impératifs du jeu partisan. Sauf que la situation économique et sociale de notre pays rend difficilement acceptable ce qui pourrait apparaître en des temps plus calmes comme un simple folklore démocratique.

Le spectacle désolant d’une classe politique jamais avare de leçons de morale républicaine mais incapable d’incarner le plus élémentaire sens des responsabilités est, à n’en pas douter, l’une des causes du profond malaise que connaît notre système représentatif. Et l’une des explications à l’inexorable montée du Front national, plus que jamais « rentiers du malheur », pour reprendre l’expression du politiste Gaël Brustier.

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