Internet, démocratie numérique et tournevis

Réflexions sur la curieuse opinion qui consiste à vouloir faire d’internet un outil « libre et démocratique »…

Par Michel Desgranges.

Internet credits  hdzimmermann  (CC BY-NC-SA 2.0)
Internet credits hdzimmermann (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Beaucoup de libéraux, particulièrement ceux qu’un miracle empêchera de jamais atteindre l’âge adulte quoique puisse affirmer leur état-civil, se plaisent à se prosterner devant le dieu Internet, tout en prenant un ton autoritaire pour fortement inciter autrui à manifester la même vénération.

Dans un mouvement propre à tout fidèle d’une nouvelle foi (ou néophytes) ils expriment des revendications fondées sur un credo dans lequel la raison a peu de part.
De ces revendications, l’une des plus curieuses, que j’ai encore entendue ce matin, est que Internet est, doit être, doit demeurer (etc.) libre et démocratique.

Internet est un outil, et qu’il soit un outil de communication ne change rien à sa nature d’outil, comme l’est un marteau, dont (jusqu’à ce jour) personne n’a jamais songé à proclamer qu’il fût (et dût être) libre.

Considérons un tournevis. Si M. Dupont utilise cet objet pour en enfoncer la lame dans l’œil de son voisin, et qu’on lui fasse remarquer que c’est là un usage interdit, faut-il en conclure que le tournevis n’est pas libre ?

Ou que l’auteur de cette étrange proposition a confondu la chose et son usage ?

Dans le cas d’internet, l’usage de cet outil tombe, comme pour tout outil, sous le droit commun de la loi et là où la loi, comme en France, a aboli, par exemple, la liberté d’expression ou la liberté du commerce de certaines substances, quiconque utilisera internet pour tenir des propos interdits ou vendre des produits prohibés, courra un risque élevé d’être envoyé aux galères, d’autant que les nouvelles technologies permettent de débusquer avec la plus grande facilité tout contrevenant (il était moins aisé de trouver les écrivains du samizdat dont les textes étaient polycopiés).

Aussi, réclamer un « internet libre » est-il se tromper de combat, car il serait improbable que M. État permît de faire via internet ce qu’il continuerait d’interdire avec un papier et un stylo.
Quant à un internet démocratique, je me suis (brièvement) interrogé sur le sens (très éventuel) de cette formule ; voudrait-elle dire que l’outil internet doit muter en un gouvernement élu au suffrage universel ? Ou que quiconque s’en servirait pour émettre quelque critique sur cette démocratie, dont l’expérience prouve qu’elle ne peut conduire qu’au plus féroce collectivisme, doit être privé de la liberté d’utiliser cet outil ?

En dehors de ces considérations théoriques, je constate que, à cause d’internet, j’ai perdu une demie-heure à écrire de petites bêtises plutôt que poursuivre la lecture de l’Histoire du Concile de Trente de fra Paolo Sarpi dans la traduction de Le Courayer (1751, 3 vol. in-4°).

M’en voici fort marri.

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