Le système des retraites sur le point d’exploser

Le système de retraites « par répartition » est une escroquerie.

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

tick tock tom credits tom simpson (CC BY-NC-ND 2.0)
tick tock tom credits tom simpson (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Le système de retraite mis en place par la génération privilégiée des « papyboomers » fonctionne selon le principe des pensions des retraités payées par les cotisations des actifs (principe de la pyramide de Ponzi, théoriquement interdit). Ainsi, les cotisations retraites que vous payez ne sont pas calculées sur la base de votre future retraite, mais sur celle des besoins des caisses pour assurer celles des actuels inactifs.

Tant que le nombre d’actifs croît régulièrement et dépasse celui des inactifs, le système est viable car les nouveaux entrants dans la pyramide amènent plus de fonds que ne coûtent les prestations. Par contre, lorsque les flux s’inversent, c’est l’explosion du système car il ne rentre plus suffisamment de fonds pour assurer les sorties. C’est comme cela qu’ont été montées la plupart des grandes escroqueries financières ces deux derniers siècles. La plus importante, en attendant l’explosion du régime de retraites français, reste Madoff.

Comme toujours, dans ces montages, les premiers entrés touchent le pactole, les derniers n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Les tentatives de sauvetage

L’issue fatale de ce système est connue depuis longtemps. Depuis maintenant les années 1970/1980, les économistes ont tous alerté les pouvoirs publics que le système allait exploser. La conjugaison de l’augmentation des montants de prestations (jamais aucune génération n’a perçu de retraites aussi importantes que celles qui arrêtent de travailler depuis vingt ans), de l’avancement de l’âge de la retraite (7 ans plus tôt qu’un travailleur allemand par exemple), du nombre de départs en retraites (les générations qui partent actuellement sont les plus nombreuses de l’histoire de France) et de la chute de la natalité que nous connaissons depuis les années 70, provoque inexorablement l’explosion de la pyramide.

Les premières mesures prises consistèrent à augmenter systématiquement les cotisations des actifs. Jusqu’au moment où il fallut se rendre compte que l’augmentation de ces cotisations participait à rendre le coût du travail tellement élevé que cela en devenait destructeur d’emplois, donc générateur de perte de cotisations.

Puisque la natalité était en baisse, l’idée germa de faire venir des travailleurs de pays étrangers qui cotiseraient pour les Français en retraite. Hélas, les politiques décidèrent d’aller plus loin dans le processus en faisant venir leurs familles pour les sédentariser, créant ainsi un afflux de populations qui non seulement ne cotisent pas ou peu (en tous cas pas plus que n’auraient cotisé les travailleurs seuls), mais participent pour beaucoup au plombage du budget de la Nation.

Puisque la durée de cotisation est une des plus faibles (la plus faible des pays à économie comparable), des mesures visant à repousser l’âge de la retraite sont prises régulièrement. Malheureusement, le coût du travail et le manque d’investissements génèrent une perte régulière d’emplois dont souffrent en premier lieu les travailleurs de plus de 50 ans, catégorie la plus touchée par le chômage de longue durée. Les cotisations ne rentrent pas davantage et les travailleurs sont à la charge des Assedic ou du système de protection sociale au lieu d’être à celle des régimes de retraites ; on a fait que déplacer le problème.

Le système de retraites « par répartition » explose dans trois ans

Aujourd’hui, le déficit annoncé de l’AGIRC s’élève à 1,24 milliard d’euros, celui de l’ARRCO, à 405 millions d’euros. On estime, à données constantes, c’est à dire sans tenir compte de possibles (à la hausse ou à la baisse) fluctuations du chômage, dégrèvements de cotisations accordés par le gouvernement, que les réserves de l’AGIRC seront épuisées dès 2018 et celles de l’ARRCO en 2027.

Tous les travailleurs qui cotisent actuellement, et ce depuis plus d’une dizaine, voire une vingtaine d’années, ne percevront pas un centime de ce qu’ils ont payé. Ils doivent à la fois payer des cotisations (c’est obligatoire et prélevé à la source) pour les actuels retraités et épargner pour leur propre retraite. Après la génération privilégiée, viennent les générations dépouillées. Dans trois ans, l’ AGIRC explose. Bon, modérons. Dans trois ans, il y a des élections présidentielles, donc le pouvoir actuel va trouver le moyen d’injecter un petit peu de cocaïne pour faire tenir un ou deux ans de plus, histoire que ce soit le suivant qui se retrouve avec le bébé sur les bras. Mais cela ne change rien au problème.

Quelles mesures prendre pour repousser l’échéance?

Les partenaires sociaux en charge de la gestion des régimes ARRCO et AGIRC entament à partir de mardi une nouvelle série de négociations sur les retraites complémentaires. Prenons les une par une pour en estimer la probabilité.

  • Hausses des cotisations. Très peu probable. La courbe de Laffer s’applique aussi à ce type de problématique et il est clair maintenant pour tout le monde, même pour ceux des socialistes qui ont pris le temps d’ouvrir un manuel d’économie, que toute augmentation des cotisations entraîne une augmentation du coût du travail qui entraîne une destruction de l’emploi qui diminue d’autant les cotisations encaissées. Donc, hausse des cotisations fort peu probable.
  • Gel des pensions. Très probable. Déjà en partie mis en pratique, cette mesure, qui de facto équivaut à une baisse du montant de l’inflation, c’est à dire presque indolore, permet d’éviter une partie de l’augmentation des dépenses. Demi mesure en réalité car c’est à une baisse substantielle des pensions qu’il faudrait procéder si on voulait rééquilibrer les choses. Donc, oui, considérons comme déjà acquis qu’aucune pension ne se verra augmentée ou revalorisée dans les années qui viennent.
  • Aménagement des pensions de réversion et des droits familiaux. Aucun doute aussi. C’est le genre de mesure démagogique que tout le monde aime bien. « On va faire payer les riches ». Les reversions risquent de prendre un ou plusieurs coups de dégressivité en fonction du montant des revenus, les droits liés à des charges de famille passées risquent de disparaître.
  • Fusion des deux régimes… Çà, c’est couru d’avance ! Totalement conforme à la mentalité de nos dirigeants. « Noyer le poisson », « Casser le thermomètre », sont les leitmotivs de leurs actions. En fusionnant les deux régimes, ils repoussent la date fatidique de l’explosion de quelques années, juste histoire que ce ne soit pas eux qui aient à en gérer les conséquences. Du grand hollandisme.

Espérons qu’un jour nous ayons enfin des élus responsables qui prennent ce problème à bras le corps et organisent, comme cela fut fait dans d’autres pays, la transition entre l’escroquerie du régime actuel et un authentique régime de retraite, « par points » par exemple, comme cela fut fait en Suède ou par capitalisation comme cela fut fait au Chili…. Les exemples abondent qui devraient être étudiés, épluchés afin d’en tirer les enseignements. Transformons notre retard en atout en sachant profiter des expériences des autres.

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