Ode à cette jeunesse qui doit, paraît-il, payer nos retraites !

L’avenir de la jeunesse en France n’est pas vraiment rose. Pourront-ils un jour financer les retraites ? Sinon, quelles alternatives ?

Par Nicolas Nilsen.

Les menestrels bretons credits Philippe Jubeau (CC BY-NC 2.0)
Les menestrels bretons credits Philippe Jubeau (CC BY-NC 2.0)

 

En lisant les journaux, j’apprends, mais je m’en doutais, que les jeunes d’aujourd’hui sentent très mal leur avenir professionnel… Que les jeunes qui entrent dans l’éducation nationale n’en sortent pas vraiment formés et ne savent pas écrire et compter ; que les jeunes enfants perdus de la République et issus des quartiers défavorisés gagnent plus comme dealers qu’en travaillant dans des bureaux ; que les jeunes diplômés envisagent de s’expatrier à l’étranger ; que les jeunes juifs, mais pour d’autres raisons, veulent également quitter la France ; que les jeunes islamisés préfèrent carrément partir pour faire le djihad ; que les jeunes des lycées professionnels seraient ceux qui enregistreraient les taux d’absentéisme les plus élevés ; que les jeunes agriculteurs préfèrent se suicider ; que les jeunes déséquilibrés choisissent de profaner des cimetières et de vandaliser des tombes ; et que les jeunes qui essayent d’échapper à la réalité s’en remettent de plus en plus à la drogue ou à la nouvelle mode du chaos éthylique… Bref, comme je le lisais récemment sur twitter, il va falloir en construire des prisons pour cette jeunesse décérébrée qui devait, paraît-il, payer nos retraites !

Pas d’emploi, pas de boulot, pas d’avenir…

C’est la génération « no future » : pas d’éducation solide (ce qui est tout de même dingue quand on pense que l’école de la République est obligatoire jusqu’à seize ans), pas non plus de formation professionnelle solide, et pas de perspective d’un emploi durable et correctement rémunéré dans le secteur marchand. Bref, dans une France qui sombre dans la déprime, pas de vrai boulot à l’horizon. Seule perspective peu réjouissante : aller pointer à Pôle emploi (sans la moindre garantie de se voir proposer une offre) en attendant que revienne la croissance promise par les politiques (ce dont il faut évidemment faire notre deuil). Donc plutôt mal barrés nos jeunes, condamnés à multiplier les petits boulots succédant à des emplois minables que les politiques continuent de leur vendre sous le label mensonger d’emplois d’avenir… Seule bouée de sauvetage : le RSA ou rester le plus longtemps possible chez papa et maman. Et surtout reporter le plus tard possible l’entrée dans la vie active.

Qui va financer les retraites alors ?

Bonne question ! Car la France a fait le pari furieux du système de retraite par répartition. En gros ça veut dire que ce sont ceux qui viennent après vous qui payeront votre retraite. Je ne sais pas qui payera pour vous, mais moi je me suis retourné et j’ai regardé qui venait derrière moi pour financer ma retraite : et je n’ai vu personne. Ou plutôt j’ai vu des chômeurs qui pointaient à Pôle emploi, d’autres qui faisaient la queue aux restos du cœur, et d’autres, les fameux jeunes qui doivent financer les retraites, qui n’avaient déjà pas de quoi payer l’essence de leur mobylette ! Et qui bouffent des sandwiches à midi parce qu’ils trouvent que 10 euros le menu chez Big Mac c’est déjà trop cher quand il faut les sortir tous les jours. Alors le job qui doit payer votre retraite, vous pensez bien qu’ils n’en ont strictement rien à faire. Et comme on leur a dit que dès qu’ils commenceraient à travailler ils auraient à rembourser les 2000 milliards de dette qu’on leur a mis sur le dos, vous imaginez bien que le financement de votre retraite c’est le cadet de leurs soucis. C’est pas dans leur radar.

Un constat alarmant

Les retraites complémentaires des salariés et des cadres se trouvent aujourd’hui dans une situation alarmante avec un déficit qui devrait atteindre 11 milliards en 2018. Ce n’est pas nouveau et cela fait des années que la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme. Depuis le début de la crise de 2009, les régimes complémentaires enregistrent des déficits sans cesse croissants. D’après les calculs de la Cour des comptes, les réserves de l’Agirc et l’Arrco permettant de financer les pensions de quelques 12 millions d’assurés seront totalement épuisées (avant 2023 pour l’ensemble Agirc et Arrco, et au plus tard début 2018 pour l’Agirc seule)… Donc on est très mal barrés. Face à l’ampleur du désastre, ceux qu’on continue à appeler « les partenaires sociaux » devraient donc trouver 5 milliards par an d’ici 2018 et réussir à économiser quelques 120 milliards d’ici 2030 … Comme vous l’imaginez, on n’en prend pas le chemin. Et d’ailleurs, en lisant ce chiffre de 120 milliards, essayez d’imaginer la tête des jeunes dont je vous parlais plus haut : oui, ceux qui devront payer votre retraite mais qui pour l’instant avalent le big mac le moins cher pour garder quelques sous pour se payer la bouteille de vodka de leur “chaos éthylique”… Ils ne sont pas exactement dans un plan professionnel orienté paiement de votre retraite !

Travailler jusqu’à 67 ans ? Mais à 50 ans n’importe comment on vous jette !

Après avoir repoussé la réforme avec désinvolture et dédain, beaucoup de politiques, et plus seulement les comptables de la Cour des Comptes, jugent désormais de plus en plus inévitable un report de l’âge de départ à la retraite. Très bien, mais le problème est qu’on aura beau dire aux salariés qu’ils doivent travailler plus longtemps, les Français voient bien qu’il n’y a plus d’emplois et que n’importe comment on se débarrasse d’eux dès l’âge de 50 ans (plans sociaux, faillite de l’entreprise, dégraissage d’effectifs etc). Alors travailler plus longtemps pour financer les retraites c’est bien joli, mais c’est un rêve de politicien hors-sol. Ça ne marche pas comme ça dans le monde économique réel.

Toutes ces histoires de recul de l’âge de la retraite se fondent de surcroît sur des hypothèses économiques totalement irréalistes. Il n’y a que Hollande et ses conseillers pour croire que la croissance va revenir miraculeusement (alors que tout a été fait pour la casser et faire fuir les investisseurs et les entrepreneurs) ; et que le Président va réussir le coup de l’inversion des courbes d’ici 2017. L’amélioration ne sera très vraisemblablement pas au rendez-vous et, vers 2030, les régimes Agirc et Arrco s’écrouleront et devront fermer le robinet des pensions. La CNAV pourra continuer à laisser filer les déficits (car l’État shooté à la dette ne fait juridiquement jamais faillite), mais les retraités seront évidemment dans la mouise.

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