BRIC : les pays émergents craquent

Poutine (Crédits : Platon, CC-BY-NC-SA 2.0)

Pour quelles raisons ce craquement s’est-il produit, et cela peut-il avoir un effet sur la croissance et la paix dans le reste du monde ?

Par Jacques Garello.

Poutine credits Platon (licence creative commons)
Poutine – credits Platon (licence creative commons)

 

BRIC : groupe de pays dits « émergents » composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine. Un article des Échos jeudi dernier invitait à s’interroger et à s’inquiéter sur le sort du BRIC. En effet, depuis plusieurs mois les économies brésilienne et russe ont été fortement secouées, de sorte que seules l’Inde et la Chine continuent à croître de façon satisfaisante. Il ne reste plus que IC. Pour quelles raisons ce craquement s’est-il produit, et cela peut-il avoir un effet sur la croissance et la paix dans le reste du monde ?

Brésil et Russie : une croissance sans développement

L’émergence n’est pas le plein développement. Il est vrai que le Brésil et la Russie ont connu une croissance soutenue au cours des dix dernières années, le taux brésilien étant cependant double de celui de la Russie (7 % en moyenne contre 3,5 %). Cela a permis au Brésil de se propulser au rang de sixième puissance économique mondiale en 2013. Mais les ressources des deux pays sont constituées pour l’essentiel d’exportations de produits pétroliers (notamment pour la Russie) et de matières premières minérales et agricoles (notamment pour le Brésil), les produits manufacturés étant minoritaires. Que se passe-t-il ? C’est que si l’on définit le développement comme l’ensemble des changements structurels qui permettent la compétitivité des entreprises, l’innovation et la concurrence, ce développement-là ne s’est pas produit, ou ne s’est pas prolongé. Les raisons en sont politiques. Les présidences de Lula et Dilma Rousseff ont instauré une économie de « troisième voie », mélange de spéculations capitalistes et de communisme social, créant à la fois des inégalités de plus en plus criantes au fur et à mesure que se développait une classe moyenne, et une corruption généralisée dans la classe dirigeante. Le schéma est à peu près le même en Russie, avec un Poutine qui a installé une oligarchie vivant essentiellement de la rente pétrolière.

Ainsi les économies de ces deux pays ont-elles été politiquement bloquées et la libre entreprise tournée vers le marché local et mondial est-elle entravée. Elles n’ont pas résisté aux perturbations de la crise, et surtout au choc pétrolier récent.

Chine et Inde : présence de l’esprit d’entreprise

C’est un schéma symétrique qui caractérise l’Inde et la Chine. Ici les exigences de la concurrence marchande ont été satisfaites. En Inde un réseau impressionnant de PME a réussi à conquérir des parts impressionnantes du marché mondial. Les jeunes Indiens ont une formation remarquable et beaucoup d’entre eux ont trouvé de belles promotions sociales en Europe ou aux États-Unis. Mais tous se sont mis à l’heure de la mondialisation. En Chine, les investissements industriels et technologiques ont été considérables, favorisés par un système bancaire tout à fait capitaliste, même si les capitalistes sont souvent les dirigeants du parti communiste. La classe moyenne règne dans les grandes villes qui ont encore, il est vrai, à absorber une population rurale énorme et déshéritée.

Menace sur la croissance mondiale ?

Au plus gros de la crise qui a secoué les économies des pays riches, ce sont les BRIC qui ont soutenu la croissance mondiale. Le BRIC représente aujourd’hui 30 % du produit mondial, autant que l’Union Européenne ou les États-Unis et serait responsable de la moitié de la croissance. Les quatre pays sont dans le peloton de tête des puissances économiques (mesurées par PIB par habitant) et la Chine est la deuxième puissance mondiale (l’inde est 10ème). Même si le Brésil et la Russie sont actuellement en mauvaise posture, avec des taux de croissance divisés par deux depuis un an, le dynamisme de la Chine et de l’Inde ne se dément pas, bien au contraire : importateurs d’énergie, ils bénéficient du choc pétrolier et ont des réserves en dollars qui leur permettent d’investir.

En fait, les vraies inquiétudes sont politiques. En proie à de sérieuses difficultés économiques, la Russie vise l’hégémonie politique dans l’empire des tsars et menace la paix, tandis que le Brésil n’a jamais cessé d’être aux côtés du Venezuela, du Nicaragua, de la Bolivie et de l’Argentine, ennemis jurés et des États Unis et du capitalisme. À leur sommet de Fortaleza au Brésil, en juillet dernier, Russie et Brésil se sont faits les champions d’un système politico-économique faisant le pendant de l’OCDE ou du G7. La conjoncture n’est pas favorable à ce projet, il faut souhaiter que la mondialisation du libre échange l’emporte sur les desseins hégémoniques.

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