Sécurité en Afrique : sursaut panafricain après l’échec occidental ?

femmea afrique credits steve evans (licence creative commons)

Les problèmes de sécurité du continent africain vont-ils encore longtemps ralentir son développement économique ?

Par Claude Perrin.

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À la fin du mois de janvier dernier se tenait le 24ème sommet de l’Union africaine, au cours duquel le président zimbabwéen, Robert Mugabe, a été désigné pour en prendre la présidence tournante. Tandis que l’année 2015, tout juste débutée, connait déjà un lot de violences et de massacres inquiétant sur le continent, l’une des missions principales de l’organisation panafricaine sera d’apporter des réponses rapides aux conflits en cours. Et ce, vraisemblablement, sans l’aide des Occidentaux.

La décennie qui vient de s’écouler a très clairement enraciné l’Afrique sur la voie du renouveau économique. Les innombrables ressources – minières, pétrolières, gazières – sont un potentiel remarquable, et si les investisseurs se font pour l’instant désirer, les rapports fleurissent qui assurent au continent de maintenir le cap durant les 10 prochaines années. Fin janvier 2015, c’est un rapport d’un autre ordre qui est venu ternir la donne. Le groupe de réflexion Think Security Africa (TSA), spécialisé depuis 2009 dans les questions relatives à la sécurité en Afrique, estime dans son dernier examen annuel que de nombreux pays sur le continent peinent à maintenir leur intégrité territoriale.

L’ingérence inutile

Le groupe terroriste Boko Haram, affilié à l’État islamique (EI), qui n’avait au départ aucune vocation à s’étendre, devient, de plus en plus, un problème régional : le Cameroun, le Tchad et le Niger sont ainsi directement impactés par le conflit. En Afrique de l’est également, certains pays sont impactés dans leur intégrité territoriale. Depuis 1991 et la chute du régime autoritaire de Siad Barre, en Somalie, les autorités peinent à préserver un pouvoir central fort, celui-ci étant contesté par les islamistes d’al-Chabab.

C’est dans la Corne de l’Afrique que les États-Unis ont pour la première fois eu recours au droit d’ingérence humanitaire. Ils lancent en effet, en 1992, l’opération « Restore hope » et interviennent sur le sol somalien. Plus de 20 ans après, la situation a, si ce n’est empiré, en tout cas peu évolué. Cette immixtion dans les affaires d’autrui, au nom d’une guerre juste dont le principe est ressuscité pour la cause, servira de modèle à maintes autres interventions occidentales – toutes aussi infructueuses les unes que les autres. La Libye, après le renversement du colonel Kadhafi en 2011 et malgré les forces françaises, américaines et britanniques en présence, demeure un pays morcelé au bord du chaos et en proie au fanatisme de l’EI. Le Mali, également, en dépit des opérations tricolores Serval et Barkhane, reste menacé par les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

L’Union Africaine se mobilise

Aujourd’hui, plus que déplorer l’incapacité des Occidentaux à régler les problèmes sécuritaires de l’Afrique, il convient d’observer – et de redouter – la situation dans l’ouest et au nord du continent. Le voile du djihadisme, qu’il se réclame du groupe d’Oussama Ben Laden ou de celui d’Abou Bakr Al-Baghdadi, se déploie dangereusement tout autour du Niger : du Mali à l’ouest à la Libye au nord. Le principal danger restant, de l’avis général, la menace que fait peser sur la région la secte Boko Haram.

Comme le reconnaît L’Observateur Paalga, journal burkinabé, « la solution ne peut venir que de la mutualisation des efforts de lutte… C’est pourquoi c’est au tour de l’UA de racheter la bagarre au « Géant d’Afrique » aux pieds d’argile ». La solution devra être apportée avant tout par les principaux intéressés. C’est à demi-mots ce qu’a estimé le président du Ghana, John Dramani Mahama, lors d’un entretien avec la chancelière allemande Angela Merkel. « L’Afrique est capable de fournir des troupes à cette force régionale », a-t-il ainsi déclaré après avoir mentionné l’éventuelle érection d’une force armée dans la région. Ce dernier d’ajouter qu’un déploiement de troupes européennes contre les terroristes de Boko Haram n’était pas nécessaire « dans l’immédiat ».

Même si une aide financière et matérielle n’est pas à exclure – bien au contraire – de la part des Occidentaux, les dirigeants africains, et c’est une première, entendent prendre le taureau par les cornes, de la Somalie au Nigeria. Et espèrent que la sécurité restaurée permettra la pacification du continent et l’arrivée d’investisseurs. Enfin.