Service civique, service inique

L’idée du service civique fait débat. Elle est une fausse réponse à un vrai problème et il y a mieux à faire : réformer l’école.

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Service civique, service inique

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 février 2015
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Par Jacques Garello

020315_caserneLe problème est réel. D’une part, il faut empêcher que la ville de Lunel se vide de sa jeunesse, attirée par les mirages djihadistes. D’autre part, il est souhaitable de donner aux jeunes quelques élémentaires leçons de savoir vivre, pour apprendre à un grand nombre d’entre eux ce que sont le respect des autres, la responsabilité, voire la générosité et l’esprit de service. Peut-être même pourrait-on combler le déficit de connaissances hérité d’un système scolaire moribond.

Mais est-ce la bonne réponse ? Certains ont la nostalgie de leur propre service militaire. Jeune officier, j’ai eu l’occasion de former des pelotons de conscrits et j’ai eu la fierté d’aider ces jeunes à acquérir une maturité, une solidarité et, parfois, un savoir culturel et technique qui leur aura servi dans la vie. C’est l’armée qui les servait tout autant qu’ils servaient la nation. Mais l’environnement était à cette époque bien différent. La jeunesse n’était pas encore abandonnée et désorientée, la famille était solide, dans tous les milieux. Se préparer à la guerre était une affaire sérieuse, une mission qui pouvait exalter – les objecteurs de conscience étaient rares. Malgré tout, le service militaire était un gaspillage de capital humain, interrompait des études ou des apprentissages pour plusieurs mois, retardait l’entrée dans la vie active. Même si les filles étaient majoritairement destinées au foyer, elles avaient un avantage indubitable sur les garçons. Enfin, l’armée de conscription n’est pas la meilleure formule pour assurer la défense collective : la guerre est mieux faite et plus économe en vies humaines quand on a des militaires de carrière.

Certains de ces inconvénients se retrouveraient à coup sûr dans un service « civique ». On les réduirait sans doute en diminuant la durée du service et en le transformant en école de la deuxième chance pour certains. Mais mon doute porte sur les objectifs et l’efficacité du « civisme ». Les psycho-pédiatres sont unanimes : le passage de l’adolescence à l’âge adulte est ingrat et, pour la plupart des individus, il est trop tard pour changer réellement les comportements. La caserne peut-elle être une maison de redressement ? Comment les « sauvageons » peuvent-ils devenir des citoyens ? Qui les formerait ? Quelle institution les gèrerait ? Un « service public » monopole d’État ? Va-t-on faire appel au corps des enseignants, ou va-t-on former des formateurs spécialisés et de qualité ? Dans les discours actuels sur le service civique, on se réfère surtout à des abstractions : les valeurs de la République, la fameuse laïcité, l’intérêt général. Je crains le copier-coller des programmes de l’Éducation Nationale et l’improvisation qui aggraverait la situation au lieu de la régler. Enfin, comment imaginer des boy-scouts dans une société qui a perdu toute idée de bonne action et où règnent l’irresponsabilité, l’égoïsme, le cynisme et la violence légale ?

À mon sens, il y a mieux à faire. Il faut aller en amont. Avant même l’adolescence, l’enfant a été façonné par son milieu scolaire. C’est à ce moment-là que se forme son comportement. L’éducation, reçue en famille comme en classe, doit lui faire prendre conscience de sa personnalité, doit lui apprendre à communiquer avec simplicité et gentillesse, doit lui inculquer l’esprit d’équipe au lieu du mimétisme de bande qui l’amènera aux déviances. C’est bien à cette époque que nous pouvons former des « boy scouts » (au sens large du terme bien sûr) qui deviendront plus tard des citoyens, mais aussi des professionnels aguerris, des pères et mères de famille affectueux, des gens polis et solidaires.

Ce beau programme est évidemment utopique dans les structures et les mœurs actuelles. À propos de la laïcité, j’ai détecté d’où venait le danger : le service public de l’Éducation Nationale quand on le veut « unique et laïque ». La base de tout succès avec la jeunesse, pour la jeunesse, c’est la totale réforme du système scolaire, en y introduisant et la concurrence et la privatisation. La transition est techniquement facile, elle a été réalisée avec rapidité et succès dans de très nombreux pays. Mais la transition est politiquement difficile, parce que les dirigeants du pays, qu’il s’agisse de la classe politique ou de l’aristocratie syndicale, sont attachés aux principes et surtout aux privilèges de la fonction publique. Ils ne tolèrent que la centralisation et la réglementation. Ils font du jacobinisme la vertu cardinale de la République, et de l’égalitarisme l’arme de la grégarisation et de la massification, ingrédients du pouvoir absolu mais vain.

Ainsi la sauvegarde de la jeunesse ne saurait-elle se trouver dans le service civique, qui aurait toutes chances d’être tout de suite un service inique, dérive naturelle du service public. La jeunesse doit bénéficier des vertus morales de la liberté et de la responsabilité.


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  • Quelqu’un a pensé que ce service c’est autant de trimestres de cotisations retraites en moins et donc autant à travailler en plus ?

    • Mais non bien sûr, ce sera versé au compté pénibilité ! D’ici que les jeunes en demandent la liquidation, le système sera mort, pourquoi se priver de faire des cadeaux ?

  • bah , d’un coté vous détruisez la famille de l’autre vous créez des centres d’endoctrinement car les jeunes n’ont plus de repères ..on connait la suite l’histoire nous a fourni plein d’exemples.

  • En fait la conclusion c’est :
    1) Vu que facultatif, les enfants qui iront, sont les enfants qui ne posent pas de problemes, et donc qui n’en ont pas besoin…
    2) Imaginons le rendre obligatoire… les enfants qui en auraient besoin, sont des enfants qui n’aiment pas les cours, car les cours sont enseignés de manière verticale sans aucune interaction, et avec un égalitarisme forcené… donc des enfants qui s’ennuient en cours vont aller faire une mission de moralisation d’Etat ?

    La priorité c’est de faire reprendre gout pour l’école a tous les enfants… et donc plus de notions de classes égalitaire, mais de « niveau par matière » et de « sous-niveau par cours » et de « sous-sous niveau par notion » pour éviter l’égalitarisme et ainsi permettre a un enfant qui a les notions de partir plus vite, et celui qui ne les a pas, qu’on puisse se concentrer pour lui transmettre. Des matières multiples et variés car tous les enfants ne veulent pas forcément devenir prof de francais ou prof de math et plus d’interactivité entre enfants et entre profs-enfants… et le service civique ne servira a rien.

    En france on agit toujours de la meme manière, pour tous les domaines. On regarde les conséquences et on met un pansement sur un genou qui saigne… sans regarder si il n’y a pas quelque chose de casser dessous. On ne regarde jamais les causes juste pour agir selon les evenements médiatique. Triste France et tristes francais qui continueront d’aller voter pour les memes, qui pronent TOUS les memes politiques en 2017… vous avez la France que vous méritez.

  • Ces jeunes ne voient aucun avenir , aucune chance de se mettre en valeur dans notre société, le Jihad est une façon de se dépasser ou de se mettre en valeur.
    Pour moi, essayer de leur bourrer le crane de slogan pro-laïcité ne résoudra rien. Donner leur, au moins, un avenir économique et social, encouragez les petites entreprises, et ne les étranglez pas ensuite , si par chance elles sont un tantinet profitables.
    Et on ne peut laisser l’impression qu’il existe une inaccessible caste privilégiée faite de fonctionnaires, qui décident, se mettent en valeur, et , semble avoir tous les avantages économiques.

    • bonjour genevieve franklin, si nous parlons bien des mêmes jeunes ça c’est sûr ils n’ont aucun avenir dans ce pays-ci . Pour ce qui est de se mettre en valeur ,il existe autre chose que le Jihad , s’ils souhaitent se battre et peut-être mourir ,figurez-vous que ce pays à aussi une armée ;vous savez celle que l’on envoie en Afrique .
      Quand aux petites entreprises ,laissez-moi me gausser ; vous en connaissez vous ,des patrons qui embaucheraient dans l’ère catastrophique de l’assistanat tout azimut .
      Avenir économique et social = néant  » il ne peut y avoir de baisse du chômage sans croissance , pas de croissance sans consommation , pas de consommation sans baisse des impôts & taxes  » ; même un étudiant en économie de 1ere année sait ça , évidemment pas nos ministres!

  • Le service civique, le rendre obligatoire est vraiment une réponse stupide et irréaliste à un vrai probleme de société.
    Vouloir aussi le faire porter sur l’école et seulement l’école restera peu efficace.

    la réponse doit être concertée :

    1- réaffirmer clairement que les lois de la république sont bien au dessus des lois religieuses.

    2- réaffirmer clairement que la république laïque protège les libertés, et en particulier la liberté de culte, de la pratique religieuse DANS LA SPHERE PRIVEE

    Et que ceux qui souhaitent le contraire, sont libre d’aller le vivre dans les pays de leur choix.

    3- Des établissements autonomes, réellement autonomes, avec la liberté de se créer (y compris dans les établissement existant si adhésion profs et élèves) de recruter/payer /licencier des personnels non fonctionnaires sur les compétences la motivations l’adhésion à un projet éducatif, d’appliquer des rythmes, des pédagogies, un calendrier de son choix tant que les attendus de fin de cycle sont tenus, financé par un chèque éducation.

    4- Plus facile à mettre en place : la possibilité pour les établissements de refuser un élève … L’école n’est pas le réceptacle de toute la misère du monde, et la fin de l’irresponsabilité des parents face à l’obligation des écoles de trouver un point de chute à la poignée d’élèves qui sèment la zizanie… permettra au moins aux enseignants d’enseigner, aux élèves d’être plus en sécurité.

    5- Ces élèves rejetés des écoles et établissements scolaires seraient pris en charge par l’état dans un cadre médico-social : pourquoi pas des internats dès le primaire ? pourquoi pas des collèges « semi-militaires » ?

    Des structures de la seconde chance, et dès le primaire… ou le debut de collège… après c’est trop tard

  • je suis d’accord avec vous sur le fait qu’instaurer un service civique entre 18 et 20 ans ne servira à rien sauf peut-être à préparer des futurs terroristes au maniement des armes (cf. ces djihadistes issus de la légion étrangère ou des paras). Ce n’est pas à 18 ans quand on est légalement citoyen qu’on doit apprendre à l’être mais bien avant. Le sentiment patriotique des soldats de 1914-1918 ne s’est pas uniquement formé durant le service précédant la boucherie mais surtout à l’école républicaine et dans la société civile.

    Aujourd’hui, bien entendu, ce n’est plus cet esprit qu’il convient de transmettre aux futurs citoyens, mais il n’en reste pas moins que la citoyenneté ou tout simplement les règles du vivre-ensemble ne pourra s’acquérir que par l’école mais également (et surtout à mon avis) par la famille et la société civile (car quel poids a un enseignant quand lorsqu’un gamin rentre chez lui où sa père bat sa femme ou encore lorsqu’il rentre dans son quartier où règne la loi du plus fort ?)

    Ceci étant dit, je ne vois pas tellement le rapport avec la privatisation de l’enseignement. C’est à mon sens un hors sujet.

    • Cela aurait un intéret si on abaissait l’age de ce service obligatoire ( 16 ans au lieu de 18 ans par exemple ou plus jeune éventuellement).Et on se posait clairement la question des objecteurs de conscience ( doit-on ou pas reconnaitre cela)….Maintenant le risque est que cela se face sous un régime autoritaire ( sans avoir au minimum demander aux jeune gens potentiellement consernés leur opinion libre à l’état d’en tenir compte ou pas) ou de manière précipité pour amuser la galerie et détourner l’attention sur les sujets urgents comme la dette , la faillite du système financier, la sur pression fiscale…

      • personnellement, je ne pense pas qu’abaisser l’âge de 18 à 16 ans changera quelque chose. Abaisser ensuite plus bas pour mettre en place un service civique n’aurait pas tellement de sens. L’école est déjà là.

        Par contre, je suis favorable à des stages pour tout citoyen sans limite d’âge dans des administration publique école, police, justice, hôpital pour qu’ils voient la réalité et évite les stéréotypes sans aucun fondement.

    • Privatiser l’éducation nationale n’est pas une fin en soi.

      C’est l’autonomie des établissements qui est essentielle , et cela est tout simplement impossible sous un management et une gestion d’état … C’est impossible avec le statut et surtout le mode de recrutement des personnels … Et incompatible avec la cogestion actuellement aux mains des syndicats hors d’âge

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