Fleur Pellerin lance une « stratégie nationale pour l’architecture »

Fleur Pellerin (Crédits : Adam Tinworth, licence CC-BY-ND)

Avec Fleur Pellerin, l’architecture « officielle », c’est maintenant !

Un billet d’humeur d’Henri Dumas

Fleur Pellerin credits Adam Tinworth (licence creative commons)
Fleur Pellerin (Crédits : Adam Tinworth, licence CC-BY-ND)

 

Une société « collectiviste » se doit d’avoir une architecture uniforme et officielle. C’est un des marqueurs fiables du niveau de la contrainte culturelle, de la perte de la liberté de création, concomitante à la perte des libertés individuelles fondamentales. Quoi de pire pour l’homme que de perdre le droit de créer son nid et son environnement à sa guise ?

Fleur Pellerin, la ministre du bulldozer culturel, a annoncé mercredi 3 février sa stratégie en ce qui concerne l’architecture.

« La ministre a tenu à réaffirmer avec force dès le mois d’octobre l’importance de l’architecture dans les enjeux auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. (…) La stratégie pour l’architecture, lancée en ce sens par la ministre, est un outil de pilotage de la politique publique dans ce domaine. (…)

L’ambition de cette démarche est de réaffirmer la valeur ajoutée de l’architecture pour la société et celle de la profession d’architecte dans l’économie de la construction et de la création, en France et sur le plan international. Il s’agit également de conforter le rôle citoyen de l’architecture au service de tous, au travers de projets, exceptionnels ou quotidiens, pour un cadre de vie de qualité. »

L’élaboration de cette « stratégie nationale pour l’architecture » – dont les thématiques seront « l’amélioration du cadre de vie, la ville de demain, la transition énergétique, le logement, la création, mais aussi le rayonnement de la France, tant sur le plan culturel qu’économique » – sera le fondement d’une politique plus incitative. « Il n’est pas exclu que certaines mesures sur l’architecture soient inscrites dans la loi », a déclaré la ministre.

Finie la poésie des maisons disparates, des quartiers typés, des fantaisies individuelles, ces « folies » personnelles qui ont fait le tissu de nos villes, de nos villages et de nos campagnes. Revenons vite à l’époque des architectures dites « officielles » qui accompagnaient jadis les époques collectivistes. Vive l’académique architecture française que notre Fleur exotique veut mettre en œuvre. Demain, l’architecture sera officielle ou ne sera pas.

L’aventure architecturale française ne pouvait qu’aboutir à cette castration de la créativité que sera fatalement l’organisation qui se met en place. Jusque 1970, l’acte architectural était libre. Seul l’État avait l’obligation d’utiliser les services des architectes pour ses constructions. C’est ainsi que la vague des barres d’immeubles aujourd’hui insalubres, verrues des paysages de banlieue, a été signée par les architectes, sans que le moins du monde cela ne leur fasse douter de leur génie.

Par ailleurs, ces années 1970 ont été celles de l’avènement de tous les corporatismes dont crève aujourd’hui notre pays, tout particulièrement sa jeunesse. Les architectes avaient tout pour s’intégrer à cette vague corporatiste : un passé prestigieux, un métier mal défini mais idéalisé, qui sait s’attribuer le mérite du travail des autres. Ainsi donc, les architectes ont obtenu l’exclusivité artistique, créatrice, de l’acte constructif.

En échange de cette appartenance à une caste alors protégée, ils ont dû accepter d’être multipliés à l’infini dans des écoles qui leur ont dispensé une formation théorique incapable de les rendre aptes à exercer ce métier – qui n’en n’est pas vraiment un – fait de pouvoir, d’imagination, de rigueur, d’humanisme, de courage, d’intransigeance, de réalisme, de vision, autant de choses qui ne s’apprennent pas ou peu à l’école, et que seuls quelques êtres d’exception possèdent en eux.

Arrive donc sur le marché une horde d’architectes incapables d’assumer cette activité artistique particulière et surtout inutiles pour 90% des actes constructifs. Les voilà, pour leur plus grande part, qui crèvent de faim. Premier acte. Reste alors pour survivre la propagande collectiviste, la délation, la prétention. Voilà nos architectes en déshérence se spécialisant dans ces attitudes et devenant les champions de la propagande visant à prétendre que sans eux l’environnement serait épouvantable, l’acte constructif si hideux que nous en aurions honte.

Tel le paon, ils se pavanent de commissions en commissions, où, à l’aide d’un verbiage indigeste et de théories fumeuses, ils initient de pauvres élus qui n’en peuvent plus de parler, grâce à eux, « l’architecture » comme des experts. Tout ce petit monde massacre la liberté fondamentale de créer et produit la même « immondicité » dans tous les recoins de la France, pays dont la diversité faisait le charme avant leur arrivée.

Le massacre doit être sacralisé pour éviter toute révolte, pour couper court aux questionnements que les Français commencent à poser. L’architecture devient donc académique, cet art, appelons la ainsi, n’aura plus d’expression personnelle, plus de liberté loufoque, plus de surprise, que de la monotonie, de l’uniformité, de l’enfermement, de la pensée unique. Décidément, il faut bien que les collectivistes haïssent les individualités, la liberté de créer, l’homme tout simplement, pour qu’ils éprouvent le besoin de le contraindre en tout, tout particulièrement aujourd’hui dans son cadre de vie.

Que dire des architectes qui se prêtent, pour une poignée de lentilles, à cette mascarade. Espèrent-ils ainsi obtenir un crédit professionnel et des revenus confortables ? Ils n’auront que ce qu’ils méritent, une parenthèse dédaigneuse dans l’histoire que l’architecture écrira après eux, lorsqu’elle aura retrouvé la liberté de créer pour tous.

Les « collectivistes » n’ont aucune limite : ils proposent en tout un avenir séduisant, fait d’irresponsabilité et de succès faciles pour tous, qui emporte massivement l’adhésion du plus grand nombre. Tout comme les escrocs, ils font profession de séduire, et ils séduisent jusqu’à ce que la réalité reprenne le pouvoir au détriment de ceux qui se sont laissés berner et qui jurent alors qu’on ne les y reprendra plus. Jusqu’à la prochaine fois.

L’homme « architectural » et sa pensée unique sont en route, avec de grandes souffrances environnementales en perspectives.


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