Portugal : la crise du capitalisme de connivence

La chute de l’ancien Premier ministre José Sócrates et l’écroulement de l’empire financier Espírito Santo représentent les deux faces du capitalisme de connivence qui a ruiné le pays.

Par Peter Baldwin.
Un article de Trop Libre

The Zombie Banker - Ricardo Salgado - Credit Jose Antonio Fundo (Creative Commons BY-NC-SA)
« The Zombie Banker », Ricardo Salgado, ex PDG de Banco Espírito Santo – Crédit : José António Fundo (Creative Commons BY-NC-SA)

 

Le Portugal est en crise, personne ne peut le nier. Certes, la conjoncture s’améliore petit à petit, le taux de chômage diminue, l’activité économique repart, l’endettement recule, mais la situation reste difficile. Je pense que cette crise est une crise du capitalisme de connivence, ce système où l’État soutient certaines entreprises, soit qu’il cède à leur pression par corruption, soit que ce soit de sa part une volonté délibérée à des fins politiques.

Deux événements, deux symptômes, sont révélateurs de cette crise du capitalisme de connivence : l’écroulement de l’empire financier Espírito Santo et la chute de l’ancien premier ministre socialiste José Sócrates. Néanmoins, il est intéressant de remonter à l’étymologie du mot crise, le terme grec krisis signifiant « jugement, décision », la crise pouvant donc se comprendre comme le moment charnière où tout doit se décider. Paradoxalement, ces deux symptômes pourraient donc être de bonnes nouvelles et présager de l’effondrement du capitalisme de connivence portugais, pour revenir à un système sain.

Premier symptôme : l’effondrement de l’empire Espírito Santo

Le premier acte s’est joué cet été avec la faillite de Banco Espírito Santo, deuxième plus grande banque du pays, suite à la découverte en juillet d’actions frauduleuses qui ont conduit à des pertes historiques de plus de 3,5 milliards d’euros au premier semestre 2014. Le feuilleton financier de l’été s’est poursuivi depuis, avec la résolution forcée de la banque, la faillite des différentes holdings luxembourgeoises du groupe à l’automne 2014, mais aussi l’internationalisation de l’affaire avec des répercussions à Miami, à Panama ou encore en Angola. Un vaste réseau de fraude a donc été découvert et détruit. En parallèle, c’est tout un système de détournement des liquidités vers l’empire Espírito Santo et ses alliés qui a été anéanti, permettant une réallocation des ressources salutaire pour le pays.

Mais l’affaire Espírito Santo, c’est aussi un homme : Ricardo Salgado, le patriarche de la famille, surnommé « Dono disto tudo », c’est-à-dire « le maître de tout ça », tout ça désignant le Portugal… Ricardo Salgado, arrêté le 24 juillet 2014 pour « fraude, abus de confiance, falsification et blanchiment de capitaux ». Ricardo Salgado, figure type du capitalisme de connivence et grand ami de José Sócrates, l’ex-premier ministre déchu.

Second symptôme : la chute de l’ancien Premier ministre socialiste José Sócrates

Qui était donc ce fameux José Sócrates, qui avait régné sur le Parti Socialiste comme Ricardo Salgado avait régné sur l’empire Espírito Santo ? José Sócrates, c’est toute une carrière d’affaires louches. En 1996 déjà, lorsque l’Université indépendante de Lisbonne lui accorde un diplôme d’ingénieur dans des conditions suspectes. Affaire classée sans suite, le ministère de la Science ordonnant, suite à l’enquête, la fermeture de ladite université pour cause d’irrégularités et d’erreurs pédagogiques… Ministre de l’Environnement, il sera mis en cause pour avoir, sous la pression de son oncle et de son cousin, joué de son influence pour permettre l’implantation d’un « usine center » Freeport sur les rives du Tage. Son ami le procureur José da Mota aurait fait pression sur les personnes chargées du dossier afin qu’elles arrêtent toute investigation. Sócrates sera blanchi faute de preuve. Enfin, Premier ministre de 2005 à 2011, il multipliera les partenariats public-privé douteux qui participeront à la ruine des finances publiques portugaises.

Il finira par tomber peu après son compère Ricardo Salgado, le 24 novembre 2014, placé en détention provisoire pour « fraude fiscale, corruption et blanchiment d’argent ». Installé à Paris depuis 2011 pour faire des études de philosophie, son train de vie fastueux ne correspondait pas à ses revenus déclarés et avait fini par éveiller les soupçons.

Revenir au capitalisme libéral

La chute de ces deux hommes, représentants des deux facettes de ce capitalisme de connivence qui a ruiné le pays, constitue en soi une bonne nouvelle, même s’il reste fort à faire. L’OCDE, dans son « examen économique 2014 » du Portugal, dénonçait ainsi les positions de rente dont profitent un grand nombre d’entreprises du secteur des biens non-échangeables, notamment dans l’énergie. Par exemple, la production d’électricité est vendue pour plus de 90% à des prix garantis ou subventionnés ! Ces rentes sont bien souvent révélatrices de la collusion entre élites économiques et politiques. Dans ce cas précis, elles correspondent au soutien généreux accordé aux producteurs d’énergie renouvelable par des hommes politiques souhaitant « verdir » leur image… Le FMI avait d’ailleurs fait remarquer en 2013 que le gouvernement démontrait une certaine réticence à s’attaquer au problème des rentes excessives. L’institution appelait à agir pour revenir à un système de libre concurrence.

Malheureusement, aveuglés par l’omniprésente propagande antilibérale, trop de monde confond les errements de ce capitalisme de connivence avec le libéralisme, et demande en chœur toujours plus de protection de l’État. Socialistes de tous les partis, n’oubliez pas que lorsque vous donnez plus de pouvoir à l’État, vous donnez en réalité toujours plus de pouvoir aux grosses entreprises en situation de monopole légal, et vous nourrissez ce système dévoyé. Pour paraphraser Friedrich Hayek, vous confiez le pot de crème à la garde du chat. La plus grande peur de ces entreprises, et la seule solution pour sortir par le haut de cette crise, c’est le système de libre concurrence, qui permet aux choix de tous les consommateurs de plébisciter les entreprises méritantes, et non à des hommes d’État corrompus de récompenser les entreprises amies du pouvoir en place. Vous paraît-il plus juste qu’une minorité d’hommes politiques décident quelle entreprise doit réussir et quelle entreprise doit échouer ? Ou préférez-vous que les consommateurs choisissent librement ? C’est le choix entre l’étatisme et le libéralisme.


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