Réforme des notes à l’école : les deux erreurs de Najat Vallaud-Belkacem

La suppression des notes et du redoublement va-t-elle changer quelque chose ?

Par Lexane Sirac.

Najat Vallaud-Belkacem (Crédits Ségolène Royal, licence Creative Commons)

Najat Vallaud-Belkacem a récemment rappelé qu’il ne fallait pas stigmatiser les jeunes écoliers, ni même les collégiens, et instauré quelques réformes adaptées. Celles-ci incluent la fin du redoublement et l’impossibilité de sauter plus d’une classe par cycle, qui seront en vigueur à la rentrée 2015, ou encore la volonté, pas encore mise en action, de remplacer les notes par des pastilles de couleur.

Une réflexion rapide sur ces réformes présentes et futures met à jour deux failles importantes dans ce système.

Redoublement : une fausse piste

Le redoublement n’est que très rarement une bonne chose pour les jeunes, en particulier les écoliers et collégiens, qui sont encore très malléables, et accessoirement il coûte plusieurs centaines de millions d’euros à l’État, d’après une estimation du Cnesco publiée en 2012. Mais en interdisant le redoublement, on interdit un symptôme et pas sa cause, qui est, bien entendu, l’incapacité du jeune à suivre le rythme imposé dans sa classe. En France, d’après l’enquête PISA de 2012, 28 % des élèves de moins de 15 ans ont redoublé au moins une fois. Si d’autres pays comme le Canada ont pu presque éradiquer le redoublement, c’est justement parce que le soutien y est personnalisé, extrêmement mis en avant… et parce que le niveau scolaire de base demandé est souvent plus bas.

Autre problème, dont on parle moins, parce que les enfants en difficulté sont plus nombreux et plus médiatisés : avec l’interdiction de sauter plus d’une classe par cycle, un élève très rapide est forcé à rester au niveau de ses camarades, et n’a plus la possibilité de passer dans la classe supérieure sans demande de dérogation particulière. Ça se traduit par l’injonction : « tu comprends moins vite que les autres ? Eh bien accélère. Tu comprends plus vite que les autres ? Ralentis donc ! » Et c’est dommage.

Évaluer par des couleurs ?

Un deuxième problème se trouve au niveau de la notation avec des pastilles de couleurs, évoquée par Madame la Ministre. Ne pas vouloir blesser les enfants, d’accord. Mais une bonne partie du système éducatif se base sur la rigueur : rigueur mathématique, discipline, rigueur dans l’orthographe… ne pas donner des notes rigoureuses, c’est aussi donner un mauvais exemple aux enfants qui apprennent. Une question, en somme, de double standard : répéter à des jeunes qu’il y a un ensemble précis de règles à respecter dans la constitution d’un devoir pour ensuite leur donner un système de notation qui ne s’appuie pas sur des critères clairs soulève quelques interrogations.

Avec les couleurs, l’élève ne saura pas où il a perdu ses points (euh pardon, où sa couleur verte s’est transformée en couleur jaune) et ne pourra pas savoir où sont les priorités dans la notation… à moins que le professeur utilise un barème chiffré qu’il transforme ensuite en couleurs. Et là, la couleur n’a pas plus d’intérêt que la note chiffrée que les élèves demanderont probablement. Un système d’évaluation alternatif laisse aussi une grande place à une interprétation subjective, et ne donne pas autant d’indications claires sur l’amélioration ou non des performances d’un élève qu’un nombre tout ce qu’il y a de plus « concret ».