Ce futur promis par les politiciens…

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Remettre les promesses au lendemain pour gagner du temps, une technique politique imparable ?

Par Nicolas Nilsen.

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Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais les politiques ont trouvé un moyen irréfutable pour dissimuler l’échec de leurs promesses : ils repoussent simplement le futur à une date ultérieure ! Rien ne bouge, rien n’avance mais ils continuent à nous promettre la lune ou des lendemains meilleurs : toujours pour plus tard, pour demain, pour dans trois mois, dans trois ans, pour d’ici la fin du septennat, ou pour le prochain… Ils sont comme ces sportifs dans les salles de gym qui courent sur un tapis roulant : ils croient qu’ils avancent mais ils ne font qu’un sur-place désespérant et assez pathétique. Tous ceux qui ont un jour essayé de marcher à reculons sur le long tapis roulant de la Gare Montparnasse savent à quoi je fais allusion : une délicieuse impression de « surplace dynamique »

Prenons quelques exemples récents : par exemple l’Europe et le fameux respect des 3% de déficit. Toutes les semaines on apprend que la Commission accorde un nouveau délai à la France dans son processus visant à respecter les 3%… Ça permet de faire un lamentable surplace tout en affirmant qu’on avance résolument… Et si d’ici à mars, la France corrige sa trajectoire budgétaire, eh bien on nous dit qu’il y aura peut-être un troisième délai, jusqu’en 2017 au moins… Le but : dissimuler à tout prix l’inertie et l’échec, et gagner du temps.

Pareil pour la dernière annonce de J.-C. Juncker promettant 315 Md€ pour relancer l’investissement. Depuis des années que l’investissement s’écroule, vous auriez pu imaginer qu’ils aient eu le temps de tout préparer soigneusement pour que ça redémarre tout de suite. Eh bien non, ils viennent d’y penser voyez-vous, et ça se fera sur trois ans… Là aussi ça permet de se donner un peu de temps tout en prétendant que le processus est en marche, que ça avance et que donc ça paiera… dans les trois ans. [Sur les mensonges du plan Juncker, voir ici.]

Et je ne parle même pas de la politique elle-même. Là aussi tout est pour plus tard : pour la deuxième partie du quinquennat, ou pour les prochaines primaires, à moins que ce ne soit plutôt pour « après la prochaine élection de 2017 »… Bref toujours pour après…

En fait tout est comme ça : ils promettent toujours pour demain et ils programment tout pour une date ultérieure et comme c’est vous qui financez les échecs, pas de problème pour eux : ils continueront inlassablement à annoncer des trucs dont les bienfaits, promis-juré, sont attendus… pour plus tard. Et pendant ce temps la France est en train de couler. Mais ils ne s’en rendent pas compte car ils font partie de ceux qui attendent le Titanic à l’arrivée et affirment qu’il ne va pas tarder mais qu’il est juste un peu en retard alors qu’il a déjà coulé !

Jamais de résultat ? Mais voyons c’est normal : c’est un processus !

Il faut toujours attendre parce que, pour eux, voyez-vous, c’est un processus :

Prenez les différentes guerres : le conflit Israélo-Palestinien par exemple qui dure depuis la fin de la guerre. Depuis que je suis né, on m’a toujours parlé de cette histoire de processus de Paix. Mais il n’y a évidemment jamais eu de processus et il n’y a jamais eu de paix. Il y a juste eu une crise permanente et une guerre permanente. Pareil pour l’éradication de l’État islamique promise par Obama et les Occidentaux : il faut encore attendre, parce que voyez-vous, c’est un processus. Le retour à la paix en Ukraine également : c’est un processus diplomatique en cours ! Les guerres en Centrafrique, au Mali ou en Irak, pareil : si elles durent (alors qu’Hollande avait promis qu’elles ne devaient durer que quelques semaines), c’est parce qu’on est dans un processus de rétablissement de la paix.

La réforme de Schengen c’est pareil : ça n’avance pas d’un pouce depuis des années, mais ils continuent à expliquer que c’est un processus qui est engagé et qu’il faut donc encore attendre.

Et je vous fais grâce de tout le reste : la baisse des dépenses publiques, la réduction de la dette, le sauvetage des comptes sociaux ou des retraites, etc. Si vous ne voyez jamais les résultats, c’est tout simplement parce que vous êtes vraiment bouché et ne comprenez pas que c’est un processus en cours.

D’ailleurs est-ce que leur but est vraiment d’avancer ? On peut en douter. Prenez les lois votées sous la Présidence Sarkozy : elles ont été détricotées consciencieusement par la majorité socialiste. Et déjà la future majorité de Droite annonce qu’elle va abroger ce que Hollande avait fait voter. Cool : on vote des lois, et puis on abroge les lois qui seront ensuite détricotées avant d’être elles-mêmes abrogées. Faire et défaire c’est toujours faire voyez-vous ! Et c’est comme ça que, depuis des décennies, la France fait du sur-place, ne réforme rien et n’aboutit donc à rien.

Il faut dire que les Français sont d’une rare crédulité !

Sous hypnose étatique et médiatique, les Français ont finalement cru tout ce qu’on leur a dit, depuis des décennies, quel que soit le sujet… Complètement chloroformés, ont tout avalé : le poisson, le fil et même la canne à pêche comme on dit en anglais.

  • On leur a dit : les retraites seront garanties. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : les systèmes sociaux seront sauvés. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : la croissance va revenir. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : les politiques de relance vont marcher. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : payez beaucoup d’impôts et ça va repartir. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : la courbe du chômage va s’inverser. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : le redressement industriel c’est maintenant. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : à l’école le niveau monte. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : la sécurité est sous contrôle. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : la laïcité s’applique à tous. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : les emplois d’avenir c’est vraiment l’avenir. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : l’hôpital va être sauvé. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : le pouvoir d’achat sera garanti. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : on va réduire la dette. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : on va simplifier les procédures. Ils l’ont cru.
  • On leur a dit : le monde entier nous envie notre modèle Français. Ils l’ont cru. Etc. etc. Bon j’arrête la liste. Vous pouvez la compléter vous-même…

Pour que l’État arrête de mentir impunément sur le futur, il faudrait évidemment que les Français arrêtent de croire à cette fadaise du processus et ouvrent enfin les yeux avant qu’il ne soit trop tard et qu’il n’y ait précisément plus de futur !

D’ailleurs qui se soucie vraiment du futur et de l’avenir ?

politiciens rené le honzecPendant que Daesch continue d’avancer et d’égorger et que la crise économique s’étend en Europe et se répand sur la France comme une lèpre, nos politiciens bavardent tranquillement sur les notes en couleur, l’interdiction de la fessée, la vaisselle en plastique, les feux de cheminée, ou les futures primaires dans les partis…

Les Français qui n’ont jamais autant douté de l’avenir assistent effondrés à ces batailles dérisoires mais personne ne leur dit vraiment ce qu’il faudrait engager de toute urgence pour que la France arrête de faire du sur-place et se reconstruise d’ici 10 ou 20 ans. En gros, ce qu’il est urgent d’engager aujourd’hui pour avoir la main sur l’avenir et ne plus le subir en assistant impuissants à l’effondrement tragique de la France.

Le problème des politiques est que leur horizon est désespérément bas : six mois maximum (quand ce ne sont pas les trois prochaines semaines). Le futur pour eux, c’est leur agenda d’ici la fin de l’année, guère plus. On est début novembre et les conseillers de l’Elysée s’arrachent déjà les cheveux pour inventer les vœux que le Président va bien oser présenter aux Français le 31 décembre ; et Hollande lui ne pense qu’à détruire ses concurrents en 2017. Et d’ici là comment tenir en se cramponnant à son bureau… Donc des horizons beaucoup trop courts pour agir et infléchir vraiment le futur.

La France entre déni et résignation

  • Le déni, c’est celui des politiques et des médias.

Ils sont tellement déformés par leur idéologie des lendemains qui chantent qu’ils sont contraints de nier ce qui ne marche pas. Ils nient donc le déclin, ils nient l’affaissement, ils nient le risque d’une immigration non-contrôlée, ils nient l’ampleur des déficits qui s’accumulent, ils nient la progression de la pauvreté (même l’INSEE vient de révéler que le nombre des SDF avait progressé de près de 50% depuis 2001)…

Pour les politiciens, ne pas nier la réalité qui éclate pourtant aux yeux des Français, ce serait reconnaître que leurs solutions ne marchent pas. Ils cachent donc leur absence de résultats, dissimulent les faits, nient la réalité, transforment la vérité en mensonge. Ils cassent les thermomètres pour faire croire que le malade est guéri. Ils expliquent que tout va bien et que, si ce n’est pas encore parfait, c’est uniquement parce qu’ils ne sont pas allés assez loin et assez fort.
Pour donner l’illusion, ils pratiquent à fond la novlangue : ils ne parlent plus de guerre mais de processus de paix. Ils ne disent pas que l’immigration peut être un risque mais qu’elle est une chance pour la France. Pour abolir le réel et dissimuler l’effondrement de l’Éducation nationale, Najat V.B. remplace les notes par des pastilles de couleurs. Bref, un déni habillé par des mots creux, vides de sens, entendus mille fois. Qu’ils répètent pourtant inlassablement depuis des années mais qui ne convainquent plus personne…

  • La résignation, c’est ce à quoi les Français se sont condamnés.

Le déni des politiques et de leur entreprise de dissimulation généralisée (sur le thème « ne vous inquiétez pas tout est sous contrôle »), c’est finalement ce qui aura démobilisé les Français qui n’y croient plus en rien : ni dans les promesses ni à des jours meilleurs… En torpillant l’espérance, le déni de vérité de tous ces idéologues aura finalement démotivé les gens, tué l’initiative et détruit le goût d’entreprendre. Les Français se sont résignés, ils ont abandonné, baissé les bras : à quoi bon essayer puisque n’importe comment rien ne marchera et que ce sera n’importe comment de pire en pire ? Avec toujours plus de crise, plus de chômage, plus d’impôts, plus de pauvres…

Hollande pense-t-il le long terme ?

Aveuglé par les trois prochaines semaines, le prochain congrès du PS et sa propre candidature à la prochaine Présidentielle, Hollande ne pense évidemment pas le long terme de la France : depuis deux ans, il ne la gère qu’à la petite semaine. Enferré dans des jeux politiciens désastreux, prisonnier de politiques keynésiennes d’interventions publiques sans résultat, il n’arrive pas à s’arracher au court terme. Keynes aimait dire : « à long terme, nous serons tous morts ». Mais avec Hollande c’est encore pire : c’est son incapacité à penser le long terme qui nous tue. Hollande c’est la version après moi le déluge et je me cramponne à mon bureau. Hollande est un politicien qui ne peut pas penser l’avenir de la France parce qu’il pense court, il pense petit, il pense étriqué. Et si encore il était le seul : mais il est entouré de ministres qui n’ont pas d’autres compétences que celle d’avoir été membres du PS, ou d’idéologues congelés dans une idéologie du XIXe et donc incapables d’imaginer un futur adapté au XXIe siècle.

On ne prépare pas le futur en laissant filer le chien crevé au fil de l’eau :

  • Il a laissé filer à hauteur de 2000 Md€ une dette qui va précisément plomber les générations futures ! La dette c’est l’avenir hypothéqué et il ose nous dire qu’il regarde « droit devant vers l’avenir » ?
  • Il a laissé s’effondrer les entreprises qui sont pourtant la condition de la croissance de demain.
  • Il a laissé se détériorer le système de retraites et donc compromis l’avenir des vieux qui n’ont que ça pour vivre.
  • Il a laissé se disloquer le système éducatif qui est la porte d’entrée des jeunes dans l’avenir.
  • Il a laissé s’effondrer le système de formation professionnelle qui prépare les emplois de demain.
  • Il a laissé douter de la France des milliers de diplômés qui préfèrent partir à l’étranger pour préserver leur avenir professionnel.
  • Il a laissé filer les dépenses publiques et les déficits de l’État et donc hypothéqué l’avenir.
  • Il a laissé s’affaiblir le budget des forces armées tout en multipliant des interventions armées au Mali, en Irak et en Centrafrique sans lendemain.
  • Il a condamné des millions de chômeurs à ne même plus croire à un lendemain professionnel.
  • Il a affaibli la France à un niveau tel qu’une majorité de Français n’a même plus confiance dans l’avenir du pays.
  • Il a tellement dégradé sa propre image que seuls 13% de Français croient encore en son avenir.
  • Il a tellement affaibli la fonction Présidentielle que ce sont les institutions et leur avenir qui s’en trouvent affaiblies…

Alors qu’il arrête parler de l’avenir ou du futur ! Pas lui, pas de ça ! Et surtout, le 31 décembre, qu’il nous épargne ses vœux pour l’année prochaine : l’avenir ne se construit pas avec des vœux, des mots creux, des annonces, des intentions, des promesses. Il se construit avec des actes.

Préparer l’avenir ce n’est pas parler du futur : c’est permettre aux entreprises de réaliser les investissements d’avenir en leur donnant une visibilité sur 10 ans (et donc arrêter avec l’instabilité juridique et fiscale qui tourne à la frénésie, arrêter avec les « régulations », les législations, les normes, la bureaucratie qui pèsent de plus en plus lourd dans la déroute économique). C’est encourager le risque et donc la rémunération qui va avec. C’est laisser leur épargne aux Français au lieu de les spolier en les matraquant d’impôts. Les entreprises c’est un horizon à 10, 20 ans. Les politiciens c’est le calendrier de la prochaine élection ou même du prochain sondage hebdomadaire ! Ce n’est pas avec cette minuscule mesure du temps qu’on change un pays.

L’avenir ce n’est pas promettre une grande forêt : c’est planter un petit gland !

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  • Si un homme politique vous promet (A) en vous faisant de grands discours (pour par exemple sauver le modèle français, garantir les retraites, diminuer les dépenses, inverser les courbes du chômage, redresser l’industrie, baisser les impôts, bref les promesses habituelles…).
  • Et si vous ne le voyez pas planter (B) (vous savez ces minuscules glands méprisables qui sont au-dessous de l’homme politique parce que lui, voyez-vous, c’est un grand homme, qui ne relève que de grand défis, trace de grand horizons, lance de grand projets et se fixe de grand desseins en faisant de grand promesses).
  • … s’il vous parle de (A) et que vous ne voyez pas (B) surtout, surtout ne l’écoutez pas : ce n’est pas seulement un charlatan et un incompétent. C’est surtout un menteur car il sait très bien que s’il ne plante pas le minuscule petit gland, on ne verra jamais la forêt de chêne de ses promesses.

Hélas, tant qu’un peuple chloroformé par les médias restera dans la soumission et le déni de la réalité, l’État et les politiciens continueront à nous projeter sur l’écran de leurs promesses, des trucs super cool et dreamy mais qui ne pousseront jamais. Donc faites-vous une raison et dites adieu aux forêts de chênes : vous ne les verrez jamais !

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