Macron peut-il faire repartir l’investissement productif ?

Macron économie (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

En misant tout sur l’État en matière d’investissement, le ministre de l’économie ne commet-il pas une erreur ?

Par Jean-Yves Naudet.

Emmanuel_Macron - image CC BY SA 30« Faire repartir l’investissement productif »… La formule est du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, dans un entretien au journal Le Monde. Elle semble évidente. Il n’y aura ni croissance, ni emplois sans investissement. Là où les choses se compliquent, c’est quand on se demande comment. Pour le ministre, c’est l’État qui doit « organiser les filières », car il « a toujours eu un rôle prépondérant ». Pour quelqu’un qu’on présente comme libéral, voilà un étrange libéralisme ! La réalité est différente : ce sont les entrepreneurs qui investissent, quand l’État leur en laisse les moyens et la liberté. Le ministre pense que l’État est la solution, alors que l’État est le problème !

Seules les dépenses publiques augmentent

La croissance française est en panne, nous avions évoqué en octobre « un encéphalogramme plat ». L’INSEE a annoncé que le PIB avait augmenté de 0,3% au troisième trimestre, ce qui est très faible, et le chiffre du second trimestre (0%) a été rectifié en baisse à -0,1%, et celui du premier trimestre était nul. On s’oriente vers une année 2014 avec une croissance du PIB de 0,4%, une quasi-stagnation donc.

On s’interroge sur les « moteurs de la croissance en panne », comme le titre Le Monde, comme si la croissance résultait des composantes de la demande, sur lesquelles l’État agirait à sa guise. Mais le seul « moteur » qui marche encore, c’est la consommation des administrations publiques, en hausse de 0,8% au troisième trimestre. Cela signifie que la « rigueur budgétaire » n’en est pas une, puisque les dépenses publiques progressent plus vite que toutes les autres variables économiques. Les économies budgétaires dont parle le gouvernement ne sont que poudre aux yeux et les dépenses publiques continuent à progresser. Le peu de « croissance » qui existe n’est qu’illusion, puisqu’elle n’est constituée que de dépenses publiques !

Ce qui est essentiel pour la croissance, c’est l’investissement productif. Et là, les résultats sont alarmants. L’investissement des entreprises a reculé de 0,1% au troisième trimestre, après avoir déjà reculé de 0,5% au second, de 0,6% au premier et chuté de 0,6% pour l’ensemble de 2013.

L’investissement européen au secours

Macron économie René Le HonzecDans son entretien au Monde du 16 novembre, le ministre de l’économie explique que « c’est l’Europe qui doit investir ».

Première erreur : ce sont les entreprises qui investissent et pas Monsieur Juncker qui a promis 300 milliards d’investissements européens, qui ne relanceront rien du tout, car il faudra les financer par l’emprunt ou l’impôt, créant ainsi un effet d’éviction : la dépense publique évincera des dépenses privées qui n’auront pas lieu, l’argent ayant été ponctionné sur les contribuables.

En bon keynésien, Monsieur Macron ne s’intéresse pas à la productivité des investissements, il ne considère que les dépenses qu’ils engendrent sur-le-champ : « il faut mobiliser l’investissement européen, pour stimuler la demande à court terme, et vite ! ». L’investissement productif, le vrai, c’est celui qui assure l’offre de demain et la véritable croissance à long terme.

Qui investit ? L’État ou les entreprises ?

Au total, on comprend mieux le raisonnement de notre ministre en lisant la suite : répondant à une question sur les 34 plans lancés par Arnaud Montebourg pour créer de nouveaux produits, il déclare : « Nous les gardons, car en France, le rôle de l’État n’est pas seulement de fixer un cadre macroéconomique. Il doit aussi organiser les filières […]. Chez nous, l’État a toujours eu un rôle prépondérant, il faut l’assumer ». Voilà des propos qui ne sont pas ceux d’un libéral (comme on le dit trop souvent) mais d’un habile social-démocrate.

Dans une économie de marché, ce sont les entreprises qui investissent. Or investir, c’est augmenter la capacité productive et améliorer la productivité. C’est donc le moyen de produire plus, mieux, moins cher. C’est la seule façon de créer de vrais emplois. L’investissement productif est une variable économique essentielle. Mais ce n’est pas une variable « macroéconomique » : ce sont des entreprises bien concrètes qui investissent, où plutôt de vrais entrepreneurs.

Signaux négatifs pour les entrepreneurs

Pourquoi le font-ils ou, comme aujourd’hui, ne le font-ils pas assez ? Ce n’est pas, comme on dit souvent, faute de demande. Les entrepreneurs ne se contentent pas d’attendre que le carnet de commandes se remplisse ; ils anticipent, ils créent ce qui, sans eux, n’aurait pas existé. Ce sont eux qui prennent l’initiative. Mais pour cela, il faut qu’ils aient des perspectives, qu’ils puissent espérer un retour sur investissement et qu’ils aient aussi des marges de manœuvre.

C’est ce qui manque à l’économie française. Pourquoi investir si, à toutes les étapes, l’impôt pénalise ceux qui veulent créer, entreprendre, anticiper ? La France est championne d’Europe des prélèvements obligatoires. L’entreprise est surtaxée, en impôts comme en cotisations sociales, et l’entrepreneur, s’il lui reste quelque chose après ces prélèvements, est à son tour surtaxé sur le revenu comme sur son patrimoine. Comment développer l’offre, si toute perspective de gain s’évanouit ? L’État n’est pas celui qui créé l’investissement, mais celui qui le décourage car, en dernier ressort, ce sont toujours des personnes concrètes, des entrepreneurs, qui décident en fonction des incitations. Surtaxer les profits, c’est envoyer un signal négatif à tous les entrepreneurs. Pour stimuler l’investissement, il faut alléger charges et impôts et pour cela faire reculer les dépenses publiques, dévoreuses d’impôts.

« Laissez-faire » les entrepreneurs

Comment s’étonner, avec notre fiscalité, que les marges des entreprises soient les plus faibles d’Europe (à 29,4%) et qu’elles ne cessent de reculer, en dépit de mesures telles que le Crédit impôt compétitivité emploi (Cice) qui n’est qu’une mesurette ? Car pour investir, il faut non seulement être incité par des perspectives futures de gains, mais aussi en avoir les moyens financiers. Ces moyens sont essentiellement les profits d’aujourd’hui, donc des taux de marge élevés. Or l’ogre étatique est toujours prêt à dévorer les profits à venir.

Enfin, dernier point, et non des moindres, les entrepreneurs ont aussi besoin de libertés. Qui peut participer à une course, à la compétition mondiale, en ayant les mains liées et des boulets aux pieds ? La France, championne de la fiscalité, est aussi championne en matière de réglementations. Chaque décision en France est bornée par des réglementations tatillonnes, dévoreuses de temps et d’argent, décourageant même les entrepreneurs les plus courageux.

Dans ces conditions, comment faire repartir l’investissement productif, source de croissance, d’emplois et de revenus pour tous ? La recette est simple, à l’opposé de ce qu’imaginent nos ministres : moins d’impôts (défiscaliser), moins de réglementations (déréguler), moins d’État (désétatiser). Autrement dit : « laissez-faire » les entrepreneurs et « laissez-passer » ce qu’ils ont créé.


Sur le web