La monnaie n’est plus au service de l’économie réelle

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La monnaie n’est plus au service de l’économie réelle

Publié le 1 décembre 2014
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Par Charles Gave
Un article de l’Institut des Libertés

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Tout le monde se sert de la monnaie pour mesurer la valeur des choses ou des services produits ou vendus, mais personne ne sait vraiment pourquoi la monnaie a de la valeur. C’est là l’un des paradoxes extraordinaires de notre monde et j’ai longuement écrit dans le passé à ce sujet… (Voir les articles consacrés à la monnaie sur le site de l’Institut des Libertés). Compte tenu de l’action actuelle des banques centrales, il me semble que je dois mettre à jour les idées que j’avais sur la monnaie qui sont peut-être devenues inopérantes.

Il s’agit donc là d’une réflexion de nature conceptuelle visant à réactualiser mes schémas de pensée. En effet, tous ceux qui s’intéressent à l’économie ont une espèce de modèle intuitif autour duquel s’organisent leurs réflexions et à partir duquel ils arrivent à leurs conclusions. C’était bien entendu mon cas.

Il me faut donc commencer par une description de mon ancien modèle.

La monnaie au centre du système

Pour l’observateur des marchés financiers que j’étais et que je reste, la monnaie était toujours au centre du système. Deux entités étaient à l’origine de sa création (je simplifie à dessein).

  1. La banque centrale qui seule avait le pouvoir de créer de la monnaie « ex nihilo ».
  2. Les banques commerciales qui dans notre système actuel créaient du « crédit », c’est-à-dire qui permettaient un développement de la « liquidité » se traduisant en contrepartie par une augmentation de l’endettement.

Une fois la monnaie ou le crédit créés, ils se diffusaient dans l’économie « réelle » avec les effets habituels sur l’activité, le chômage, les taux d’intérêts, les taux de change etc. Quand cette monnaie atteignait les frontières du système, elle avait alors de l’influence sur le prix des actifs, actions, obligations, immobiliers, marché de l’art…

Le prix de ces actifs variait en fonction de l’excédent ou de l’insuffisance de monnaie. Trop de monnaie, les prix des actifs montaient ; pas assez, ils baissaient. Et c’est cette notion qui était derrière la vieille plaisanterie boursière : « Investir est très facile. Il suffit de savoir s’il y a plus d’idiots que d’argent ou plus d’argent que d’idiots. » Et donc les actifs servaient de réserve de liquidité, ils étaient en quelque sorte des « éponges à liquidité ». Trop de liquidités, et nous avions un marché haussier, pas assez et nous avions un marché baissier. Les variations du cours des actifs étaient ce qui permettait au système de retourner à l’équilibre au travers de chaque cycle. Mon travail consistait à évaluer dans quelle situation nous étions à chaque moment et à investir ou désinvestir en conséquence.

Le prix des actifs au centre du système

Ce monde n’existe plus et donc la quasi totalité des travaux que j’ai pu faire depuis quarante ans est périmée, ce qui est un peu déconcertant.

Pourquoi ? En voici la raison. Dans les cycles précédents, nous avons eu une expansion extraordinaire de l’endettement en général et du système bancaire en particulier, ce qui a déclenché et accompagné une hausse tout à fait extraordinaire du prix de tous les actifs. Et du coup, le système économique est devenu très fragile en raison d’un excès de l’endettement, ce qui le rend incapable de supporter une baisse sensible des prix de ces mêmes actifs. L’endettement n’avait en effet pas entrainé une hausse du stock de capital productif (machines outils, usines etc.) mais une hausse de la valeur du stock de capital improductif (immobilier, transferts sociaux) et donc la capacité à servir la dette et à la rembourser s’est écroulée.

Je m’explique. Que le lecteur imagine qu’il ait acheté l’indice de la bourse de Paris en s’endettant massivement. Si l’indice CAC venait à baisser, il aurait immédiatement des « appels sur marge » et se retrouverait ruiné assez rapidement. Eh bien, l’ensemble de nos systèmes économique et bancaire est dans cette situation et ne pourrait pas supporter une baisse des prix des actifs improductifs. Si le prix des actifs se mettait à plonger fortement, des appels sur marge gigantesques auraient lieu et le système s’effondrerait selon un schéma décrit de façon prodigieuse par Irving Fischer en 1934 dans un article publié dans Econometrica, « The Debt Deflation Theory of Great Deppressions » (à lire absolument pour ceux qui parlent l’anglais).

Et donc les banques centrales ont décidé d’agir. Elles ont décidé de mettre au centre du système le prix des actifs et d’empêcher ceux-ci de baisser. Et pour ce faire, les banques centrales achètent directement ces actifs dans les marchés et impriment autant d’argent qu’il est nécessaire pour arriver à ce résultat. La quantité de monnaie dans le système n’est plus déterminée par les besoins de l’économie réelle mais par la nécessité pour le prix de certains actifs de ne pas baisser.

Nous avions depuis toujours un système qui allait de la monnaie à l’économie réelle et de là au prix des actifs. Nous sommes passés à un nouveau système ou le cheminement logique va du prix des actifs à la quantité de monnaie, l’économie réelle n’étant même plus prise en considération dans la production de monnaie. Le lecteur comprendra pourquoi je suis perplexe… Ce qui ne va pas m’empêcher d’essayer de répondre à quelques-unes des questions que ce même lecteur doit se poser.

Première question : Cela va-t-il marcher ?

Honnêtement, j’en doute. Le capitalisme est un système darwinien, ce que Schumpeter a fort bien traduit par sa formule de la destruction créatrice. Tout l’effort des banques centrales consiste à empêcher la destruction de ceux qui ont fait des erreurs énormes, qu’il s’agisse de gouvernements ou de sociétés financières. Ce qui logiquement veut dire que comme la destruction n’a pas lieu, la création ne peut avoir lieu et donc que la croissance économique va s’arrêter graduellement, ce qui rendra impossible le remboursement des dettes et vouera à l’échec la tentative des banques centrales de gagner du temps, en attendant je ne sais quel miracle… C’est le schéma qui sévit au Japon depuis trente ans.

Deuxième question : Quand les marchés vont-ils se rendre compte que la nouvelle politique des banques centrales est vouée à l’échec ?

Je n’en ai pas la moindre idée et je soutiens que c’est le cas de la quasi totalité des observateurs. La question du « quand », en fait, est une mauvaise question puisque le futur est inconnaissable et que les banques centrales ont des moyens qui peuvent apparaître comme illimités.

Par exemple, depuis son origine, je dis que l’euro est une monnaie qui ne peut pas marcher et qu’il allait mettre l’Europe que j’aimais en faillite. La plupart des gens depuis 2000 me demande quand la crise marquant la fin de l’euro va avoir lieu, ce à quoi je leur ai répondu la plupart du temps « je ne sais pas ». En revanche, je sais ce que vous ne devez pas avoir dans vos portefeuilles tant que l’euro existe…

Troisième question : Pourquoi cette politique devra-t-elle s’arrêter un jour ?

À cela, la réponse est assez simple. Parce qu’une révolte des populations l’imposera. Il faut en effet bien comprendre que la politique actuelle des banques centrales ne cherche qu’à protéger les puissants et ceux qui sont bien en cours. Il s’agit d’une des plus invraisemblables applications dans l’Histoire du « capitalisme de connivence » que j’ai souvent dénoncé. Une ploutocratie a pris le pouvoir dans nos démocraties et l’exerce pour préserver ses rentes. Dans ce système, les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Cela amène toujours a une révolte des damnés de la terre comme on l’a fort bien vu au moment de la chute du mur de Berlin. Les peuples, un jour, vont donc reprendre le contrôle de leurs destinées et virer les élites incompétentes et corrompues qui les ont amenés dans la situation actuelle.

Quatrième question : Comment me protéger ?

Ce que je dis est assez simple : la crise qui s’annonce devra amener à un changement des élites. Historiquement, ces changements d’élites peuvent se passer de façon démocratique ou de façon révolutionnaire, ce que l’on a fort bien vu dans les années 30 en Europe.

De façon générale, quand cela se produit, il vaut donc mieux être investi dans des pays qui ont de longues traditions démocratiques, c’est-à-dire en Europe du Nord ou dans les pays de droit anglais plutôt qu’en Russie.

On peut aussi essayer d’identifier les pays ou les zones géographiques qui ont compris le danger et essaient de prendre de la distance avec la catastrophe qui paraît s’annoncer. C’est dans cet esprit que je recommande depuis un certain temps d’investir en Asie parce que la Chine est en train de revenir à des prix de marché pour ses taux d’intérêts et ses taux de change tout en développant les outils d’une solidarité régionale, ce qui devrait atténuer le choc. En revanche, puisque le cœur du problème est aujourd’hui dans l’Europe de la monnaie commune, il parait sage de mettre le plus de distance entre soi et le vieux continent

Conclusion

Quand le mur de Berlin est tombé, certains ont cru à « la fin de l’Histoire ». Or, une partie non négligeable des élites, comme l’avaient fort bien vu J.-F. Revel et avant lui Schumpeter, partout et toujours haïssent la liberté et la démocratie. Pour eux la chute de la dictature communiste était une défaite personnelle.

Le déni psychiatrique aidant, tous ceux qui croient à la technocratie et détestent la démocratie et le marché libre se sont alors regroupés immédiatement sous la direction de puissants génies tels Delors et Trichet pour essayer de recréer ce qui venait d’échouer . C’est à leur échec que nous sommes en train d’assister et tout cela va prendre du temps et faire bien des victimes collatérales innocentes. Je crains que cela soit inévitable.


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  • Comme d’habitude, du grand Gave. Clair, concis, percutant.

    Heureusement qu’il existe encore des personnalités comme lui. Ca redonne un peu d’espoir.

  • « La quantité de monnaie n’est plus déterminée par les besoins de l’économie réelle mais par la nécessité pour le prix de certains actifs de ne pas baisser. »

    C’est tout à fait ça!

    • Oui sauf que la quantité de monnaie n’a pas besoin d’être déterminée par l' »économie réelle »; a partir du moment ou la monnaie est fluide la quantité importe peu.
      Quant au terme « économie réelle », il nécessite une définition. Pour moi l’économie est le fruit de l’échange. Pas d’échange, pas d’économie.
      En quoi un échange serait il irréel ?

  • Est-ce que la destruction créatrice a un sens avec la monnaie ? J’en doute : contrairement à l’économie, la monnaie est un jeu à somme nulle, c’est un peu comme l’entropie en thermodynamique : ca ne fait qu’augmenter.

    La marge (et donc la survie d’une entreprise) varie en fonction du prix de vente, du coût de fabrication et de la quantité. La monnaie n’est pas soumise à ces lois.

    C’était encore le cas, lorsque les monnaies étaient ‘indexées’ sur des références physiques (or) et soumises entre elles à la concurrence (marché des changes). Chaque pays était alors ‘une entreprise’ soumise à la concurrence et régulé par le marché des changes.

    Or la création de l’Euro, la place du dollar et la mondialisation des entreprises ont complétement déséquilibré ce modèle : on est passé d’un marché où la concurrence internationale pouvait s’opérer via le marché des changes, corrigeant la balance du commerce extérieur, à un marché régulant presque exclusivement les dettes souveraines, l’essentiel du commerce international se faisant via des multinationales (dont les banques) qui ont appris à corriger ou lisser les effets de changes, en tout cas, à en limiter leurs effets.

    C’est déjà le cas à l’intérieur de la zone Euro, où le jeu à somme nul est évident avec la monnaie unique, ce qui a permis à des pays comme la France de vivre depuis 10 ans avec des balances extérieures déficitaire. Le même mécanisme s’opère à l’échelle mondiale.

    L’injection de papier, qui précédemment déséquilibrait la compétitivité d’un pays et impactait les prix, n’a plus aucun effet, ou du moins a un effet largement diminué : un dollar ou un euro de papier vient se diluer dans la planète (dans les dettes souveraines) au lieu de diluer l’économie d’un pays et sa monnaie.

    Quand l’éponge sera pleine, les impacts se feront sentir (un peu partout) et les banques centrales recommenceront à se faire concurrence sur les taux (à la hausse cette fois) … alors là, oui il y aura un problème pour les pays qui n’ont pas su éponger leur dette, parce qu’au lieu de rembourser leur dette gratuitement, il leur faudra payer.

    Et le processus de création destruction s’appliquera, mais aux dettes souveraines cette fois, mais sera limité aux vilains canards…

    • « Est-ce que la destruction créatrice a un sens avec la monnaie ?  »

      La monnaie est l’information qui permet de savoir quoi détruire et quoi créer.
      Elle-même n’a pas à être créée ou détruite.

      C’est l’endettement public et la création monétaire notamment étatsunienne qui permettent à la France de vivre durablement avec un déficit commercial.
      C’est donc la manipulation de la monnaie, c’est-à-dire le contraire de son fonctionnement.
      Il suffit pour s’en convaincre de se demander si une monnaie naturelle (or…) le permettrait: Non, puisque la France serait s’en serait vidée.

      • On est d’accord, si la monnaie était étalonnée sur l’or et était le Franc, la situation du commerce extérieur aurait entrainé une dévaluation ou au moins une perte de valeur du Franc sur le marché des changes, par nécessité de faire fonctionner la planche a billet pour renflouer les caisses.

        Ce n’est pas le cas, car une grande partie des échanges se fait en Euro dans la zone Euro et donc la tension du commerce extérieur n’a plus le même impact : la monnaie étant fixée, les échanges se font dans un marché ‘intérieur’ et non plus ‘extérieur’, le déficit du commerce extérieur ne fait ‘que’ grever la croissance.

        Enfin, comme la monnaie n’est pas encore complétement ‘fluide’ mondialement, les deux mécanismes (monnaie unique et monnaies nationales cohabitent encore.

        • Il y a une contradiction entre un étalon, par définition fixe, et le marché des changes, par définition fluctuant. On ne peut avoir les deux. Il va falloir choisir. L’étalon, c’est la mort du petit marché.

          • Absolument d’accord, et personnellement j’ai du mal à comprendre le but recherché par l’auteur de l’article qui semble faire preuve de conservatisme ou tout du moins de regarder dans le rétroviseur.

            Si le sujet est de critiquer l’interventionnisme des banques centrales ‘par principe’ je trouve cela assez déprimant : c’est la première fois que la monnaie suit dans le monde un schéma différent de celui qui existe depuis des milliers d’années (celui d’être adossé à une béquille valeur référence) et je trouve assez normal que les dirigeant essaient de corriger ce qui avant n’était pas vraiment des problèmes (la planche à billet pour financer les dettes d’état) et tâtonnent…

            • La création monétaire est un mensonge et une spoliation.
              Spoliation de l’épargne, puisque la monnaie perd sa valeur.
              Mensonge, car la monnaie créée ne correspond à aucune production.

              Le rôle de la monnaie est informatif: Il s’agit de valoriser chaque service reçu.
              Manipuler la monnaie, c’est détruire cette information.
              Investir avec pertinence est suffisamment difficile avec la meilleure information, cela devient impossible lorsque l’information monétaire est brouillée par la création de monnaie et la redistribution.

              L’or et l’argent sont des matériaux qui ont naturellement les attributs de la monnaie.
              Ce sont donc des monnaies, contrairement aux monnaies-fiat, qui ne le sont pas vraiment à cause de l’hubris des politiciens (car rien n’interdit qu’une monnaie-fiat soit une bonne monnaie, sinon l’hubris des politiciens).
              Ainsi, il nous manque la condition préliminaire à une économie de marché, au capitalisme.
              Et on voit effectivement les monnaies s’effondrer à mesure que l’emprise de l’État écrase l’économie de marché.
              D’où l’apocalypse (révélation de ce qui est caché) économique imminente: car les dégâts sont déjà faits.
              Ils sont évidents pour quiconque ne confond pas la richesse et l’argent, ni ne croit en la supériorité de l’économie planifiée sur le marché; mais mystérieusement invisibles pour la majorité de nos contemporains.

              Avez-vous lu Maudit argent, de Frédéric Bastiat ?

              • Stéphane Boulots
                3 décembre 2014 at 8 h 02 min

                Euh… C’est exactement le problème inverse qui se produit : la monnaie étalonnée et locale à permis depuis des siècles tout les dérapages de budgets publics imaginables par la création de bulles inflationnistes : si l’on corrige le budget de l’état des années 1980 1970 en considérant qu’une grande partie de la dette publique était prévue d’être payée par l’inflation et par la projection d’inflation sur le futur ( les fameuse projections de croissance) on comprend que la crise que nous traversons est due a la réduction de la dette publique. Le problème n’étant pas tant la dette que l’on crée (dont une partie ne sert qu’à rembourser de la dette existante) mais la variation du taux d’endettement. Bref les banques centrales tentent d’éponger non pas des dettes, mais la suppression d’un mécanisme de cavalerie qui existait depuis des années : le rapport de force entre économie publique (locale) et économie privée (globale) ayant été complètement inversé. Les thèses de Bastiat avaient un sens quand l’économie d’un pays était la somme des économies privés et publiques ce qui n’est plus le cas à cause du volume d’affaire des multinationales.

          •  » L’étalon, c’est la mort du petit marché. »

            Qu’est-ce à dire ?
            Selon moi une monnaie stable est au contraire très favorable à l’industrie, l’artisanat, le petit commerce …
            La création monétaire, au contraire, les spolie au bénéfice des récipiendaires de la monnaie créée, soit les clientèles politiques et les financiers.

  • C’est curieux de considérer l’immobilier comme un capital improductif. Sa production est peut-être immatérielle, mais elle est indispensable (demandez à un SDF ce qu’il en pense) et elle a un coût non négligeable (entretien, réparations, taxes exorbitantes).
    C’est justement parce que les politiciens (notamment de gauche) et apparemment aussi certains économistes voient l’immobilier comme une pile de lingots d’or que des décisions absurdes sont prises, en particulier une protection extraordinaire du client (le locataire) vis-à-vis du producteur (le méchant propriétaire) dans le cas de l’immobilier locatif.
    L’immobilier existant est un outil de production d’hébergement et l’activité économique correspondante devrait être protégée, et non attaquée par l’Etat.

    • En effet.
      Si le logement est surévalué, il n’est pas improductif, puisqu’il loge – service primordial !

      Le qualificatif me semble très-approprié aux transferts sociaux, en revanche, car hormis une période d’ajustement initiale ils ne produisent rien, sinon une classe dépendante et donc un « effet de cliquet » qui empêche de les réduire. Encore plus délétère, ils détruisent l’information économique qui, par les inégalités de revenus, indiquent les activités les plus créatrices de valeur et incident à s’y livrer.

      L’idée générale me semble parfaitement exacte: la manipulation monétaire a permis de malinvestir.
      C’est même précisément sa fonction, sa raison d’être.
      Dans les diplômes inutiles, dans la surévaluation du logement, dans les transferts sociaux, l’administration…
      Malinvestir, c’est détruire l’épargne réelle, c’est-à-dire l’excès de services rendus par rapport à ceux consommés.
      CG a raison, l’argent doit servir à informer quant à cette réalité.
      Et le manipuler, c’est mentir pour faire agir en dépit de la réalité.
      Tant et si bien qu’à la fin on s’y cogne.

      Il faut donc s’attendre à ce que les QE étatsuniens ne s’achèvent dans les larmes…

    • Les économistes ‘de gauche’ ont sont resté à la notion capital-travail-produit : l’immobilier, n’étant pas du capital permettant par le travail de produire des biens réinjectables dans l’économie, ils rangent cela dans la catégorie ‘rente’.

      Seul le travail ayant de la valeur (Marx) les revenus de l’immobiliers sont ‘irréels’, comme les revenus générés par le commerce, la spéculation (diabolique), les prêts, etc…

  • Tout à fait d’accord….

  • « La quantité de monnaie dans le système n’est plus déterminée par les besoins de l’économie réelle mais par la nécessité pour le prix de certains actifs de ne pas baisser. »

    Cette remarque, vraie aujourd’hui, était également vraie hier, sinon les cycles ou les crises du passé n’auraient pas eu lieu. Je ne comprends donc pas pourquoi M. Gave remet en cause son schéma de pensée qui paraît toujours opérationnel, quand bien même il n’y aurait plus que 5 ou 10% de la monnaie créée pour alimenter les actifs productifs. Le cycle actuel de fausse monnaie est simplement le plus grand jamais tenté par les dirigeants irresponsables des Obèses, à la mesure des dettes publiques accumulées sans raison. Demain, ses effets délétères seront à la mesure de la folie du jour. Ce cycle se terminera inéluctablement par la dévalorisation massive des actifs responsables de la bulle, à savoir les actifs publics, les actifs collectivisés.

    Enfin, il faut arrêter de perdre son temps avec cette idée fumeuse « d’économie réelle », à peu près du même intérêt que la « valeur-travail » des marxistes. Il n’existe pas d’économie irréelle, sauf au Monopoly. Tout est réel, même les émissions de SuperMario ou de B2. La preuve de leur réalité : elles nous affectent durement.

    • Non mr gave a raison. Parce que l’évolution micro est totalement perturbé par les actions de la banque central. Dans ce que l’on appel le régime ‘New normal’, quand une mauvaise nouvelle est annoncée pour le marché celui ci anticipe une hausse parce qu’il anticipe un nouveau QE… ET comme ce genre de chose intervient très tot dans la chaine de causalité tout les théorie libérale normal sont mises difficultés pour le moment.

      L’économie réel est la l’envers de la financiarisation. Celle ci est bien réelle. Elle consiste à mon sens à améliorer la capacité de levier d’un acteur économique. Le problème est que l’on a beaucoup augmenté la capacité de levier des banques et des grandes institutions financières et très peu celle des entreprises normales et des ménages. Ce qui déséquilibre le système. parce que les joueurs étant dans des banques ont beaucoup plus de garantis qu’un joueur non banques.

      • Cela n’est un problème que pour l’entreprenariat, les PMEs et les ménages, et encore que d’une certaine manière, avec des effets très limités (les acteurs purement indépendants) les multinationales s’en moquent. Et cela ne peut être que transitoire : comme le dit Cavaignac, il s’agit d’une bulle (à l’envers)

        En fait c’est sans doute une des premières bulles déflationnistes, juste que l’on a été habitué aux bulles inflationnistes.

    • Absolument d’accord, les actifs publics devront d’une façon où d’une autre jouer dans le même Monoply que les actifs privés. Tous ce qui se passe en ce moment n’est qu’une tentative pour essayer de faire atterrir l’économie ‘irréelle’ (c’est à dire l’état d’avant qui trichait en finançant ses bêtises avec du papier) dans l’économie ‘réelle’ c’est à dire celle où tout le monde joue avec les même règles du jeu.

      Que ca se casse la figure sous forme de bulle ou que ca atterrisse doucement version alunissage Apollo, dépend juste de la décision de ‘quand arrêter les retro fusées : la planche à billets’ et quand ca s’arrêtera, tout le monde alunira : ceux qui sont à 2 cm du sol, comme ceux qui seront à 50 kms.

      (Grace à la politique actuelle de moi président, il y a plus de chances que l’on soit à 50 kms qu’à 5 cms…)

  • Merci pour cette analyse brillante.

    Je ne sais plus qui faisait remarquer que ironiquement la Chine parmi les gros marché allait être le plus honnête. Avec un taux de change flottant des taux d’intérêts libres.

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