Genève découvre la grève « à la française »

Avec la grève du transport public genevois, les Suisses ont découvert un mouvement social à la française : on fait grève d’abord et on discute ensuite.

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Tram de Genève TPG Credit Alain Gavillet (Creative Commons)

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Genève découvre la grève « à la française »

Publié le 23 novembre 2014
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Par Stéphane Montabert, depuis la Suisse.

Tram de Genève TPG Credit Alain Gavillet (Creative Commons)

Si Genève n’est pas vraiment la Suisse, comme le proclament de nombreux Genevois avec une pointe de fierté, la ville ressemble de plus en plus à la France – grèves comprises. Mais tout n’est pas perdu.

L’événement genevois de la semaine eut donc lieu mercredi 19 novembre avec une grève des Transports Publics Genevois (TPG) de 24h particulièrement suivie. Elle priva la ville de bus et de tram pendant une journée entière. L’expérience de cette privation fut riche en enseignements.

Sur le plan de la circulation d’abord. La population locale, dressée comme partout à croire en l’omnipotence du transport collectif sur l’odieux déplacement individuel en voiture, s’attendait au pire. Et en fin de compte… Rien – ou quasiment. Les gens se déplacèrent tant bien que mal, en taxi à plusieurs, en vélo, en covoiturage ou tout simplement à pied. Il faisait beau mais froid en ce mois de novembre. Quelques embouteillages eurent lieu le soir mais malheureusement ils sont monnaie courante dans la région, grève ou pas.

L’information avait été correctement diffusée : il en allait de l’influence du mouvement syndical, après tout. Mais mis à part quelques malheureux découvrant la situation le jour même, la plupart des gens eurent le temps de se préparer et de trouver des alternatives. Le chaos annoncé laissa plutôt la place à la bonne humeur, de nombreux citoyens – dont beaucoup de cyclistes – goûtant à l’absence des bus et tram qui monopolisent d’habitude la circulation au centre-ville.

Surpris et un peu déçu du manque d’impact de la disparition des transports publics sur les déplacements de la population, certains affirmèrent que les solutions trouvées ce jour-là ne sauraient être que ponctuelles ; d’autres annoncèrent au contraire que nous avions assisté en direct à la démonstration de l’inutilité des transports en commun.

Sur le plan politique, les Suisses découvrirent un mouvement social à la française : on fait grève d’abord et on discute ensuite. L’idée des grévistes était de demander au Conseil d’État le retrait du contrat de prestation 2015-2018, actuellement discuté au Grand Conseil et dont le vote final est attendu le 4 ou le 5 décembre. Ce contrat remet en cause le statut des employés de la régie publique et pourrait amener un certain nombre de licenciements.

Il n’est pas anodin de constater la naïveté absolue de la classe politique face à ce mouvement de contestation. La palme en revient incontestablement à Christophe Stucki, directeur par intérim des TPG, et Luc Barthassat, le Conseiller d’État chargé du département de l’environnement, des transports et de l’agriculture. Les deux hommes claironnèrent ainsi que « le mouvement syndical avait été très suivi » et « les avait pris au dépourvu », justifiant ainsi l’échec de la mise en application d’un service minimal pourtant prévu dans la Constitution. Un véritable camouflet pour l’élu PDC.

La motivation des grévistes l’aurait emporté… Bel exemple de lyrisme syndicaliste comme on les aime, à un petit détail près : c’est complètement faux. Le soir même de cette journée de contestation, la RTS diffusait le reportage de journalistes embarqués avec les grévistes. On y voit un leader syndical local haranguer ses troupes et les préparer, le micro d’un haut-parleur en main:

« Mettez-vous dans tous les points stratégiques, empêchez les gens d’aller démarrer les véhicules, et on va essayer de tenir toute la journée comme on a prévu. »

Autrement dit, loin des couleuvres gobées par les responsables hiérarchiques des TPG, il y avait bien un piquet de grève ce jour-là pour empêcher les non-grévistes de travailler, ce qui est évidemment illégal. Un peu moins naïfs que leurs aînés, les jeunes libéraux genevois en profitèrent donc pour déposer des plaintes à titre personnel. Nous verrons comment la justice instruira ces dossiers.

Les syndicalistes n’ont pas obtenu gain de cause et promettent de remettre le couvert en décembre. Les dégâts en termes d’image sont pourtant très importants. La grève en Suisse est contraire à l’esprit de la paix du travail, qui ne la considère comme un moyen de dernier recours. Ce n’est évidemment pas le cas ici, puisque le projet litigieux n’a même pas encore été étudié par le parlement genevois.

Non seulement les grévistes des TPG passent pour des jusqu’au-boutistes capricieux, mais aussi pour des… Français. Le rayonnement français n’est pas forcément celui que l’on croit ; ici, le pays est devenu synonyme de conflits sociaux à répétition pour un oui ou pour un non. Les internautes s’en donnent ainsi à cœur-joie :

« Genève compte tellement de Français que forcément leur mentalité revendicatrice et tire-au-flanc se transmet aux Suisses. Une horreur qui porte gravement préjudice aux citoyens. »

Les Français frontaliers représentent un peu plus d’un quart des salariés des TPG. Sont-ils responsables du style du mouvement syndical ? Nous n’en savons strictement rien. Mais beaucoup de Genevois y ont vu l’occasion de tirer à boulets rouges sur leurs voisins français et sur les frontaliers, et ce bien que les compagnies privées qui aient remplacé au pied levé les TPG défaillants pour assurer un minimum de service aient été… françaises.

Dans son propre intérêt, le personnel des TPG aurait intérêt à revenir s’asseoir à la table de négociation et à essayer de trouver des solutions au lieu de se jeter à corps perdu dans le bras de fer. La grève préventive ne correspond tout simplement pas à la mentalité helvétique, Genève comprise.


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  • bonjour ,nous n’avons pas usurpé notre réputation ! en fait de tireur au flanc nous n’avons pas d’équivalent ,du moins en Europe . La CGT à juste encouragé et depuis entretenu le vice !

  • C’est bien d’une contamination mentale dont il s’agit.

    Exactement comme les Wallons en Belgique… eux aussi atteints par la dégénérescence française (depuis longtemps).

    Autant la Belgique qui est un non-état n’a que peu d’importance dans le Grand ordre des choses, autant voir la Suisse ainsi partir en vrille, abandonnant peu à peu ses spécificités centenaires…. ça fait mal au coeur.

    Je discutais vendredi avec un patron suisse. Le même court termisme, le même esprit collabo pour sauver son bilan de fin d’année.

    Je lui disais : « le 30 novembre votez pour l’or ».
    Il répondit : « surtout pas, le franc s’envolerait et je ne pourrais plus exporter ! »

    Voilà. Il était content du peg à 1,20 face à l’Euro… sans comprendre que la BNS pour tenir ce peg devait se gorger de papier d’états (en faillite) de la Zone Euro.

    Sans comprendre que ce minable peg, ce refus de l’or… détruisait peu à peu sa monnaie. La condamnant à avenir de papier toilette.

    Et ils sont nombreux à vendre ainsi leur avenir… pour un confort immédiat.

    Monnaie, immigration, cancer de l’UE… les Suisses peu à peu lâchent.

    C’est un drame.

    • il y a la même chose avec les québecois et l’afrique francophone. les wallons, les suisses francophones,

    • québecois ont bcp de choses en commun: ils vivent dans des états fédérale et plurilinguistique. ils sont plus à gauche et plus pauvres que le reste de la population

  • Bonjour
    Je trouve que vous êtes bien, tous, dur avec le Français… Vous voyez bien qu’il sait exporter !!!!
    D’accord ça ne lui rapporte rien, mais ça il ne l’a pas encore compris.

  • C’est terrible cette capacité des français à exporter leur mentalité pourrie, les pays francophones vont souffrir à ce rythme !

  • Effectivement, très belle journée que ce mercredi, ou comment se faire un autogoal en toute splendeur.

    Bien joué!

  • Genève va pouvoir sortir de la Confédération.
    Les grévistes ne devraient pas être payés ❗

  • Les commentaires sont fermés.

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