Pour un grand soir de la déréglementation

Libéralisme (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Si elle veut être juste, la dérèglementation doit s’inscrire dans un projet de société globale, de révolution sociétale.

Par l’auteur du site « Bobo libéral »

imgscan contrepoints288 - Libéralisme

Depuis qu’Emmanuel Macron est au ministère de l’Économie, on évoque la déréglementation de certaines professions, comme celle des pharmaciens, des taxis, ou bien on parle de confier des rôles dévolus aux médecins à des professions para-médicales, ou encore de favoriser le développement des lignes d’autobus pour concurrencer la SNCF. L’idée directrice est de mettre un terme à des protections réglementaires pour obliger ces professions, par le biais d’une nouvelle concurrence, à baisser leur prix. Il faut favoriser le consommateur par un gain de pouvoir d’achat.

C’est l’un des principes porteurs du libéralisme, qui a connu son apogée dans la lutte contre les systèmes d’ancien régime en France : en finir avec les monopoles. Ces monopoles qui pénalisaient la masse des gens, entravaient le progrès et la prospérité et au final faisaient croire à ceux qui en bénéficiaient de « gagner plus d’un marché appauvri de tous », selon la fameuse formule de Bastiat.

Dans cette question de l’abolition du monopole, il est une règle universelle. En tant que consommateur, on est toujours favorable à cette abolition. Mais en tant que producteur, on est réticent quand cela concerne sa propre profession. Surtout si l’on a des engagements financiers (le plus souvent des crédits) qui obligent à conserver un certain revenu. Voilà pourquoi il est difficile d’en finir avec les monopoles, les rentes, les licences etc. On peut même comprendre la situation de certaines personnes, endettées, qui connaîtraient la faillite si le monopole prenait fin (et avec elles, celle des banques).

Et il est encore plus difficile pour certains d’être les seuls à souffrir de la fin d’un monopole, alors que d’autres conservent le leur. Car ceux qui perdent leur monopole se voient obligés, le plus souvent, de mobiliser de nouvelles ressources, de faire des choix difficiles, de perdre en revenu, en affrontant la concurrence pour le plus grand bienfait des consommateurs, qui en conséquence s’enrichissent, mais dont certains disposent encore de réglementations protectrices et avantageuses : ils proposent toujours leur service à des prix élevés, y compris à ceux qui ont dû consentir à libéraliser leur profession. Ainsi, si l’on veut rendre service à ceux qui ont mis fin à leur monopole, si l’on veut compenser les pertes liées à la disparition de la réglementation avantageuse, la meilleure chose que l’on puisse faire est d’abolir l’ensemble des monopoles, pour mettre tout le monde sur un même pied d’égalité.

Les employés de certains secteurs mis en concurrence (par exemple dans la téléphonie) et qui ont perdu nombre « d’avantages » pourraient gagner en pouvoir d’achat par la mise en concurrence d’autres secteurs dont ils consomment les services. C’est la raison pour laquelle la déréglementation des professions ne peut pas se cantonner à des secteurs restreints, limités à certaines activités précises. D’ailleurs celles-ci sont jetées en pâture aux médias pour dénoncer les privilèges scandaleux dont elles bénéficient, histoire de jouer sur la corde des antagonismes de classes et de détourner l’attention d’autres rentes de situation, telles celles des hommes de l’État. Après tout, les personnes visées par une déréglementation pourraient réclamer la fin des avantages des autres, et on sait ô combien il y a d’avantages, de licences, de subvention et de rentes de situations dans notre pays.

Ainsi, si la déréglementation veut être « juste », elle doit se faire de façon large, concerner le plus grand nombre de secteurs d’activités possibles et embrasser d’importants pans de l’économie du pays. Il est nécessaire qu’elle s’inscrive dans un projet de société globale, une révolution sociétale, un véritable grand soir de la déréglementation, sous-tendu par des valeurs de justice et d’équité. Je ne me réfère pas ici aux valeurs « sociales » (ou socialistes), que l’on nous ressasse depuis tant d’années, et qui ont au contraire rétabli les privilèges, mais aux valeurs libérales qui se fondent sur le droit naturel et la propriété privée.

Malheureusement, même si au travers de cette libéralisation massive la société dans son ensemble et à terme prospérait, il y aurait tout de même des perdants dans un premier temps, de façon temporaire certes, et d’autres qui y gagneraient grandement, parfois trop, suscitant la jalousie. Des situations seraient bouleversées. Les compensations par la mise en concurrence ne seraient pas parfaites, et  les sacrifices auraient des résultats amers. Ce qui semblait acquis ne le serait plus. Il y aurait une redistribution au sein de la société, voire le remplacement des vieilles élites par une nouvelle. Pendant un temps la confusion pourrait régner et l’avenir serait incertain.  La période serait difficile à vivre – mais la situation présente ne l’est-elle pas déjà ?

Comme le disait brillamment Harding, lors de son discours d’investiture à la présidence des États-Unis en pleine crise au lendemain de la Première Guerre mondiale :

Le passage du désordre à l’ordre ne se fait pas instantanément. Nous devons regarder en face cette situation difficile, accepter nos pertes et repartir de l’avant. C’est la plus vieille leçon de la civilisation.


Sur le web.