OGM : la recherche publique à la dérive

Manifestation anti OGM (Crédits : alter1fo, CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

La recherche publique est prise en otage par des manœuvriers politiques et le syndrome de Stockholm n’est pas loin.

Par Marcel Kuntz.

anti ogm credits alter1fo (licence creative commons)

Les destructions d’expérimentations au champ d’OGM ont été initiées en France en 1997. Il s’agissait d’un essai de Monsanto. Ce qui n’a pas incité la recherche publique à protester. Elle a eu tort, car dès 1999 elle fut attaquée elle-aussi. Le 2 juin 1999 et le 13 avril 2000 des essais de l’INRA, en collaboration avec le CETIOM, furent détruits à Gaudiès en Ariège.

Ces expérimentations au champ étaient destinées à évaluer les possibilités de croisements entre le colza et une espèce sauvage apparentée. J’ai répertorié dans OGM, la question politique (PUG, 2014) environ 80 actes de destructions contre des expérimentations de la recherche publique en Europe. La plupart examinaient des questions utiles pour l’évaluation des risques. On peut en déduire que les opposants ne voulaient pas connaitre les réponses.

Dans un certain nombre de cas, d’autres dommages à des propriétés, des menaces ou des violences contre des personnes ont été constatés. Aucune destruction n’a pu être empêchée par des tentatives de dialogue engagées par les chercheurs.

Derrière cette violence, une idéologie anti-science

Ces destructions ne se sont pas limitées à des essais en champ. Le 5 juin 1999, un groupe emmené par José Bové pénétrait par effraction dans une serre du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), où furent détruits des cultures de riz et des ordinateurs. Dans la rhétorique des anti-OGM, cette action « visait à dénoncer les dérives de la recherche publique française en matière d’OGM ». Les affiches collées par les assaillants étaient explicites : « Démasquons les chercheurs. Vidons les laboratoires »

Le Cirad a aujourd’hui abandonné ses recherches en matière d’OGM. Le 13 juillet 2013, l’INRA a du détruire le dernier essai au champ d’OGM en France, en l’occurrence des peupliers, faute de réponse du Ministre de l’Agriculture à une demande de prolongation de l’essai.

Intrusions dans les laboratoires

Une nouvelle phase vers un contrôle de la recherche publique sur les OGM par des groupes politisés s’est ouverte le 23 mai 2011 : des activistes ont investi le Centre INRA d’Angers pour s’opposer à des expérimentations en milieu confiné de poiriers transgéniques résistants au feu bactérien. Cette intrusion était qualifiée, dans la phraséologie anti-OGM, d’« inspection citoyenne ».

Le 25 juin 2014, une nouvelle intrusion a eu lieu dans un laboratoire de l’ENS de Lyon associé à l’INRA pour s’opposer au projet Genius. Ce projet de recherche porte sur « la technologie des nucléases [qui] permet désormais des modifications du génome végétal d’une très grande précision ». Le 2 octobre 2014, une nouvelle intrusion a eu lieu à l’INRA d’Avignon, toujours en opposition au projet Genius.

Une recherche publique dépassée par les événements

Sur le site de Genius on peut lire que « des avancées récentes en transgénèse proposent maintenant des réponses à certaines craintes citoyennes ». Peut-on réellement penser qu’une avancée technique va dissiper les « craintes » ? Ces peurs ont été politiquement construites et il n’est pas question pour les opposants de les laisser s’éteindre.

Lors de l’intrusion à Angers, la seule réaction de l’INRA a été d’organiser des « débats ». Le premier a impliqué une chercheuse responsable du projet face à un scientifique anti-OGM notoire. Dès le second débat les lobbies de l’écologie politique invités étaient en surnombre. Lors du troisième débat le logo du « collectif nos campagnes sans OGM » figurait à côté de celui de l’INRA ! Peut-on réellement croire qu’une telle approche relativiste, pour ne pas dire de capitulation en rase campagne, va avoir d’autres effets que celui d’encourager les opposants à s’en prendre à d’autres cibles.

L’INRA, sous la houlette de sociologues « des controverses », s’est même essayé à un projet participatif pour un essai de vigne à Colmar : ce fut un coûteux fiasco (l’essai a été vandalisé par deux fois et abandonné).

Disons le clairement : la recherche publique est prise en otage par des manœuvriers politiques et le syndrome de Stockholm n’est pas loin.

Un autre exemple, l’INRA de la Région PACA a accepté la proposition d’un lobby de l’écologie politique (Fondation Sciences Citoyennes, FSC) d’un « partenariat » sensé amener les chercheurs à réfléchir sur « leur responsabilité sociale et environnementale » (une convention a même été signée). Ironie de l’histoire, à quelques jours de l’intrusion à Avignon a eu lieu un Café des Sciences « Citoyen » dans la même ville, afin de présenter un autre dispositif, un « partenariat Institutions-Citoyens pour la recherche et l’innovation » (PICRI). Son annonce porte le logo de FSC et de l’INRA ! Dans son Comité d’organisation cohabite (entre autres) le Président du Centre de Recherche INRA-PACA et un militant de FSC, pétitionnaire habituel du lobby écologiste et soutien d’« Appel public à la solidarité financière avec les faucheurs volontaires »…

Une recherche publique abandonnée par les pouvoirs publics

Quel sens peut avoir, pour la recherche publique, de débattre avec des militants politiques dont le but réel est de mettre des bâtons dans les roues de l’économie, en sabotant les innovations techniques ? Qu’y a-t-il à négocier sinon reculer toujours plus ?

En fait, les débats sur les OGM ont déjà eu lieu, notamment sous l’égide de parlementaires entre 1998 et 2005, qui ont auditionné toutes les parties intéressées. Leurs rapports ont été oubliés… Également symptomatique : le renoncement des hommes politiques français devant les difficultés. En l’occurrence dans le cas des biotechnologies végétales…

Dans un tel contexte, en parallèle à l’abandon des dernières recherches dans ce domaine et à l’autocensure déjà présente, viendra de manière prévisible l’étape ultime : l’impossibilité pour les chercheurs de simplement s’exprimer sur ce sujet en raison des menaces.

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