Assassin’s Creed Unity : Mélenchon et le Parti de Gauche, les nouveaux ringards

Assassin's Creed Unity - Credit alphacoders

Les récriminations vidéoludiques de Mélenchon et Corbière sont représentatives de la mentalité ringarde du Parti de Gauche.

Par Philippe Fabry

Assassin's Creed Unity - Credit alphacoders

J’ai été proprement atterré dernièrement par les récriminations de Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, figures du soi-disant Parti de Gauche, contre… un jeu vidéo.

Ce jeu, c’est Assassin’s Creed Unity, suite de la fameuse série vidéoludique se déroulant à travers l’Histoire et étant l’occasion de développer des intrigues sur le thème toujours porteur et rocambolesque de « l’Histoire cachée ». Un jeu amusant qui a, dans ses précédentes versions, conduit les joueurs en Terre Sainte durant les Croisades, dans l’Italie de la Renaissance, dans l’Amérique de la guerre d’Indépendance… et aujourd’hui dans le Paris de la Révolution, et notamment de la Terreur. Le jeu montre donc, entre autres choses, une ambiance révolutionnaire avec insurrections populaires, exécutions sommaires et têtes plantées au bout de piques. Il semble aussi (je n’y ai pas joué) que Robespierre soit présenté comme un tyran (ce qu’il fut, quoiqu’il se trouve encore des gens pour l’apprécier).

Je ne doute pas que le jeu fasse preuve de nombreuses approximations historiques : cela fait partie des nécessités de l’industrie du divertissement, au cinéma comme dans le jeu vidéo. Ce n’est pas choquant, c’est un jeu. Les précédents jeux faisaient de même avec les Templiers, la Papauté… Pas de quoi s’effaroucher.

Seulement voilà, pour des « têtes » du soi-disant Parti de Gauche, ce jeu, en gros, risque de corrompre la jeunesse en donnant une image négative de la Révolution… enfin, essentiellement de leur Révolution, celle de la Convention constructiviste, coupeuse de têtes et rousseauiste ; pas celle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, de la propriété privée, de la libre entreprise et de la flat tax 1. Cette représentation remet en cause les dogmes de la « lutte sociale » comme une belle mission humaniste, et cela est intolérable pour Mélenchon et Corbière. Ils s’offusquent donc.

Et ce faisant, ils révèlent leur vraie nature et leur authentique positionnement politique : ce sont des réactionnaires. De bons vieux réacs bien ringards, inaptes à comprendre leur temps et à séduire la jeunesse, comme toutes les formes d’organisation sociale et politique moribondes en produisent toujours. Et comme je l’ai déjà fait maintes fois, je ne vais pas me priver d’un bon parallèle historique très vexant pour les concernés.

Mélenchon, Corbière : le nouveau parti dévot

Et ce parallèle historique nous ramènera dans les dernières années de l’Ancien Régime, qui nous rappelle furieusement les nôtres. Le parallèle entre 1789, la France surendettée irréformable et le monarque mou a déjà été suffisamment noté par la grande presse pour que je n’y revienne pas. En ce qui concerne mes propres conclusions sur le sujet, je me permettrai de renvoyer à un précédent article où j’abordais la question en disant que, politiquement, nous avions fait « le tour du cadran » et que le système politique, social et économique français est redevenu ce qu’il était sous l’Ancien Régime : une organisation corporatiste, peuplée de privilégiés hostiles à toute réforme, sous le regard d’un État au paternalisme étouffant.

Si l’on revient à la période pré-révolutionnaire en France, l’on constate que l’échiquier politique était à peu près le suivant : à gauche on trouvait les Lumières, les gallicans (partisans d’une Église de France autonome de la Papauté), les jansénistes et les protestants ; à droite les partisans de l’autorité de l’État monarchique, les ultramontains (partisans de l’autorité du Pape sur l’Église de France) et les grands privilégiés, noblesse et haut clergé2.

Parmi ces « partis » de droite, au sens ancien, c’est-à-dire les tendances idéologiques, on trouve le fameux « parti dévot », très important durant tout le XVIIIe siècle, dont les sympathisants luttèrent contre les idées des Lumières, mais aussi contre l’impôt du vingtième qui frappait les privilégiés comme le reste du peuple. Cette mouvance, déjà réactionnaire avant même la Révolution, était en partie l’héritière de la Ligue catholique du temps des guerres de religion, l’extrême-droite d’alors, mais plus largement les défenseurs acharnés de l’alliance du Trône et de l’Autel, de l’ordre monarchique absolutiste tel qu’il s’était établi, société hiérarchisée et inégalitaire de privilèges et de corps constitués, refusant tout compromis avec les idées nouvelles.

Aujourd’hui, il est remarquable de noter que ces gens qui se prennent pour des révolutionnaires, et cherchent à se faire passer pour tels, Mélenchon et Corbière, pensent comme les conservateurs sous Louis XV, incarnent le parti dévot de la République socialiste. Ils crient au blasphème quand il devient à peu près évident pour tout le monde que Robespierre était un individu épouvantable, dont les bonnes intentions ne sauraient certainement pas racheter les horribles méfaits. Ils geignent à l’idée que la jeunesse ne soit corrompue par des idées nouvelles qui menacent l’ordre établi dont ils sont les héritiers, le régime qu’ils défendent et que l’on dira bientôt ancien.

Ce parti des dévots de la République socialiste se remplit chaque jour un peu plus. La clientèle de Mélenchon et de Corbière, ce ne sont plus des révolutionnaires qui veulent obtenir quelque chose, ce sont des conservateurs du collectivisme qui ont peur de perdre ce qu’ils ont ; d’où leur facilité à basculer au Front National.

Les récriminations vidéoludiques des deux personnalités du soi-disant Parti de Gauche sont représentatives de la mentalité ringarde de cette organisation, qui ne saurait satisfaire la sensibilité révolutionnaire du public traditionnel de l’extrême-gauche : quand on en est à faire parler de soi en critiquant l’activité des jeunes, à prendre une posture outrée face à une information aussi anecdotique, c’est que la fin n’est pas loin. Tant qu’ils restent dans le champ de l’échiquier politique actuel, ils peuvent faire croire qu’ils sont en rébellion contre l’ordre établi, se donner des airs frondeurs en tapant sur le gouvernement socialiste, mais ce genre de comportement rétrograde, ce réflexe de vieux aigris, est extrêmement révélateur de la nature profondément conservatrice du discours de ces gens… et de sa profonde incompatibilité, désormais, avec la sensibilité de gauche.

Même Zemmour et les fameux « réacs » n’adoptent pas des postures aussi ridiculement conservatrices que de s’en prendre au contenu d’un jeu vidéo en le qualifiant de « propagande » !

C’est pourquoi je parle de « soi-disant Parti de Gauche ». Parce que ce « parti » est la dernière tentative de l’arrière-garde socialo-communiste pour faire croire que l’idéologie socialiste a sa place naturelle à gauche, ce qui n’est plus le cas, mais demeure simplement un état de fait mensonger en l’absence, ou plutôt en l’attente d’une doctrine concurrente. Est-ce consciemment ou inconsciemment que ces gens ont abandonné les vocables de « communiste » et « socialiste » pour tenter de relancer leur vieille machine ? Je ne saurais le dire.

Ce qui est certain, c’est que Mélenchon et Corbière sont des conservateurs et ne sont à l’extrême-gauche que comme résidus culturels d’une époque révolue, et n’y sont écoutés que par habitude, et par un public vieillissant. Ils s’accrochent à une place qui n’est plus la leur. Ce sont les nouveaux ringards.

  1. Rappel : « également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés » est une phrase parfaitement univoque excluant toute progressivité de l’impôt ; dans le cas contraire on aurait dit « équitablement » et non « également ».
  2. Note : qu’on ne vienne pas me dire dans les commentaires « la gauche et la droite apparaissent avec la Révolution » ; qu’on se reporte à ce sujet à mes articles sur le clivage, notamment celui sus-cité.