Le socialisme amène-t-il les gens à agir plus moralement ?

Berlin 1989, Fall der Mauer, Chute du mur - Credit Raphael Thiemard (Creative Commons)

Dans cette étude, les chercheurs concluent que le socialisme a un effet négatif sur la moralité des gens.

Par le Minarchiste.

Berlin 1989, Fall der Mauer, Chute du mur - Credit Raphael Thiemard (Creative Commons)

Est-ce que le socialisme rend les gens plus vertueux que le capitalisme ? C’est une question que plusieurs chercheurs se sont posée, dont Dan Ariely, qui a récemment publié une étude fort intéressante sur le sujet.

L’équipe d’Ariely a mené son expérience durant cinq jours de décembre 2013, dans un centre civique de Berlin où les gens viennent cueillir leur passeport et/ou leur carte d’identité. Ils ont enrôlé 259 personnes dans leur expérience.

  • 134 étaient nés en Allemagne de l’Ouest.
  • 97 étaient nés en Allemagne de l’Est.
  • 24 étaient nés hors de l’Allemagne.
  • 4 n’ont pas mentionné leur lieu de naissance.

Les chercheurs voulaient mesurer si les participants originaires de l’Allemagne de l’Est communiste allaient avoir davantage tendance à tricher que ceux originaires de l’Allemagne de l’Ouest capitaliste. Évidemment, les chercheurs ne s’intéressaient pas nécessairement au lieu de naissance ou de résidence, mais bien au lieu d’origine familiale. L’échantillon final fut constitué de 98 Allemands de l’Ouest et 90 Allemands de l’Est.

Il est intéressant de noter que 84% des individus se considéraient simplement Allemands, plutôt qu’Allemand de l’Est ou de l’Ouest, ce qui démontre une certaine unité nationale, malgré l’existence d’une frontière artificielle ayant séparé cette nation en deux entités pendant si longtemps (1961-1989).

contrepoints 911 socialisme moralVoici le déroulement de l’expérience.

1) Chaque participant reçoit une enveloppe contenant 6 euros.

2) Il lance ensuite un dé 40 fois.

  • Avant chaque lancé, le participant mémorise s’il va choisir le résultat du dessus du dé ou du dessous.
  • Après le lancé, le participant note le chiffre apparaissant sur le dé du côté qu’il avait mémorisé.
  • L’expérience n’est pas supervisée, donc le participant peut tricher à sa guise.

3) Après les 40 jets, un moniteur choisit un chiffre au hasard entre 1 et 40, et le participant peut conserver la somme en Euro correspondant au chiffre qu’il a noté pour ce lancé. Donc si le moniteur choisit le chiffre 12, et que le participant a noté que le résultat avait été de 5, le participant peut garder 5 euros.

  • Le participant était au courant de cette récompense avant les lancés.
  • Le participant a un incitatif à noter des résultats plus élevés que la réalité pour obtenir une récompense plus élevée.

Le participant peut tricher de deux manières : 1) il peut décider de noter le chiffre du côté du dé le plus élevé plutôt que celui du côté qu’il avait mémorisé au préalable ; 2) il peut tout simplement inventer un résultat fictif. Ainsi, on peut statistiquement espérer un gain moyen de 3,50 euros. On pourrait aussi espérer un chiffre élevé (4, 5 ou 6) dans 50% des lancés.

Berlin 1989 Chute du mur Credit Raphael Thiemard (Creative Commons)Les résultats furent fort intéressants. Les Allemands de l’Ouest rapportèrent le haut du dé (4, 5, ou 6) pour 55% des lancés comparativement à 60% pour les Allemands de l’Est. Les deux chiffres sont statistiquement différents de 50% et différents l’un de l’autre avec une marge d’erreur de moins de 1%. Par ailleurs, les Allemands de l’Ouest ont rapporté un score moyen de 3.68 comparativement à 3.83 pour les Allemands de l’Est.

On constate donc que les deux groupes ont triché, mais que les Allemands de l’Est ont triché davantage (soit deux fois plus). Les résultats révèlent aussi que les participants ont surtout triché en rapportant le côté élevé du dé plus souvent, et non en inventant un résultat fictif. Les chercheurs ont aussi démontré que plus un participant était âgé, plus il avait tendance à tricher et que plus il était éduqué, moins il avait tendance à tricher.

D’autre part, les Allemands de l’Est né après la chute du mur ont triché significativement moins (19%) que ceux qui ont vécu dix ans de socialisme (28%), qui eux-mêmes ont moins triché que ceux qui ont connu vingt ans de socialisme (65%). Il semble donc que plus l’exposition au socialisme a été longue, plus le participant a tendance à tricher.

Les chercheurs concluent que le socialisme a un effet négatif sur la moralité des gens. Cet effet n’est pas engendré par la pauvreté relative, puisque les participants des deux groupes avaient un niveau de vie similaire. Ils évoquent trois raisons expliquant leurs résultats :

1) Le système communiste ne récompensait pas le mérite et l’éthique de travail. Les Allemands de l’Est étaient par conséquent moins motivés et considéraient le système comme injuste. Ils perçoivent donc la tricherie comme un moyen légitime de réparer l’injustice du système.

2) Le gouvernement communiste était censé exister pour le bien des citoyens, mais il n’existait en fait que pour le bien de l’élite (ce qui est inévitable sous un régime socialiste), ce qui engendrait une perte de confiance en la société devant une telle hypocrisie.

3) L’explication la plus importante (selon les chercheurs et moi-même) est que dans un système communiste, où tout manquait, les gens devaient être capables d’user de mensonges pour contourner les lois et règlements et tricher le système de manière à obtenir ce dont ils avaient besoin pour vivre. La tricherie et le mensonge sont donc devenus un mode de vie normalisé.

N’hésitez pas à montrer cette étude à ceux qui affirment que le capitalisme est un système corrompu d’exploitation de l’homme par l’homme qui incite à des actions immorales, pendant que le socialisme est un système vertueux qui élève l’humain au-dessus des vulgaires soubresauts des marchés. En réalité, c’est plutôt l’inverse !

Source : Ariely, Dan and Garcia-Rada, Ximena and Hornuf, Lars and Mann, Heather (19. June 2014): The (True) Legacy of Two Really Existing Economic Systems. Discussion Papers in Economics 2014-26, Ludwig-Maximilians Universität München.

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