Live streaming illégal : l’impuissance de l’État face à l’outrecuidance des pirates

Live streaming is ready! - OuiShare (Creative Commons)

Le live streaming est devenu l’un des enjeux de sécurité informatique les plus importants du moment.

Par Claire Delage

Live streaming is ready! - OuiShare (Creative Commons)

La Coupe du monde de football au Brésil a entraîné une forte hausse du live streaming audio et vidéo sur Internet – de 60 à 120% durant certains matchs de l’équipe de France et de 18% sur toute la période selon les chiffres de l’eStat’Streaming de Médiamétrie. Et ce qui n’était au départ que la simple apparition d’une nouvelle pratique, illégale certes, semble aujourd’hui s’être transformée en l’espace de quelques mois en l’un des enjeux de sécurité informatique les plus importants du moment.

En termes techniques, le live streaming est la transmission de flux de données en temps réel. Un paquet d’informations arrive sur l’ordinateur et si le débit de réception est supérieur au débit de restitution, la lecture commence. De manière plus compréhensible, lorsqu’un internaute désire voir un match de football par exemple, il lui suffit de se rendre sur un site de live streaming pour le visionner en direct depuis son ordinateur en seulement quelques clics. Un principe simple, au premier abord seulement, dont le succès a entraîné la création d’un gigantesque marché parallèle de live streaming dont l’illégalité n’est finalement plus le principal problème.

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent

Il n’aura pas fallu beaucoup de temps pour que hackers et autres pirates du web repèrent le filon et transforment les plateformes de live streaming illégal en l’un des principaux vecteurs de propagation de virus et autres logiciels malveillants. Selon un rapport de l’AISP, une association américaine d’experts en sécurité informatique, les plateformes de live streaming illégal, difficiles à tracer pour les autorités, constituent même un véritable danger – informatique, mais également financier – pour les internautes.

L’étude, intitulée « Illegal Streaming and Cyber Security Risks : a dangerous status quo ? » et mise en ligne le 1er octobre dernier, affirme que 97% des sites de live streaming illégal sont aujourd’hui infectés par des pirates, certains étant créés par les hackers eux-mêmes. Leur business modèle est simple, mais efficace : alors que l’internaute pense regarder tranquillement un match sur son ordinateur, son disque dur, loin d’être inactif, est piraté et ses données – des informations bancaires aux historiques de navigation en passant par les logins et mot de passe – se retrouvent mises à nues. En informatique, on appelle ça un Cheval de Troie. Dans la vraie vie, c’est tout simplement un désastre.

Un pouvoir public complètement dépassé

Et si cette omniprésence des pirates sur les sites de live streaming illégal n’a en soi rien de surprenant, l’impuissance des pouvoirs publics, voire leur absence totale de connaissance en la matière, est, elle, bien plus inquiétante. La Hadopi (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet) en est le plus parfait exemple. Mise en place en décembre 2009, elle est devenue en à peine 5 ans un sujet plus propice à la plaisanterie qu’à l’inquiétude chez les Français. Et il serait difficile de les en blâmer. Complètement déconnectée de ce qui se passe réellement sur la toile, elle n’a par exemple inclus le streaming dans son programme que fin 2011, se concentrant auparavant uniquement sur le téléchargement en pair à pair.

Une inefficacité qui ne vient pas de nulle part, mais bien des pouvoirs publics qui la dirigent depuis sa création. Rappelons tout de même qu’il y a trois ans, alors qu’il annonçait l’élargissement des compétences de la Hadopi au streaming illégal, Nicolas Sarkozy s’était attiré les foudres des plateformes de streaming légal, Deezer et Dailymotion en tête, en mettant sur le même plan le streaming légal et illégal. Lui, le créateur de cette autorité supposée endiguer le phénomène du streaming, avait montré aux yeux de tous son incompétence totale en la matière devant un parterre de journalistes consternés. Aujourd’hui encore, à écouter François Hollande et autres ministres du Numérique, il est évident qu’aucun de nos dirigeants ne comprend ce qu’il baragouine lorsqu’il est question de cybercriminalité, téléchargement en Pair à pair, streaming et live streaming ne faisant aucune différence pour eux, ni aucun sens d’ailleurs.

Finalement, alors que la France est le pays qui compte le plus de Start-ups en Europe, la plupart concentrées sur le numérique, il est affligeant de voir le peu de connaissances qu’ont les membres du Gouvernement sur ce sujet. Une absence de compréhension globale de ce milieu qui se ressent forcément sur les lois votées et leur efficacité. Et alors que ce cercle vicieux – dans lequel la stagnation des autorités se fera toujours dépasser par l’innovation constante des pirates – ne semble pas prêt de s’arrêter, ce sont les internautes qui en pâtissent le plus, ceci, en toute méconnaissance des faits bien évidemment.