Libertés : ce que la fin du secret bancaire signifie

pieuvre credits Marshall Astor (licence creative commons)

La dictature de la transparence dans le domaine de la banque n’est certainement pas une bonne nouvelle pour les libertés individuelles

Par l’auteur du site « Le Bobo libéral ».

pieuvre credits Marshall Astor (licence creative commons)

Les médias se félicitent que la majorité des États dans le monde mettent un terme aux secrets bancaires pour partager entre eux, sans retenu, les données relative aux comptes bancaires de leur citoyen.

C’est le triomphe de la transparence. Désormais l’époque de l’évasion fiscale est révolue. Et on célèbre cela comme une victoire tonitruante pour nos sociétés. On se réjouit enfin de châtier ces égoïstes qui impunément avaient caché ces richesses qui manquaient tant pour assurer le bon fonctionnement de nos collectivités. C’est un sursaut éthique dans un monde gouverné par l’intérêt et le profit.

Cette unanimité dans ces réjouissances est en fait inquiétante ; c’est même le signe patent d’une détérioration de la morale de notre époque. Curieusement, on s’indigne, et à juste titre, que la NSA soit en mesure d’écouter les conversations de tous, sans encombre, sur l’ensemble de la planète, violant ainsi l’intimité de chacun. Les médias se félicitent de ceux qui, avec courage, ont dénoncé cette agence américaine.

Mais quand il s’agit de s’ingérer dans les comptes bancaire. Pas la moindre levée de bouclier. Pas le moindre Snowden de la fiscalité. L’argent du citoyen lambda est exclu de la vie privée : il semblerait qu’il ne relève pas de l’intimité, qu’il échappe au domaine de propriété privée, qu’il ne lui appartient pas vraiment. Entre un médecin et son patient, on s’attache au secret professionnel, on défend l’intimité de la relation, on s’insurge même quand une assurance veut en savoir plus, mais pas entre un client et son banquier.

Et c’est bien logique, si l’on se place du point de vue de l’État. Pour l’État, l’argent de ses citoyens est sa seule source de subsistance. Il ne peut s’en passer pour exister. L’impôt, le fait d’imposer, ne fait l’objet d’aucune analyse morale ou éthique. En fait si, ce qui est perçu comme immoral est de ne point vouloir payer d’impôt. Et tenter de cacher ses richesses au fisc est perçu comme la pire des ignominies.

L’impôt comme spoliation

Oubliée l’époque où l’impôt était considéré comme une menace pour nos libertés. Au 19e siècle, on se méfiait de lui, on le critiquait souvent et on le considérait comme une des meilleurs armes de la tyrannie. Son usage devait être limité et temporaire ; c’était au mieux un mal nécessaire.

En effet l’impôt n’est au fond qu’un banal acte de spoliation, une violation de la propriété privée, dont son caractère véritablement dangereux se retrouve dans son institutionnalisation, dans la légitimité qu’il gagne à devenir légal et à se confondre avec le droit. C’est cela qui le différencie du pillage classique. Pire, avec le temps, l’impôt n’est plus perçu comme un vol déguisé, mais comme un élément constitutif de toute organisation sociale qui se respecte, voire même nécessaire à sa survie. Comment un État fonctionnerait-il sans impôt ? Ce serait aussi ridicule que de se demander comment un homme se passerait de nourriture.

D’ailleurs aujourd’hui, les hommes de l’État ne le limitent pas pour des raisons morales, mais par crainte que ces revenus s’effondrent à force d’épuiser les contribuables. C’est une des raisons pour laquelle la taxe n’atteint pas 100%. Le parasite n’est pas assez stupide pour assécher son hôte (enfin je crois).

Mais voilà, au-delà des barrières constitutionnelles (ou physiologiques) qui le limitaient, et des vents de révoltes fiscales qui le rappelaient à l’ordre, l’impôt était aussi contraint dans sa capacité de nuisance par la concurrence entre les États. Aussi bien par des niveaux de taxation différents, que par la possibilité de mettre à l’abri son argent dans un autre État, loin des griffes du fisc. N’oublions pas qu’en France, aux heures de Vichy, des membres de la communauté juive ont pu dissimuler leur fonds en Suisse, préservant ainsi leurs ressources et évitant à un État aux prétentions totalitaires de disposer de ces fonds, qui lui auraient donné plus de moyens pour agir (un État, aussi totalitaire et absolu soit-il, a besoin de moyens pour payer et récompenser ses sbires).

Que l’argent échappe en partie à un État, c’est aussi un moyen de limiter son pouvoir. Mais toutes ces considérations n’existent pas en notre ère de révolution sociétale permanente. L’asile fiscal n’est pas à l’ordre du jour. L’évoquer serait au mieux perçu comme ridicule, au pire dénoncé comme indécent et scandaleux. Soyons clair sur ce sujet. L’impôt finance les États, et ceux-ci sont l’alpha et l’oméga de la vie sur terre. Sans État, il n’y aurait plus de vie sur terre, ce serait le chaos permanent, la lutte de tous contre tous. Payer ses impôts c’est assurer la survie de l’humanité, et cacher sa richesse aux hommes de l’État, c’est refuser la paix et l’harmonie.

Désormais, les États voient leur pouvoir à nouveau renforcé, et les droits de propriété privée sont bafoués et reculent. Et ce qui est inquiétant, c’est que cela n’alarme personne. Pas la moindre voix d’indignation.

On s’en félicite, et cela nous prouve un peu plus tous les jours que la servitude est un acte, paradoxalement, volontaire.


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