Du rififi dans l’air concernant les fonds euros

Crash (Crédits : Pixabay, licence Creative Commons)

Le gouverneur de la Banque de France, le président de la FFSA et le secrétaire général de l’ACPR incitent les assureurs à la prudence.

Par Thibault Doidy de Kerguelen

euro-création monétaire CC Pixabay geralt
euro-création monétaire CC Pixabay geralt

Le gouverneur de la Banque de France monte au créneau

Mardi dernier, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a fait une déclaration dans laquelle il a estimé nécessaire que les assureurs fassent baisser significativement la rémunération de leurs contrats d’assurance vie, pour prévenir le risque d’une variation importante des taux d’intérêt.

« Il est très important que les compagnies d’assurances soient capables de faire baisser leur taux de rémunération et j’attends cette année une baisse significative », a-t-il déclaré lors d’une audition devant la commission des finances du Sénat. Le gouverneur a toutefois précisé qu’il s’attendait à ce que les taux d’intérêt évoluent « en douceur ».

La version officielle de ce risque énoncé est que la persistance des taux d’intérêt bas pèse sur les compagnies d’assurances car les obligations qu’elles achètent sont moins rémunératrices, ce qui réduit leurs marges. Il y a en réalité deux autres raisons à cette annonce. La première c’est le risque que représentent ou pourraient représenter dans les mois ou les années qui viennent les obligations françaises, colonne vertébrale des fonds euros. La seconde est que les placements en unités de compte rapportent beaucoup plus aux compagnies qui perçoivent des commissions d’achat et de vente, ne s’engagent à aucun rendement garanti et reportent le risque sur les actions.

Pour mémoire, l’an passé, les fonds euros – à capital garanti – ont rapporté en moyenne 2,8%.

Le président de la FFSA embraie derrière

Vendredi dernier, c’est Bernard Spitz, président de la fédération des assureurs, qui y est allé de son petit couplet : « Les épargnants peuvent être rassurés » de savoir que les taux de l’assurance-vie « allieront prudence et rentabilité ». Je ne sais pas si le terme « rassurés » est celui qui convient le mieux.

Deux déclaration à trois jours d’intervalle, cela n’augure rien de bon. La profession s’attendait à des rendements de l’ordre de 2,5% ou 2,6% pour 2014. Aurons-nous des rendements plus faibles, voire au plancher des garanties dès cette année ?

Le secrétaire général de l’ACPR en rajoute une couche

Dans Les Échos de vendredi, Fabrice Pesin, le secrétaire général adjoint du régulateur de la banque et de l’assurance, l’ACPR, évoque à son tour, fidèle aux éléments de langage, « un contexte unique dans l’histoire de l’assurance-vie, compte tenu des taux très bas ». Il appelle donc comme le gouverneur de la Banque de France et le  président de la FFSA, à la « prudence » et demande aux assureurs de se « constituer des réserves pour gérer cet épisode de taux bas, ce qui implique de ne pas tout redistribuer aux assurés au titre de l’année 2014 ». Et voilà, c’est dit (en novlangue), les taux de 2014 ne seront pas fidèles parce qu’il faut se constituer une réserve en vue des événements à venir.

Bon, même si vous ne croyez pas au risque sur les obligations françaises, la baisse des rendements des fonds euros devrait tout de même vous encourager à envisager d’autres placements, non ?


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