L’État n’est pas votre ami

l'Etat n'est pas votre ami rené le honzec

Le secteur privé crée de la richesse ; l’État, lui, ne sait que la dévorer

Par Steven Greenhut.

leviathan credits Josh Petersen (licence creative commons)

Les partisans de davantage d’État (qui semblent nombreux ces temps-ci) croient que ce dernier est le fournisseur le plus efficace et le plus humain de biens et de services. C’est une façon étonnante de voir le monde, mais il semble que nulle part on n’enseigne plus les merveilles du marché libre.

La dernière élection présidentielle américaine et les débats de l’assemblée législative de Californie illustrent ce phénomène effrayant. Les électeurs ont choisi un candidat qui a une foi impérissable dans le pouvoir de l’État, et même le candidat des Républicains n’a pas su expliquer clairement la leçon la plus évidente : pourquoi l’entreprise libérée est supérieure à la coercition étatique.

Je n’aime guère lancer à la volée des insultes comme « communiste », mais comment appeler autrement une assemblée législative où la vaste majorité bouillonne d’hostilité envers les entreprises privées, et ne cesse de faire éclore de nouveaux programmes d’intervention publique ?

Et pourtant partout où le regard se pose, l’État rate tout.

Le Sacramento Bee a publié un article instructif sur la manière dont une agence fédérale de protection de la nature remporte des contrats pour fournir des services de lutte contre les nuisibles que des entreprises privées fournissent déjà. Une des bases du gouvernement raisonnable est que le secteur public ne devrait pas faire ce que les entreprises privées font déjà ; mais à présent que l’État est illimité, personne ne semble plus s’en soucier.

Une bonne partie des coûts des Wildlife Services sont hors bilans, comme les retraites non provisionnées 1 et les frais généraux, ce qui fait passer l’agence publique pour plus concurrentielle qu’elle ne l’est vraiment. Au final, les contribuables paient la note de quelque chose qui devrait être payé par ceux qui engagent des prestataires pour ces services. Et l’État pousse des entreprises privées à la faillite.

Mais l’aspect le plus instructif de cette histoire est à quel point l’agence publique fournit des services exécrables. Elle est connue pour son approche maladroite de la lutte contre les nuisibles, ce qui inclut de massacrer des espèces en voie de disparition, et de développer une culture où les travailleurs cachent de tels massacres. L’agence a tout bonnement ignoré les demandes de réformes émises par des membres du Congrès ou des groupes de militants.

« L’agence appelée Wildlife Services suscite les préoccupations de ceux qui remettent en question ses méthodes de contrôle des prédateurs et d’autres animaux par élimination dans l’Ouest rural », rapporte le Sacramento Bee. « Plus tôt cette année et à plusieurs reprises, l’agence a ciblé la faune d’une manière qui a abouti à la mort de milliers d’animaux qui n’étaient pas ciblés, dont des animaux de compagnie, et peut déclencher des conséquences écologiques négatives et inattendues. »

Si une entreprise privée fonctionnait de cette manière, on viendrait lui réclamer des comptes : des démarches juridiques pour contrôler ses pratiques, des procès au civil par les gens dont les animaux de compagnie auraient été tués par la faute de l’entreprise, des poursuites au pénal pour avoir violé les lois de protection de l’environnement.

Mais l’État n’a pas à respecter les lois qui s’appliquent au commun des mortels. Plutôt que d’abandonner sur-le-champ ses pratiques, Wildlife Services suit son petit bonhomme de chemin, se mêlant de plus en plus d’une activité dont le marché privé s’occupe déjà, mieux et pour moins cher.
Comme l’article le soulignait, l’agence fédérale fonctionne pratiquement dans le secret, ce qui est une autre caractéristique des initiatives publiques. Toujours dans l’article du Sacramento Bee : « Ça a été une lutte acharnée », déclare Erick Wolf, directeur général d’une firme californienne appelée Innolytics, qui a développé une forme de contraception pour les pigeons et les bernaches du Canada avec l’aide des scientifiques de Wildlife Services au Colorado : « Tout ce qu’ils voulaient, c’était tirer, piéger et empoisonner, ajoute Wolf. Ils ne veulent rien envisager d’autre ».

L’État n’a pas à présenter de bénéfices, de telle sorte que ses motivations sont différentes. Les organismes publics sont à l’abri de toute surveillance significative. C’est pourquoi une agence publique pour la faune fait des ravages sur cette même faune, alors que les entreprises privées vont se spécialiser dans des approches non-mortelles. C’est la raison pour laquelle les États sont souvent les plus gros pollueurs.

Ces jours-ci, j’entends même des gens soutenir que l’État est le meilleur  fournisseur de services, parce qu’il n’a pas de but lucratif, ce qui reflète un niveau presque incroyable d’inculture économique, mais c’est un argument avancé par les fonctionnaires quand ils tentent d’exproprier les compagnies privées de fourniture d’eau, par exemple.

Les entreprises ont besoin de réaliser un bénéfice, mais le prix de leurs produits est déterminé par la concurrence, qui entraîne inlassablement les coûts vers le bas, et augmente leur efficacité à mesure que les fournisseurs les moins capables font faillite. Dans un marché libre, il n’y a pas de manière de se décharger de coûts privés sur le public, même si certaines entreprises font lâchement pression sur l’État pour obtenir des privilèges et des renflouements.

Le secteur privé crée de la richesse, alors que tous les efforts de l’État n’aboutissent qu’à la consumer

l'Etat n'est pas votre ami rené le honzecSi les partisans de l’efficacité de l’État avaient raison, alors l’Union Soviétique (où des milliers de tracteurs inutiles rouillaient dans des terrains vagues alors que les gens faisaient la queue pour le papier-toilette) aurait été l’économie la plus prospère au monde. Nous serions tous heureux au volant de nos Trabans, plutôt que de nos Toyotas, Fords ou Volkswagens.

Le secteur privé crée de la richesse, alors que tous les efforts de l’État n’aboutissent qu’à la consumer. Si mon voisin lance son entreprise, il doit attirer des clients sans employer la coercition. Il ne peut pas les forcer à fréquenter son entreprise ou à payer ses factures. Alors que lorsque l’État fait tourner une entreprise, il oblige tout le monde à subventionner ses opérations. Le secteur privé doit satisfaire les exigences des consommateurs ou bien perdre de l’argent. Les seuls clients de l’État sont les politiciens et les syndicats de fonctionnaires ; il n’est pas étonnant qu’il offre un service en dessous de tout et des produits exécrables.

Il n’a pas d’actionnaires à satisfaire, peu d’incitations à contenir ses coûts, pas de bilan à déposer quand il est en défaut.

Il y a deux façons de fournir des services : par le marché libre, qui excite l’initiative privée dans la mesure où les individus sont libres de poursuivre leurs propres rêves ; ou par le monde politique, où les fonctionnaires et le gouvernement prennent l’argent par la force (l’impôt) et protègent les monopoles légaux. Il y a bien une raison pour laquelle les syndicats d’enseignants, par exemple, se battent avec véhémence contre les écoles libres, le chèque-éducation et les autres systèmes concurrentiels qui les gêneraient.

Si nous voulons une société humaine, efficace et responsable, il nous faut moins d’État, pas davantage. Il faut que les partisans de la liberté comprennent vite comment mieux l’expliquer dans une société qui fonce vers un État omnipotent.


Traduction par Benjamin Guyot pour Contrepoints de « Big Government Is Not Your Friend », publié par Reason le 07.12.2012.

 

  1.  NdT : aux États-Unis, les pensions de retraites du privé sont provisionnées par les entreprises
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