Le PDG de GDF Suez, nouvelle cible des polémiques sur les retraites chapeau

Gérard Mestrallet CC Flickr Medef

L’ensemble de la gauche s’engouffre dans la polémique que souhaite monter en épingle la CGT à propos de la retraite du PDG de GDF Suez.

La lune de miel prolongée entre Valls et le Medef a le don d’agacer la gauche. Les électeurs doutent et il est bon de les rassurer à intervalles réguliers. C’est alors que ni une ni deux, l’ensemble de la gauche s’engouffre dans la polémique que souhaite monter en épingle la CGT à propos de la retraite du PDG de GDF Suez. Le dernier combat d’une gauche à bout de souffle ?

Par Luc Tardieu

Gérard Mestrallet CC Flickr Medef

Ce qui est bien avec la gauche, c’est qu’il suffit d’agiter un chiffon rouge pour que, de Besancenot le révolutionnaire, à Mélenchon le sénateur repenti du PS en passant par Manuel Valls le réformiste des mots, tous serrent les rangs et crient à l’infamie. La nouvelle de la retraite à 800 000 euros du PDG de GDF Suez Gérard Mestrallet, sortie par Le Canard enchaîné, va requinquer pour quelques jours (seulement) une gauche en mal de combat.

L’obtention du certificat de gauchisme

Que l’on soit « frondeur », dans le (gros) ventre mou du PS ou à l’aile droite tant honnie par les deux premiers, il faut régulièrement donner des gages de gauchisme aux électeurs. Si voter une loi qui plait au socle de gauche n’est pas très enthousiasmant, publier un tweet outragé ou venir verser une larme sur les plateaux télé et radio a des effets rajeunissants. Les électeurs se disent qu’au fond nos chers élus de gauche ne sont pas de mauvais bougres et qu’ils font ce qu’ils peuvent. On les dédouane un instant avant de revenir à la réalité et de constater que si rien ne va, leur part de responsabilité est grandissime.

La retraite du patron de GDF Suez est un exercice de style où la faute n’est pas permise pour tout homme (et femme) de gauche qui se respecte. Il va falloir attaquer fort pour se payer la tête du nouvel ennemi public numéro 1. Il ne doit rien rester après cet entraînement au tir où tous les participants auront le droit à un certificat de gauchisme en bonne et due forme. Les UMPistes et centristes en campagne qui se prêteront à ce jeu auront eux aussi le droit à un diplôme ès bien-pensance qu’ils appelleront brevet de progressitude ou d’humanisme. L’histoire fera la Une de la presse quelques jours. Et après ? Après, les Valls et la compagnie hollandaise chercheront avec le désespoir du condamné un autre sujet, un scandale, une affaire qui occultera leur pathétique ronde crépusculaire.

Vous avez dit retraite chapeau ?

Au fond quel est le malaise ? Pour la CGT tout est motif à se plaindre. La mise en place progressive de l’équipe qui succédera à Gérard Mestrallet en 2016 ou le montant de sa retraite sont autant de sujets qui peuvent justifier des prises de paroles braillardes qui ne font pas avancer d’un centimètre les choses. Nommer Isabelle Kocher au poste de directrice générale déléguée est une déclaration de guerre pour ce syndicat, et ce pour la bonne raison qu’elle vient d’une direction financière qui a réussi le tour de force de diminuer la dette du groupe en quelques années. Tout ce qui est financier est mauvais pour cette arrière-garde du syndicalisme français.

Gérard Mestrallet, enfant de GDF Suez où il est entré en 1984 est appelé à lâcher les rênes d’un groupe qu’il a fait grandir au point d’en faire un des géants mondiaux de l’énergie. Prendre la porte de sortie pour une question d’âge et non pas pour un mauvais bilan n’est pas honteux. Loin de là. Les 8 milliards d’euros investis chaque année illustrent la volonté de GDF Suez  de rester une référence dans son secteur d’activité. Le bilan est correct, mais pour tout syndicat qui se respecte, avoir la peau d’un patron est un devoir.

Quand le génial Thierry Lepaon, secrétaire nationale de la CGT intime l’ordre à l’État actionnaire à 33% de GDF Suez de forcer Mestrallet à renoncer à sa retraite conséquente, il oublie deux choses. Le salaire et la retraite ont été validés il y a déjà plusieurs années à plus de 99% par le Conseil d’administration. L’État a-t-il eu quelque chose à redire ? Rien si ce n’est qu’il a tout fait pour garder l’homme qui a fait de Suez ce qu’il est aujourd’hui. Aucun avantage individuel n’a été accordé à Mestrallet, il bénéficie juste des conditions de retraite négociées notamment par les syndicats comme celui de monsieur Lepaon. La deuxième chose que le gourou du syndicalisme CGTiste oublie également c’est qu’il n’existe qu’à travers les aides d’État. Le syndicalisme en France, sans le soutien critique des finances publiques, serait renvoyé à l’âge de pierre. La France est malade des donneurs de leçons qui bloquent tout et ne proposent rien.

Après près de vingt ans à la tête du groupe, il est somme toute logique que la retraite de Mestrallet soit importante. Elle est indexée sur son salaire, comme tout salarié lambda, et approuvée de manière publique et par tous les actionnaires, contrairement à un salarié lambda. La CGT se trompe une nouvelle fois de combat puisqu’elle sait que ceux qui importent sont peut-être déjà perdus d’avance.

La CGT et ses épigones vont se donner la main pour dénoncer l’infamie. Les Filoche de tout poil iront cracher sur les patrons petits et grands. La France, elle, perd son âme un peu plus chaque jour et envoie un nouveau signal à tous ceux qui ont le goût du travail et de l’effort : vous n’êtes pas les bienvenus. La France est la patrie d’un syndicalisme d’arrière-garde triomphant. Tâchons de dénoncer ce syndicalisme-là avant que les dégâts ne soient irréparables à l’heure de la compétition mondiale.