De l’impossibilité des réformes

Turgot (Image libre de droits)

Alors que les effets fastes de la parcimonie nouvelle de l’État se feraient sentir sur la durée, les effets néfastes pour les ex-bénéficiaires seraient immédiats.

Par Michel Desgranges.

Turgot (Image libre de droits)Je lis sous la plume d’un homme intelligent, qui a durant de longues années dirigé avec une rare compétence une « entreprise du CAC40 », qu’il serait bon de « réduire les dépenses de M. État de 12% (certes), et que cela pourrait se faire dans les dix ou quinze prochaines années ».

Ce dernier point est une impossibilité absolue.

M. État dépense, avec la largesse de qui n’a pas à se soucier de ses recettes, soit pour distribuer des salaires, pensions et gracieusetés diverses, soit pour acheter des biens ou produits que personne n’irait acquérir volontairement au prix ou sous la forme auxquels ils sont vendus. Ces dépenses de M. État provoquent chez leurs bénéficiaires une sensible satisfaction (plus ou moins grande) et même assurent à certains d’entre eux l’essentiel de leur subsistance.

Voyons maintenant quel serait l’effet de l’arrêt de ces dépenses.

Dépensant moins, M. État prélèverait moins, les citoyens verraient s’accroître leur revenu disponible, qu’ils pourraient affecter par un libre choix à telle acquisition ou tel investissement, et cette liberté profiterait à tous.

C’est là une vérité économique, et morale.

Mais qu’en est-il politiquement ?

Alors que les effets fastes de la parcimonie nouvelle de M. État se feraient sentir sur la durée (disons d’ici quelques années), les effets néfastes, pour les ex-bénéficiaires, seraient, eux, immédiats. Se voyant du jour au lendemain privés des bienfaits (en euros) qui les faisaient vivre, pour les uns, ou les gratifiaient d’un plaisant superflu pour d’autres, les victimes des économies manifesteraient, tout de suite, un vif mécontentement, de l’espèce qui promet au M. Président en place une prochaine déroute électorale.

En face, les bénéficiaires d’un bien futur ne se feraient guère entendre, d’autant qu’il est dans la nature de l’homme de crier plus fort son déplaisir que son contentement. Cette difficulté avait été fort bien perçue par Turgot lorsqu’il entreprit, au début du règne du malheureux Louis XVI, des réformes libérales ; malheureusement, trop certain d’avoir raison en théorie (ce qui était le cas), il ne sut trouver une solution politique, et échoua.

Turgot ne devait pourtant convaincre que le Roi et une poignée de ministres pour obtenir durablement leur soutien, un M. Président devrait gagner – pour dix ou quinze ans ! – l’adhésion de millions de citoyens élevés dans le mythe de l’heureuse redistribution (et justice sociale et autres turlupinades), ne rêvons pas.

Ce ne sont pas de prudentes et impossibles réformes qui changeront quoi que ce soit, mais une révolution totale, radicale, et immédiate.


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