Club Med : mort à l’ombre des cocotiers ?

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Le combat pour prendre le contrôle du groupe et le sortir des cotations boursières met à mal la marque au trident.

Par Luc Tardieu.

clubmed creative commonsLe Club Med est une marque bien connue en France, mais aussi à travers le monde. Des générations de vacanciers se sont pressées dans les fameux villages-vacances, mais aujourd’hui les GO n’ont plus vraiment l’envie d’amuser la galerie. Le Club Med est le théâtre d’un affrontement sino-franco-italien avec des risques réels pour l’avenir du groupe. Les quelques entreprises emblématiques de la France à l’étranger ont le chic pour se saborder. Une maladie française au goût de hollandisme qui ne passe pas.

Si personne ne doute qu’Emmanuel Macron et notre cher président vont nous sortir de l’impasse, les raisons de douter de la résilience des entreprises françaises sont légion. Fiscalité ubuesque, euro surévalué depuis des années, pouvoir d’achat aux abonnés absent, cadre légal qui confine à la bouffonnerie (même depuis le choc de simplification mort-né)… Les entreprises françaises n’ont plus les armes pour se battre sur la grande (et parfois terrifiante) prairie qu’est devenu notre univers mondialisé. L’espoir a quitté les entrepreneurs et petits patrons depuis longtemps, et seul le mirage d’avoir encore à son service de grandes entreprises berce d’illusions la bande d’autistes qui sert de gouvernement à la France.

Le sentiment de puissance met toujours plus de temps à se dissiper que la puissance elle-même. C’est vrai sur le plan militaire, diplomatique, politique et bien sûr économique. À chaque fois que la bulle finit par éclater, l’explosion fait plus qu’un léger « ploc », bien plus ! L’explosion tant redoutée aura-t-elle lieu avec le Club Med dont l’avenir se joue à coups d’OPA – hostile pour une, amicale pour l’autre – depuis plus d’un an déjà ? En pleine mutation depuis une dizaine d’année, le Club Med version Henri Giscard d’Estaing a opté pour la stratégie de la montée en gamme. Ce secteur est devenu au fil des années 1980-1990 bien trop concurrentiel avec des acteurs parfois performants quand d’autres se sont révélés très médiocres, mais suffisamment peu chers pour détourner la clientèle du Club Med. Fort du constat que le modèle économique initial était dépassé, la direction du Club Med s’est engagée sur la voie escarpée (mais salutaire) de la montée en gamme et de l’internationalisation. Une clientèle un peu plus aisée et qui n’a pas forcément la France comme référence culturelle est estivale.

Le court terme : piège mortifère des entreprises

En plus des obstacles déjà évoqués, les entreprises du XXIe siècle doivent faire face à une menace très pesante : l’obligation de résultats à court terme. Peu importe la stratégie (gagnante) de long terme, tout est fait pour contenter les actionnaires le plus rapidement possible. Pour sortir de cette ornière et se donner le temps de préparer l’avenir, la direction du Club Med souhaite quitter la Bourse et son fonctionnement aussi cruel qu’implacable. Pour cela elle avait misé sur ses deux principaux actionnaires Ardian et Fosun pour racheter les actions émises en Bourse. L’OPA a été court-circuitée par l’arrivée impromptue de Global Resorts de l’homme d’affaires italien Andrea Bonomi.

S’engage alors une lutte de haute volée entre tout ce petit monde qui ne voit pas l’avenir du même œil. À la stratégie internationale appliquée depuis plusieurs années, Bonomi préfère un recentrage en France. L’idée est noble et fait tilt auprès des chantres du made in France sauf que le concept n’a plus vraiment le vent en poupe et que le pari d’un public franco-français peut se conclure avec pertes et fracas. Autre différence de taille, la clientèle visée. L’Italien fait les yeux doux aux classes les moins aisées alors que les classes moyennes (voire moyennes-supérieures) sont dans la ligne de l’actuel PDG Henri Giscard d’Estaing. Et depuis un an donc, rien ou presque ne bouge dans l’attente de la conclusion de l’OPA. Amical d’un côté, hostile de l’autre, le combat pour prendre le contrôle du groupe et le sortir des cotations boursières (rappelons qu’il s’agissait de l’objectif initial) met à mal la marque au trident. Une entreprise qui n’avance pas est une entreprise qui recule.

La surenchère mise sur la table par Fosun et Ardian il y a quelques semaines sera peut-être l’ultime étape qui mettra fin à un jeu très dangereux. Le Club Med ne peut pas se permettre des atermoiements sans fin. En cela, les lignes sont parallèles avec celles d’autres entreprises elles aussi très connues comme Air France qui se paye le luxe d’une grève chiffrée à 280 millions d’euros. Air France ou carrément la France qui annonce des réformes spectaculaires pour ne rien faire in fine et se retrouver étranglée par une dette abyssale. Que l’on soit une entreprise ou un État, la stagnation est synonyme de régression. Pour ce qui est du Club Med, la partie peut encore être sauvée, pour la France, il faudra compter les survivants dans deux ans et demi.