Réformes : ça n’est jamais le bon moment !

horloge credits daniel lee (licence creative commons)

Les réformes ? Oui mais « le moment venu », « pas maintenant », « demain », « plus tard »… aux calendes grecques !

Par Nicolas Nilsen.

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Dimanche, dans un entretien au JDD, le ministre de l’Économie a ouvert une nouvelle polémique sur l’assurance-chômage et mis la gauche en ébullition en qualifiant la réforme d’insuffisante. « Il ne doit pas y avoir de tabou ni de posture » avait eu le malheur de dire le pauvre Emmanuel Macron au sujet d’une réforme dont tout le monde comprend qu’elle est indispensable. Mais, à gauche, ses propos ont aussitôt provoqué une levée générale de boucliers contre toute tentative de réforme. Ce n’est jamais le moment de réformer quoi que ce soit.

« Il y aura des négociations », a aussitôt affirmé l’Élysée mais « le moment voulu » et « pas immédiatement »… Pour Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste, « la gauche n’a pas de tabous, mais elle a quelques totems ». Et donc on ne touche à rien pour le moment ! Sur France Inter, Ségolène Royal a elle aussitôt appelé à ne pas modifier le système d’assurance chômage en déclarant : « L’assurance chômage est un acquis social et ce n’est pas en période de crise qu’il faut toucher à un acquis comme celui-ci. »

« L’immobilitude » de Ségolène

Voilà qui révèle au mieux l’immobilisme pathologique des politiques qui conduisent la France à la faillite : il y a des « acquis sociaux » et on ne les touche pas – surtout en période de crise !
Si on comprend bien Ségolène, ce n’est jamais le bon moment pour engager les réformes structurelles indispensables :

  • Quand tout va bien, il est inutile de toucher aux acquis, puisqu’il y a de l’argent dans les caisses de l’État et qu’il peut donc dilapider gracieusement les recettes et pratiquer sa grande générosité redistributrice en faveur de ses clientèles électorales.
  • Quand c’est la crise, eh bien il ne faut pas non plus toucher aux acquis parce que, précisément, il y a la crise et que les acquis doivent le rester !

Singulière façon de ne jamais réformer quoi que ce soit et de rouler les Français dans la farine.
Eh si, Madame Royal, c’est précisément quand on n’a rien fait pour réformer alors qu’ il était possible de le faire à froid, qu’il faut le faire à chaud en période de crise.

Plus rien n’est « acquis »

imgscan contrepoints 2013785 Hollande réformesContrairement à ce que vous pensez naïvement, rien n’est plus jamais acquis dans un monde qui bouge et est secoué par la concurrence internationale : il n’y a que des dépenses que l’on est – ou non – capable de financer. Quand les caisses sont vides et que les impôts et les cotisations ne rentrent plus, il faut bien diminuer les dépenses. C’est aussi bête que ça et c’est une loi économique : quand il n’y a plus de sous dans la tirelire – n’importe quel ménage le sait – il faut arrêter de dépenser. Sauf à s’endetter, mais même la gauche commence à comprendre qu’avec 2000 Mds de dettes il n’est plus possible de continuer à hypothéquer l’avenir en mettant les factures et les ardoises dans la poche des générations futures.

Même si on nous répète que « le-monde-entier-nous-l’envie » et que les Français « y sont attachés », le fameux « modèle français » n’est plus « acquis ». Bien sûr que les Français y sont attachés : ils l’ont financé ! Mais ce modèle mal géré depuis des années prend aujourd’hui l’eau de toute part et n’est plus financé. L’État-providence ruiné ne peut plus être un « modèle » ni continuer à financer à crédit des « droits acquis » et des statuts privilégiés. Et il serait peut-être sage que Madame Royal s’en rende compte avant qu’il ne tombe complètement en ruine et, sur le modèle grec, ne jette les Français dans la misère et dans la rue.

L’État-Providence lui-même ne fonctionne plus : il n’est plus en mesure d’assurer la providence justement, parce qu’il est ruiné et n’a plus le sou. Ce qu’il veut continuer à redistribuer gracieusement sans l’avoir dans ses caisses, il faut désormais qu’il l’emprunte pour le payer à crédit. Quand l’argent ne rentre plus, on ne peut plus le redistribuer, c’est aussi simple que ça. Quand les fourmis ont été tuées, mêmes les cigales crèvent !

Et vous nous dites, Madame Royal, que les « droits-z-aquis » sont « tabous » ? (Cambadélis dit qu’ils sont des totems – c’est dire le niveau de votre pensée magique de type vaudou.) Et que ce n’est pas le moment de réformer ? Au moment où même nos partenaires européens le demandent à une France qui cherche encore à repousser de deux ans l’objectif d’un déficit public limité à 3% du PIB ? Encore quelques instants Monsieur le bourreau !

Arrêtez donc de mentir aux Français Madame Royal. Arrêtez de leur dire qu’il y a des droits acquis et qu’on ne doit pas les réformer en période de crise. Arrêtez les « Après nous le déluge ». Arrêtez de fuir vos responsabilités. Ce « Courage fuyons » est indigne de ceux qui prétendent diriger un grand pays comme la France.

Réformez donc l’État avant de faire les poches des Français !

Arrêtez de toujours commencer par faire les poches des Français : commencez par réformer dans votre propre secteur : l’État et les collectivités locales. Ne commencez pas par la solution de facilité qui consiste à vous attaquer en priorité aux prestations des Français (prestations qui sont la contrepartie des cotisations qu’ils ont payées toute leur vie !).

Commencez par réformer l’État : limitez son périmètre, passez à la vitesse supérieure sur la réduction des gaspillages, supprimez des ministères inutiles, supprimez des préfectures et des sous-préfectures. Et ne me dites pas qu’il n’y a pas d’économies à faire de ce côté : dans un référé publié le 23 septembre, la Cour des comptes critiquait très durement la gestion territoriale de l’État et pointait du doigt le nombre trop important des préfets. On nomme deux fois plus de préfets qu’il n’y a de postes territoriaux à pourvoir, disait la Cour : sur 250 préfets, seuls 127 sont affectés à un poste territorial. Commencez par là, au lieu de vous attaquer aux petites retraites ou aux allocations familiales ! Et continuez avec les DDE et les DDA et les DRAC et autres services de l’État au niveau départemental ou régional…. Arrêtez de perpétuer les doublons administratifs, remettez de l’ordre dans toute cette organisation bureaucratique coûteuse qui gaspille l’argent des Français.

Ce serait bien « d’entendre crier l’État »

François Hollande a eu le toupet, le 30 septembre, de dire que si « on entendait crier » dans les rues, c’était bien parce qu’il faisait des réformes !

Si vous n’entendez pas crier c’est que nous ne faisons pas d’économies. Donc vous voyez, vous entendez.

Mais le problème, précisément, est qu’on n’entend pas beaucoup crier dans les ministères ! Ce serait bien d’entendre crier : ce serait la preuve qu’on supprime des commissions, des comités Théodule, des organismes bidons, des ministères inutiles ou obèses, des préfectures ou des sous-préfectures inutiles ! Pourquoi n’entend-on pas crier dans ce secteur ? Même la Cour des Comptes demandait récemment qu’on y réduise les dépenses en agissant notamment sur les primes des fonctionnaires « héritées du passé et devenues inadaptées » ; en gelant les effectifs dans les ministères dits prioritaires et en poursuivant la baisse dans les autres ; en augmentant la durée effective du travail dans les administrations. Et pour les collectivités territoriales en ne remplaçant pas un fonctionnaire sur trois dans les fonctions publiques territoriales et hospitalières ; en revoyant les règles d’avancement, la durée du travail et les primes etc.

Puisque la Cour des Comptes vous demande depuis des années de réformer l’État, pourquoi Madame Royal dites-vous que ce n’est jamais le moment ? Il est évidemment plus facile de s’attaquer en priorité aux petites retraites des petites gens et aux allocations familiales que de s’en prendre à votre grande bureaucratie d’État et à vos collectivités territoriales !

Pourquoi vous accrochez-vous à ce que vous appelez les « droits acquis » pour ne rien changer ? Vous savez très bien que, sur les 50 milliards d’économies annoncées par le Gouvernement, la Cour des Comptes a indiqué qu’environ 30 milliards étaient encore « peu documentées et incertaines » ! Documentez-les justement au lieu de défendre vos tabous et vos totems.

Et si vous ne voulez pas que les allocations-chômage soient diminuées pour ceux qui ne cherchent pas activement un emploi, alors réformez immédiatement la formation professionnelle et Pôle emploi en profondeur : pour que les millions de chômeurs trouvent enfin des emplois. Sinon ils finiront par se révolter contre votre scandaleuse inertie ! C’est plus urgent que de faire voter une loi interdisant les sacs plastiques.

En proposant de ne rien réformer, surtout en période de crise, et en laissant la dette augmenter, vous ne provoquez pas seulement l’échec de votre camp politique ; vous condamnez les Français à la misère. Ou à la révolte. Sans doute même les deux : l’une puis l’autre.


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