Nucléaire : pour 50 EPR de plus…

Centrale nucléaire du Tricastin (Crédits : Sancio83, Image libre de droits)

50 réacteurs nucléaires de troisième génération EPR (European Pressurized Reactor) en 2050 permettraient de produire l’électricité dont la France aura besoin.

Par Michel Gay.

Centrale nucléaire du Tricastin (Crédits : Sancio83, Image libre de droits)

Le Président de la République actuel a déclaré ne pas vouloir démarrer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires pendant son mandat à échéance en 2017. La future mise en chantier des EPR pourra être décidée, au mieux, à partir de cette date. En supposant le début des travaux en 2018 et des durées de construction de sept ans, les derniers chantiers devront débuter 25 ans plus tard, soit en 2043, pour disposer de 50 EPR en 2050. La construction de deux EPR par an en moyenne sera donc nécessaire pendant 25 ans.

Ils cumuleront une puissance de 80 GW capables de produire 600 TWh par an. Or, avec une augmentation de la consommation de moins de 1% par an, comme actuellement, pendant 35 ans, la France aura besoin de 700 TWh par an d’électricité vers 2050. L’hydraulique (60 TWh) et les énergies fossiles (40 TWh) continueront à assurer les brusques variations de la demande au cours de l’année, comme aujourd’hui.

La croissance de la population (64 millions aujourd’hui, 70 millions prévus en 2050) ainsi que l’augmentation des usages de l’électricité pour succéder aux énergies fossiles dans le transport (essence, diesel) et surtout dans le chauffage des logements, magasins et bureaux (fuel et gaz), accroîtront le besoin d’électricité. La pointe de puissance pourra atteindre 130 GW : 75 GW seront fournis par les EPR, 20 GW par l’hydraulique, et 35 GW par le gaz et le charbon qui resteront utiles pour répondre à la demande de la pointe de consommation en absence de vent (éoliennes) et de soleil (photovoltaïque).

Une politique industrielle volontariste consisterait à lancer un plan de substitution progressive des installations nucléaires existantes par de nouvelles, plus puissantes, capables d’assurer le futur besoin en électricité de la France.

Même si la France ne voulait assurer que 50% de sa production électrique grâce au nucléaire, la construction de 35 réacteurs avant 2050 s’impose.

L’Administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) Bernard Bigot déclarait le 10 avril 2014 dans Industrie-Techno :

« Le nucléaire garde toute sa pertinence (..). Il est notamment incontournable pour se substituer aux énergies fossiles et compenser l’intermittence et le caractère diffus des énergies renouvelables. Il offre de plus une stabilité des prix dans le temps ».
« Pour que nous puissions assurer notre indépendance vis-à-vis des énergies fossiles, et que l’énergie nucléaire puisse couvrir demain 50% des besoins en électricité, conformément aux objectifs fixés par le Président de la République, il faut lancer la construction de 35 réacteurs. On ne peut pas estimer que la durée de vie des centrales actuellement en fonctionnement excédera les 55 ou 60 ans1. À l’horizon 2050-2055, toutes les centrales qui existent aujourd’hui auront été arrêtées. Il faut donc construire avant de fermer, d’autant plus qu’entre le lancement d’une centrale et sa connexion au réseau, huit à dix ans s’écoulent.
En France, entre 1973 et 1990, nous avons lancé trois à quatre centrales chaque année. (…) Aujourd’hui, une planification raisonnable au rythme d’une centrale par an serait plus pertinente.
(…)
Le problème aujourd’hui est de gérer le plutonium, ce que les réacteurs actuels ne permettent pas. D’où l’importance d’aller vers une quatrième génération, permettant le multi-recyclage du plutonium. À l’horizon 2050, il nous faudra à la fois un parc de réacteurs à eau pressurisée type EPR ou Atmea2 et un ou deux réacteurs à neutrons rapides. Ce qui permettra d’envisager l’avenir du parc nucléaire non pas sur 50 ans mais sur… plus de 8000 ans ! »
 » Une phase de décision doit intervenir en 2019 (…) ce qui nous mène vers 2040 pour un premier réacteur industriel «  (à neutrons rapides).

L’enjeu est d’adopter une véritable politique énergétique ambitieuse, un « pacte », pour au moins les 50 prochaines années. C’est ce pacte nucléaire en 1973 qui a permis une énergie abondante et peu chère3 jusqu’à aujourd’hui. Il a été une des raisons du développement de nos industries et de la croissance en France.

Avons-nous les responsables politiques capables de renouveler ce pacte industriel et économique fondé sur le nucléaire pour produire abondamment et à bon marché l’électricité dont la France aura besoin en 2050 ?

  1.  En France, il n’existe pas de limitation de la durée de vie d’une installation nucléaire. Le décret n° 63-1228 du 11 décembre 1963 relatif aux installations nucléaires ne prévoit pas de durée de vie (ou de fonctionnement). Il indique qu’un réexamen de sureté peut-être demandé par l’autorité de sureté pour chaque réacteur au terme de périodes de 10 années de fonctionnement.
    Référence : rapport de l’OPECST de mai 2003 sur la durée de vie des centrales nucléaires
  2.  Co-entreprise d’AREVA et Mitsubishi Heavy Industry (MHI) créée en 2007, ATMEA a conçu ce réacteur de 1100 MW en se fondant sur les technologies des réacteurs de troisième génération comme l’EPR.
  3.  L’électricité en France est 40% moins chère que la moyenne européenne pour les ménages et 50% moins chère qu’en Allemagne