Dette publique : des conditions favorables, mais jusqu’à quand ?

Les conditions de financement de la dette publique française sont appelées à se dégrader inexorablement. Voici pourquoi.

Par Sylvain Fontan.

dette publiqueLes conditions de financement favorables que connaît, aujourd’hui, la France sont exceptionnelles et ne dureront pas éternellement. Dès lors, si la France ne profite pas de ce contexte favorable pour remédier à son endettement excessif, c’est la souveraineté même de la France qui en pâtira.

Situation exceptionnellement favorable mais intenable

La France bénéficie de conditions de financements très favorables. En effet, alors que le taux d’emprunt de la France sur le long terme se situe aux alentours de 5%, la France emprunte en moyenne sur l’année 2014 à 2%. Le pays emprunte même sur la seconde partie de l’année à des taux historiquement bas avoisinant les 1,35%. Grâce à cette « performance » meilleure que prévue, la France a engagé des frais financiers moindres qu’initialement anticipés. Toutefois, ce résultat exceptionnel ne reflète pas une bonne situation de l’économie française, mais il renvoie à un contexte international particulièrement favorable.

Le gouvernement français se félicite des conditions favorables de financement du pays. Il lie le fait que les taux actuels sont historiquement bas à ses décisions de politique économique alors même qu’avant son arrivée au pouvoir il accusait les marchés financiers d’être en partie à l’origine des problèmes de la France. Si ces déclarations sont le lot habituel du jeu politique il n’en demeure pas moins que la réalité économique est différente car les conditions favorables de financement sont largement indépendantes de la France. Au regard des fondamentaux économiques français et des politiques mises en œuvre, le taux normal de financement devrait être de l’ordre de 4-5% et pas de 1-2% comme c’est le cas actuellement.

La France jouit actuellement d’une combinaison d’évènements particulièrement favorables. La politique monétaire menée par les grandes banques centrales (États-Unis, Japon et Europe) conduisent à injecter d’énormes quantités de liquidités dans le système financier. Dès lors, il faut un réceptacle à toutes ces liquidités pour qu’elles puissent se placer. Or, en Zone euro, et à l’exception de l’Allemagne, les deux seules autres dettes ayant la capacité d’absorber ces quantités de liquidités sont les dettes espagnoles et italiennes. Cependant, les craintes concernant la capacité de ces pays à honorer leurs engagements financiers limitent l’appétence des investisseurs internationaux pour la dette de ces pays. Dans ces conditions, la dette française se révèle attractive car elle présente des spécificités : (1) elle est « liquide », c’est-à-dire qu’elle s’échange très facilement, (2) la France à une capacité avérée à lever l’impôt si nécessaire pour honorer sa dette, (3) sauf à revenir très loin dans l’histoire (Révolution française) les prêts ont toujours été remboursés, (4) l’épargne des français est très élevée et l’État pourrait le cas échéant être tenté de « piocher » dedans, et enfin (5) les besoins de financement de la France sont tels qu’elle a la capacité d’absorber de grandes quantités de capitaux.

Les conditions de financement sont appelées à se dégrader

En effet, le choix des marchés de placer leurs capitaux en France plutôt que dans d’autres pays s’apparente plus à un pis-aller qu’à une conviction. La dette française se distingue des autres uniquement grâce à des conditions exceptionnelles et non grâce à de bonnes performances économiques. De plus, le fait que le taux soit historiquement bas induit qu’il ne peut qu’augmenter à terme. Enfin, lorsque la reprise économique interviendra en Zone euro et que la politique monétaire des grandes banques centrales sera moins accommodante, alors la situation sera moins favorable. En effet, d’une part les liquidités cherchant à se placer seront moindres et plus regardantes et, d’autre part la meilleure « santé » des pays du Sud de l’Europe feront que la dette émanant de ces pays sera plus attractive pour les investisseurs. Dès lors, cette évolution se traduira mécaniquement par un détournement des investisseurs de la dette française et entraînera une hausse des taux.

Dans ce cadre, la crédibilité de la France à tenir ses engagements budgétaires et ses objectifs de croissance semble fortement hypothéquée car : (1) les investisseurs étrangers estimeront que la France est incapable de maîtriser sa dette, ce qui les amènera à s’en détourner ; et car (2) pour se financer, la France devra alors accepter des taux d’intérêts plus élevés qui viendront encore diminuer la soutenabilité de sa dette jusqu’à ce qu’un jour celle-ci soit réellement impossible à financer et que le pays soit obligé de renoncer à des dépenses de manière brutale.


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