Politique française : comment libéraliser ?

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Il est grand temps de mettre l’individu au centre du jeu politique pour assurer l’épanouissement de la citoyenneté.

Par Fergane Azihari.

 

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La crise de la représentation démocratique que vivent les citoyens français semble altérer les fondations du contrat social. Le sentiment des individus qui n’ont pas l’impression d’être suffisamment considérés dans l’élaboration des règles qui régissent leur vie quotidienne s’apparente à celui d’une servitude aux antipodes de l’idéal de liberté qui fonde la démocratie. Mais cet essoufflement constitue une opportunité de réécrire le contrat social. Après soixante-six années de régime rythmé par un césarisme présidentiel dans un environnement politique oligopolistique, le tout conformément au paradigme jacobin, il est grand temps de mettre l’individu au centre du jeu politique pour assurer l’épanouissement de la citoyenneté. C’est tout l’intérêt d’une VIème République parlementaire, pluraliste, fédérale et post-nationale.

Abolir le césarisme présidentiel au profit d’un régime parlementaire

Les Français aiment crier leur républicanisme sur tous les toits. Leur régime n’en reste pas moins l’un des plus monarchiques d’Europe. Parmi leurs concitoyens européens, seuls les Roumains ont un régime politique plus ou moins semblable à la Vème. Le Conseil de l’Europe leur recommandait de s’inspirer du régime gaulliste pour éviter de démocratiser leur pays trop vite. Difficile de faire plus monarchique qu’un régime qui consacre la toute-puissance d’un exécutif qui ne rend pas de compte et qui assujettit un « Parlement » réduit au rôle de vulgaire chambre d’enregistrement. Une démocratie forte requiert pourtant une assemblée forte vis-à-vis de l’exécutif. Un régime parlementaire reviendrait à accroître la responsabilité des gouvernants par rapport aux gouvernés. Cela amoindrirait la dimension hiérarchique du pouvoir politique et le rapport de domination qui en résulte en confortant la liberté politique et l’égalité juridique des citoyens. Le Chef de l’État se contenterait d’un rôle d’arbitre. Le Premier ministre serait élu à travers la représentation parlementaire et serait titulaire de l’intégralité du pouvoir exécutif. Sa responsabilité ainsi que celle de son collège aurait enfin un sens. Le parlementarisme valoriserait le débat d’idées alors que le semi-présidentialisme actuel insiste davantage sur le plébiscite d’une personnalité en entretenant tous les cinq ans le mythe de l’homme providentiel. Mais l’instauration du parlementarisme n’est pas suffisante pour résoudre les problèmes démocratiques de notre société. Libéraliser la vie politique française passe aussi par l’abolition du bipartisme.

Abolir le bipartisme oligopolistique au profit d’un pluralisme concurrentiel

La qualité de l’offre politique ne satisfait plus la demande citoyenne. Or cette qualité n’a aucune chance de s’améliorer compte-tenu du manque de concurrence. Le mode de scrutin actuel bénéficie aux partis les plus puissants qui se voient placés dans une situation oligopolistique. Les partis en position dominante ne ressentent aucunement le besoin de produire une offre politique de qualité pour rester au pouvoir. Au contraire, la proportionnelle intégrale induirait plus de concurrence. Il serait plus facile pour n’importe quel mouvement citoyen d’entrer en politique. La vie politique serait moins élitiste. Il en découlerait une compétition accrue qui obligerait les partis (notamment les plus puissants) à innover et à produire une offre politique de qualité sous peine de perdre leur électorat. Ce phénomène serait amplifié avec la suppression des subventions. Les citoyens ne seraient plus contraints de financer via l’impôt des partis auxquels ils n’adhérent pas. Les mouvements politiques deviendraient plus dépendants de leurs adhérents et sympathisants et donc plus responsables vis-à-vis de ces derniers. Ils seraient obligés d’être plus attractifs et donc plus démocratiques et transparents. Les partis politiques étant de véritables lieux de pouvoir et d’expression citoyenne, leur démocratisation interne est consubstantielle à celle de la vie politique française. Parachever le processus de démocratisation requiert enfin l’abolition du jacobinisme. C’est ainsi qu’il faut amorcer la construction d’une véritable culture de la subsidiarité tout en cessant de fonder l’action politique sur l’identité nationale.

Abolir l’État-nation jacobin au profit d’un fédéralisme post-national

Si la démocratie est la forme de société dans laquelle les individus sont libres d’édicter les règles qu’ils s’appliquent, le modèle unitaire et centralisé propre au jacobinisme n’est assurément pas la forme la plus pure de démocratie. Ce modèle tend au contraire à nier la singularité de l’individu au profit d’une dictature de la majorité uniformisante. Une véritable démocratie encouragerait au contraire une décentralisation maximale des pôles constitutionnels, législatifs et administratifs afin de les rendre plus respectueux de la diversité des réalités individuelles. Le fédéralisme requiert donc que l’on cesse d’amalgamer égalité juridique et uniformité constitutionnelle et législative. Tous les citoyens seraient égaux devant les ordres juridiques auxquels ils décideraient de se soumettre. En outre, la liberté de circulation due à l’absence de frontière permettrait à l’individu de choisir l’offre politique qu’il préfère sur un espace géographique donné. Cette concurrence politique libérerait les initiatives politiques locales. Les territoires seraient libres d’expérimenter de nouvelles formes de démocraties. Chacun s’inspirerait des réussites et des échecs des voisins.

La fin du jacobinisme doit enfin être parallèle à celle de l’État-nation. Il s’agit là d’un concept liberticide qui autorise l’État à régenter l’identité de l’individu pour mieux la soumettre à un cadre arbitrairement défini. De plus, conditionner l’exercice des libertés individuelles à l’allégeance à une identité nationale revient à exclure de la Cité l’individu coupable de ne pas partager l’identité dominante. Il en découle un autre rapport de domination du fait d’une institutionnalisation de la xénophobie qui bride l’universalité de la liberté. Cela dénature logiquement son corollaire, la démocratie. La citoyenneté devrait au contraire être rationnellement fondée, c’est-à-dire octroyée en fonction de la résidence en lieu et place de l’allégeance à cette religion qu’est la nation.