Haute fonction publique : ceux qui en vivent et ceux qui la font vivre

Comme le faisait remarquer judicieusement Clemenceau, à l’instar des étagères, plus un fonctionnaire est haut placé, moins il sert.

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Haute fonction publique : ceux qui en vivent et ceux qui la font vivre

Publié le 5 octobre 2014
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Par H16.

masque à gaz credits Petri Damsten (licence creative commons)

On pourrait croire qu’il est doux d’être haut fonctionnaire en France, mais il n’en est rien. Certes, la haute fonction publique a ses avantages, mais comme le faisait remarquer judicieusement Clemenceau, à l’instar des étagères, plus un fonctionnaire est haut placé, moins il sert. Ceci entraîne inévitablement deux effets pervers que tout individu à leur place ressentirait naturellement.

D’un côté, les hauts fonctionnaires, sentant confusément mais de façon répétée que leur utilité est plus que discutable, s’ennuient parfois et se perdent souvent dans des considérations ou des projets ineptes, d’autant plus facilement d’ailleurs qu’ils sont pilotés par une caste politique pour laquelle l’ineptie est devenue, au fil du temps, un modus operandi.

De l’autre côté, la hauteur de leurs fonctions leur interdit mécaniquement de prendre part à la vie du petit peuple qu’ils administrent avec un bonheur disons… fluctuant. En conséquence, le peuple ne les connaît pas et les considère comme une caste de privilégiés, de par leurs salaires, leurs avantages, leurs réseaux ou leurs connaissances. De cette façon, ces hauts fonctionnaires se sont lentement mais sûrement rapprochés dans l’imagerie populaire du clergé de l’Ancien Régime. Après tout, ce sont eux qu’on retrouve derrière les discours des élus et des politiciens d’importance. Ils jouent le rôle d’éminences grises et dirigent les domaines que la caste élue s’est octroyés.

Cette proximité métaphorique est renforcée par le fait qu’ils ont tous reçu la même formation, l’ENA étant à ce sujet devenu une véritable caricature de Xerox, où chaque promotion est la reproduction mécanique de la promotion précédente, avec tous les soucis que comporte une copie de copie : affadissement, perte de contraste, bavures, impuretés qui grossissent. Or, ce formatage est autant idéologique qu’intellectuel, et ajoute au caractère « doctrinaire » de ces corps et des individus qui en sont issus : une même école de pensée (étatiste, centralisatrice, jacobine, républicaine, dans laquelle toutes les solutions passent par l’État d’une façon ou d’une autre) et une même façon de concevoir le monde, au début tendrement décalée, maintenant outrageusement ridicule où la France est encore une puissance majeure, baignant dans la richesse et les opportunités, œuvrant pour le bien de toute l’Humanité (au moins) et éclairant le monde de sa lumière philosophique et culturelle.

Comme on le voit, le constat est sans appel : la France souffre d’une fracture nette entre sa haute administration et le peuple qui la fait vivre. Ce problème est fort gênant : on ne conduit pas un peuple qui regarde ailleurs, écoute peu et se méfie de ses leaders. Pas de doute : si l’on veut sortir la France de l’ornière autiste dans laquelle elle est tombée, il faut rapidement contourner cet écueil.

Pour cela, on peut commencer par décloisonner ces pauvres hauts fonctionnaires. Leur faire prendre l’air et découvrir le monde réel sera une excellente démarche qui rafraîchira les idées qui circulent encore dans les corps d’élite. On pourrait ainsi les envoyer en stage pendant un ou deux ans dans différentes entreprises privées, pas grandes, pas connues, pas au service de l’État. Les exemples abondent, mais avouez qu’imaginer Pepy, actuellement chargé de la SNCF, faisant un stage chez un artisan-tailleur pour lequel la prise des mesures est une seconde nature, ça ne manquerait pas de sel. De même, Mongin, le haut fonctionnaire chargé de la RATP, pourrait gagner à passer plusieurs mois chez un horloger, qui lui apprendrait sans doute l’importance de la précision chronométrique qui fait cruellement défaut au service public parisien.

Inversement, histoire de mesurer à la fois l’écart entre le réel et leur vision du monde et la nécessité d’avoir des gens si qualifiés pour faire leur travail, on pourrait envisager de placer à leurs postes ces petits patrons de PME qu’ils remplaceraient, dans une version vitaminée de « Vis ma vie de haut fonctionnaire » pour les uns et « Vis ma vie de patron de PME » pour les autres. Difficile d’imaginer que leurs remplaçants feraient pire puisqu’en matière d’administration (comme en matière de législation ou de fiscalité, d’ailleurs), ne rien faire du tout est, bien souvent, le gage d’une amélioration sensible et mesurable. Et ce rafraîchissant changement de têtes dans les hautes sphères de l’État entraînerait sans doute un renouvellement salutaire des idées, ces petites choses rigolotes qu’on n’a plus vues à ces endroits-là depuis près d’un demi-siècle…

En réalité, cette expérience, purement intellectuelle, ne sera jamais possible. D’une part, on ne peut pas écarter complètement le fait que des patrons de PME, même sans les diplômes prestigieux de nos hauts fonctionnaires, fassent aussi bien voire mieux qu’eux, ce qui engendrerait inévitablement des problèmes pour justifier l’existence même de ce corps si particulier.

D’autre part, rien n’interdit d’imaginer que les hauts-fonctionnaires, une fois en place dans ces entreprises, ne prennent goût à la réalisation d’un travail réellement productif, proche des clients et loin des magouilles et compromis politiques permanents que les grandes administrations leur réservent.

Pourquoi ne pas imaginer que ces individus, intellectuellement bien dotés, ne trouveraient pas dans le travail dans le privé et dans le secteur concurrentiel un vrai sens à leur vie ? Et au pire, découvrant tout l’abrutissant mépris dans lequel les administrations tiennent les PME françaises, nos si importants personnages prendraient toute la mesure des vexations qu’ils font subir aux entreprises, indirectement et par le truchement des entités qu’ils dirigent…

À n’en pas douter, la stupeur et l’effroi qu’engendreraient ces constats interdisent une telle expérience au pays du principe de précaution, même si elle pourrait produire une administration plus fine, plus juste et plus efficace. Ce serait trop beau, et on est en France. Un peu de sérieux, que diable !


Article publié initialement dans les Enquêtes du contribuable.

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  • Chouette, encore du H16 !

    Pourquoi ne pas imaginer que ces individus, intellectuellement bien dotés, ne trouveraient pas dans le travail dans le privé et dans le secteur concurrentiel un vrai sens à leur vie ?

    Intellectuellement bien dotés, on devrait se poser la question de cette réalité. Je dirai « bien formés pour être au dessus de l’étagère et n’en pas tomber » et rien d’autre !

    Sinon, on n’en serai pas là.

  • Je n’ai rien à redire, le passage sur l’ENA est particulièrement éclairant 😀

  • Le stage ne serait pas complet sans un passage conséquent par le service comptable d’une entreprise.

  • On a des beaux spécimens d’énarques en France, entre les clowns du genre Jacques Cheminade, les remplisseurs de vide du type Jacques Attali, les intermittents du spectacle comme François Asselineau et les autres planqués superflus du genre Harlem Désir…

  • Plutôt q’un stage en entreprise, il vaudrait mieux les envoyer créer leurs propres entreprises, qu’ils auraient l’obligation de faire vivre pendant au moins 10 ans, avec au moins 10 employés.
    On peut rêver…

    • Ils trouveraient une dérogation, une loi, un aménagement spécial pour eux. Une exonération de taxes, etc…

      Ces gens sont complètement inutiles. Ils le savent enfin ! Champagne.

  • Très belle photo !

    Belle lumière automnale, mais que fait ce gars exactement au milieu d’une route avec une trompe d’éléphant ?

    Le frétillant Montebourg, nous propose de nous rendre notre économie. Comprendre dans le langage politique, bon, c’est la merde, on s’est bien gavé, mais là, on est grillé. Alors, on vous laisse les dettes.

    Sympa les gars de nous rendre enfin notre liberté une fois que l’on est bien pauvre et qu’on l’a au fond du trognon.

    Pendant ce temps la Doxa de Philipeli (désolé pour les fautes sur ce nom) fait des ravages. Pfff !

    • C’est vrai que sans le bonhomme, la photo est très belle, c’est l’éléphant qui se balance sur une toile d’araignée, mais à un moment ça doit faire crac…

      • Oui, il est un peu gras l’elephant. J’ai pas osé de peur de blesser qq’un.

      • Ou voyez vous un éléphant ?
        je ne vois qu’un masque à gaz particulier ❗

        • C’est Moi qui parle d’éléphant et comme vendredi je chantais des comptines sur les éléphants, il n’a fallu qu’un neurone de connexion pour que j’écrive cela. Je ne me permettrais aucune comparaison entre ce monsieur est un éléphant, je ne le trouve pas si gros que cela, après tout dépend à partir de quel poids vous vous considérez comme gros…!

  • La tres belle photo d’illustration, a ce sublime article (on est quand meme ici habitue au standard – H16 produit de bons articles comme Duflot de mauvaises lois), cachez moi cette odeur que je ne saurais sentir, resume a merveille l’ethique de la profession. Elle suggere meme une prise de conscience, personnelle, quant a l’odeur degagee par l’enarque qui serait comme un pas dans la bonne direction. Comme le disait si bien hier Philippe P. dans son article sur Contrepoints « T’en as pas marre de voir des dingues », seule la prise de conscience du malade quant a sa condition permet d’envisager le traitement.

    Ou alors on pourrait craquer une allumette…

  • On peut toujours rêver de hauts fonctionnaires qui découvriraient les réalités de ceux qui produisent vraiment les richesses qu’ils s’empressent de « consommer » avec avidité, mais il faut être réaliste.
    Pourquoi ne pas, tout simplement, exiger de chacun d’eux une définition précise de leurs objectifs concrets pour chacune de leurs missions afin d’évaluer après un temps précis si lesdits objectifs ont été réellement atteints. En cas de réponses négatives plus de deux ou trois fois, sanction: rayé de la fonction publique. Je suis certain que l’écrémage serait vite fait.

  • « imaginer Pepy, actuellement chargé de la SNCF, faisant un stage chez un artisan-tailleur pour lequel la prise des mesures est une seconde nature, ça ne manquerait pas de sel. »
    Alors celle là elle est grandiose!!! Félicitations pour cette perle…

  • il y a 3 façons de couler une entreprise!! la 1ère, que le patron entretienne une ou plusieurs maitresses,la 2ème, c’est le jeu, poker,roulette etc!! la 3ème c’est d’embaucher un énarque!
    les 2 premières sont les plus agréables et la 3ème la plus efficace!!
    vous voulez toujours que les énarques fassent des stages en entreprise?????????

    • « la 3ème c’est d’embaucher un énarque »

      Notez qu’on dit la même chose des polytechniciens. Le problème c’est que dans ces grandes écoles, on bourre volontiers le mou des étudiants pour leurs expliquer qu’ils sont les meilleurs. Et jamais on ne leur apprend que l’expérience est toujours plus importante que la théorie.

      • « Et jamais on ne leur apprend que l’expérience est toujours plus importante que la théorie. »

        Et pourtant, j’aimerais bien vivre en Théorie. Parce qu’en théorie, tout va toujours très bien.

  • bonne introduction que je partage mais il manque les détails pour les fonctionnaires en dessous. Plus la hiérarchie est élevée et plus l’inutilité est grande.

    • C’est bien ce qui est dit 🙂

      • sauf que l’histoire des étagères qui représente le statut du fonctionnaires du hors classe au tout petit C non titulaire est une image. C’est bien de vouloir supprimer et après c’est le deluge ?. Ça sera l’anarchie ?. Rien. En vouloir au haut fonctionnaire est. une liberté. En vouloir a tous les fonctionnaires est une déraison. Supprimer sans apporter une quelconque précision à leur insu est insensé

        • j’oubliais de dire que depuis cette hauteur de classe, ils ne voient pas ce qu’il se passe sur les routes. Matériel rutilant avec la griffe CG, employés à 9h les mains dans les poches donne une drôle d’image lorsque l’on doit payer les impôts fonciers.

          • Il ne s’agit pas de supprimer tous les fonctionnaires.
            Comme vous le voyez, certains abus donnent du grain à moudre à ceux qui veulent moins d’état.
            Si ces gens étaient dans une entreprise privée, ils ne feraient pas la pause n’importe comment.

            J’en ai vu pelleter à la main comme des bagnards sous le soleil, même si pas trop chaud +- 22C, à 4 et en rythme, pendant quelque 30 minutes.
            Eh bien, la pause qu’il faisaient de 5 à 10 minutes était justifiée. Boire, se rafraîchir, quoi que de plus normal ?
            Et c’était une entreprise privée.
            Quelqu’un m’a quand même fait la remarque des pauses. J’ai du expliquer.

          • C’est une histoire d’encadrement et de formation professionnelle. Il doit y avoir la même chose dans les entreprises privees avec les bons et mauvais responsables

  • D’ailleurs je n’arrive pas à comprendre mes concitoyens…Ils manifestent par centaines de milliers quand il s’agir de mariage gay mais quand ils ne manifestent jamais contre le chômage, les hausses d’impôts (juste les bretons) ou le déclin économique voir la bureaucratie tentaculaire.
    Y a vraiment quelque chose qui tourne pas rond chez les Français, pas juste les politiciens français.

  • On vit dans une république monarchique. Les hauts fonctionnaires constituent une noblesse d’Etat qui remplace celle du sang d’autrefois», dit Yvan Stefanovitch, auteur d’un édifiant Aux frais de la princesse (Jean-Claude Lattès, 2007). Il faut supprimer l’ENA – une vraie école soviétique – et ouvrir l’administration aux personnes venant du privé, ainsi la consanguinité cérébrales sera éliminée. Rappelons que parmi les présidents des banques française, le seul PDG qui n’est pas un énarque et ancien fonctionnaire et celui de Crédit Agricole. Edifiant ! Les pays qui ont amélioré leur compétitivité économique et la solidarité ont pris les mêmes chemins : renforcement de leur base productive, allègement de l’Etat, recentrage des transferts sur les risques essentiels pour améliorer leur caractère social tout en réduisant leur part dans le PIB, environnement favorable au développement économique (législation, marché du travail, services publics, mécanismes de redistribution, éducation, recherche).

  • Au fait, quel est le crétin qui a inventé l’ENA?
    Par contre, les crétins qui leur ont donné le pouvoir, je connais. Ce sont les français qui votent pour eux.

  • Ça va mal. Il faut un responsable, un coupable, un bouc émissaire. L’ENA ! C’est bien ça. Les énarques sont jeunes, ils viennent de milieux aisés, ils ont du pouvoir… Tout ce qu’il faut pour susciter la vindicte populaire. Jetez-leur la pierre dit h16 ! Et trop contente, la foule des frustrés, en rajoute. Salauds d’énarques, pendez-les haut et court ! ça défoule.
    Dire que je me suis abonné à Contrepoints car je pensais y trouver des idées originales et inspirées par un certain libéralisme ! Je résilie. C’en en trop.
    Mon cher h16, vous avez une plume agile et plaisante. Quel dommage que votre seule contribution à la Pensée consiste à déverser les flots votre bile amère dans ces colonnes.
    En d’autres temps vous auriez mis votre (petit) talent au service de « Je suis partout »… Et quel bouc émissaire auriez-vous trouvé ? Je vous laisse deviner.

    • oui Franck, je vous comprends. Les énarques encadrent la haute fonction publique. Il y a aussi la basse fonction publique et la fonction publique intermédiaire. La petite fonction publique est écrasé par le haut.

    • la vérité , fâche . moi je vais m’abonner .

      • Le doigt montre la lune et l’imbécile regarde le doigt. Continuez à vous polariser sur les énarques si ça vous chante…

    • Les énarques sont jeunes,

      Si vous le dites, c’est que c’est vrai. Donc vous êtes jeunes et énaaaaarrrrrrque ❗

  • Les élus croient que la dépense publique est la solution et que la croissance vient de l’État. Ces croyances sont une foi et la France est gouvernée par une théocratie.
    Le Dieu est la dépense publique, le clergé est les fonctionnaires et le peuple est le Tiers état, il doit payer la note. Les entrepreneurs payent la noblesse et le clergé. https://www.youtube.com/watch?v=XsE-yYKSOwk

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