Genre et liberté

femmes au travail credits state library of virgina collections (licence creative commons)

Le décloisonnement des rôles sociaux attribués à chaque sexe doit pouvoir conduire à la liberté de s’en émanciper.

L’heure est peut-être venue, pour contrer ou, à tout le moins, dissiper certains malentendus, de promouvoir, au côté de l’égalité, le premier principe de notre triptyque républicain : la liberté.

Par Jimmy Charruau.

femmes au travail credits state library of virgina collections (licence creative commons)

La question des femmes se réduit le plus souvent aujourd’hui à la problématique de l’égalité des sexes.

C’est d’ailleurs en ce sens que les féministes ont mobilisé la notion de genre dans les années 1970. Puisque ce concept interroge l’origine naturelle des sexes pour les projeter dans le social et rendre compte du caractère construit de leurs rôles respectifs, il leur a permis de contester l’institutionnalisation des différences de positions et de rôles sociaux attribués aux femmes et aux hommes. Cette dénaturalisation des rapports sociaux a en effet conduit à la délégitimation de certaines inégalités sociales jugées patriarcales et faussement expliquées par des considérations d’ordre biologique. Autrement dit, ce que la nature avait traditionnellement permis de masquer, le genre a permis de le dévoiler pour mieux le combattre. Dès lors, le genre n’a été mobilisé que pour promouvoir l’idée d’égalité des sexes.

Si cette démarche a le mérite de rendre lisible l’action menée et le but qu’elle poursuit, l’utilisation de la notion de genre a néanmoins cristallisé nombre de tensions qu’ont su récemment exprimer les virulentes polémiques autour des ABCD de l’égalité expérimentés à l’école.

L’égalité des sexes, souhaitée, est aussitôt assimilée au gender condamné. Et l’on assiste alors aux critiques les plus curieuses visant à brouiller le message porté initialement par les études de genre : ce concept conduirait insidieusement à l’indifférenciation des sexes. Honnis petits garçons et petites filles, chéris individus asexués ! Le genre, envisagé uniquement sous le prisme de l’égalité, sert alors de vecteur à une critique qui amalgame allègrement « égalité » et « identité ».

Liberté c. Égalité

Si elles sont contestables, ces invectives présentent néanmoins l’intérêt de soulever la limite principale et largement indécelable (car paradoxalement trop évidente) des études de genre : celle de ne s’être axé que sur l’idée d’égalité.

L’heure est peut-être venue, pour contrer ou, à tout le moins, dissiper certains malentendus, de promouvoir, au côté de l’égalité, le premier principe de notre triptyque républicain : la liberté. Car c’est bien la liberté que le genre entend avant tout consacrer : la liberté d’exercer toute profession, la liberté d’occuper l’espace public, la liberté de jouir d’une pleine appartenance à la société… bref, la liberté de trouver son identité sociale et politique sans que cette entreprise ne soit dictée par une quelconque norme sociale oppressante. Le décloisonnement des rôles sociaux attribués à chaque sexe doit pouvoir conduire à la liberté de s’en émanciper (ou non, là se trouve la réelle liberté).

Ce changement de paradigme opéré, la critique de l’indifférenciation des sexes ne pourra qu’être moins virulente, voire inexistante car privée d’objet. L’exigence de liberté ne fait que rendre compte de la dualité des sexes et de leurs différences. C’est parce que la femme enfante qu’elle doit être libre de pouvoir avorter. C’est bien parce qu’elle est susceptible de tomber enceinte qu’elle doit pouvoir accéder librement à la contraception. Ce n’est qu’une fois cette marge de liberté ouverte, que l’égalité pourra alors jouer.

Plus que jamais les études de genre doivent donc axer leur analyse sur la liberté et laisser de côté, pour un temps, l’égalité trop longtemps et ostensiblement affichée. Retournement principiel qui ne pourra que conduire à la réhabilitation sociétale du concept de « genre » lorsque l’on sait que les Français acceptent davantage la protection de la liberté (48%) à celle de l’égalité (34%) (sondage Ifop du 6 mai 2014). De la division à la mobilisation, il pourrait n’y avoir qu’un mot.