Entreprise : le profit reste le nerf de la guerre

Xavier Fontanet

N’en déplaise à Xavier Fontanet, il semblerait que le profit est ce qui permet à l’entreprise de durer : sans profit, une entreprise est vouée à la mort.

Par Philippe Robert.

Xavier Fontanet
Xavier Fontanet

 

L’ancien président d’Essilor International, Xavier Fontanet, désormais professeur affilié de stratégie à HEC, vient de publier Pourquoi pas nous ? dont, au même titre que son premier ouvrage, je me suis délecté avec, toutefois, une interrogation existentielle concernant sa façon de considérer le profit. En effet, à moins de n’avoir pas compris que M. Fontanet maniait une forme d’humour dont le sens m’a alors totalement échappé, j’ai été fort surpris de lire les lignes suivantes (pp. 36 & 37) se rapportant à la défense de l’entreprise et donc tout naturellement, me semble-t-il, à celle du profit, l’auteur nous faisant alors part de sérieuses réserves :

Il faut bien dire que la défense de l’entreprise a souvent été prise par des ultralibéraux qui sont aussi des universitaires et des théoriciens. J’ai du respect pour les travaux de Milton Friedman, mais en disant que l’entreprise est là essentiellement pour faire du profit, il en donne une image caricaturale.

Dont acte mais que d’amalgames, mes aïeux !

À titre personnel, j’éprouve une grande admiration pour Xavier Fontanet à mes yeux justifiée par une réussite hors du commun à la tête d’Essilor International. Mais il m’apparaît néanmoins que le profit représente aussi le nerf de la guerre qui permet à une entreprise de fonctionner durablement : sans profit, une entreprise est vouée à la mort.

Dans son dernier ouvrage L’État de connivence – En finir avec les rentes, Jean-Marc Daniel fait grand cas des travaux du prix Nobel d’économie (1971) Simon Kuznets (1901-1985) qui a consacré toute sa vie de chercheur à essayer de comprendre et de décrire le processus d’expansion économique, donc de la croissance :

Son premier constat est que la croissance repose sur la diffusion du progrès technique qui, dans les années 1890, prit la forme de l’automobile et de l’électricité pour soutenir la croissance au XXème siècle. Il complète ce constat en affirmant que ce progrès technique est porté par l’investissement. Celui-ci est au centre de la croissance, faisant de l’entreprise qui en est le vecteur l’acteur primordial de l’enrichissement, et faisant du profit qui le finance la clé de tout.

S’agissant de la primauté du profit en économie (politique), je ne manquerai surtout pas de citer le chancelier Helmut Schmidt, cet homme d’État de gauche, qui fut l’auteur inspiré de la célèbre formule résumant en une seule phrase le fonctionnement optimum de l’entreprise :

Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain.

Une formule lapidaire que le professeur d’économie à ESCP-Europe-Paris Jean-Marc Daniel traduit comme suit en un langage compréhensible par tous sauf à être de mauvaise foi :

L’entrepreneur a besoin de profits : ils financent ses investissements ; ils sont la mesure de son inventivité, la récompense des risques qu’il a pris, la confirmation de son génie.

Nul n’ignore à quel point nos dirigeants actuels, peu ou prou responsables du chômage de masse qui règne en France, sont obsédés par l’urgence de créer de l’emploi à court terme tant leur réélection en dépend. Et pourtant, ne connaissant (presque) pas les lois de l’économie, les voici le plus souvent condamnés à mettre la charrue devant les bœufs !

Cette obsession naît du refus d’accepter le théorème de Schmidt sur l’enchaînement des profits, de l’investissement et des emplois (…) si l’on veut modifier la fiscalité des entreprises pour agir en faveur de l’emploi, il s’agit moins de baisser les charges ou les salaires que de baisser les impôts sur l’investissement et sur les profits. Il faut préserver les profits et non directement les emplois car les profits créent les emplois.

En conclusion de mon propos, je dirai simplement qu’il ne faut pas avoir peur d’appeler un chat un chat même et surtout quand rôde le terrorisme intellectuel à la sauce socialo-communiste dont notre pays, hélas, s’est fait une spécialité et qui le ronge maintenant depuis soixante-dix ans et plus. Mais je crois que les choses bougent enfin et dans le bon sens.


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