Le socialisme en tartan ou l’incroyable déclin de l’Écosse

kilt écosse credits erwan macintosh (licence creative commons)

L’Écosse étant réduite à néant par le socialisme, il faut se réjouir du camouflet infligé au SNP.

L’Écosse est un exemple de ces grandes nations réduites à néant par la pauvreté intellectuelle du socialisme et c’est pour cela qu’il faut se réjouir du camouflet infligé au SNP.

Par Flavien Tulliez.

kilt écosse credits erwan macintosh (licence creative commons)

Le 19 septembre 2014 au matin, les résultats du référendum sur l’indépendance de l’Écosse tombent ; c’est un résonnant « no, thanks » pour Alex Salmond, chef de file du Scottish National Party (SNP), au pouvoir depuis 2007. Revenons maintenant sur l’escapade indépendantiste et le contexte qui la sous-tend.

Il fut un temps où l’Écosse était plus connue sous le nom de « Scotlanistan » dans les îles britanniques ; un petit État rivé par des luttes internes, scindé entre l’Ouest et l’Est, entre les Highlands et les Lowlands, terrain sur lesquels les Épiscopaliens et les Presbytériens se livraient une guerre sans merci. Un pays déchiré par les luttes de clans dont les dernières disparurent seulement à la fin du XVIIème siècle1 et en marge économiquement. L’Union a largement changé cela depuis sa consécration en 1707 à la suite d’un traité où beaucoup de concessions furent faites pour que les Écossais puissent y entrer.

Parmi ces concessions, on notera notamment des indemnités versées à des personnes clés suite à l’échec de l’installation de la colonie de Darien dans l’actuel Panama en 1695 qui avait été un désastre retentissant, car un grand nombre d’Écossais y avaient investi leurs économies. Le traité d’Union fit aussi la part belle à diverses mesures protectionnistes. Toujours est-il que l’Union apporta une stabilité politique à une Écosse qui l’avait rarement connue au cours de son histoire antérieure, caractérisée par sa turbulence endémique.

L’Écosse hier et aujourd’hui

C’est sous l’Union que l’Écosse prit enfin son envol et devint un centre majeur de l’excellence académique en Europe avec l’Université d’Édimbourg qui attira notamment un grand nombre d’étudiants d’autres pays européens, bien qu’une partie soit due au retour d’étudiants écossais qui transmirent leurs connaissances acquises auprès d’autres grands centres européens, comme l’Université de Leiden aux Pays-Bas. C’est encore sous l’Union que l’Écosse devint un foyer des Lumières avec David Hume, Adam Ferguson, William Robertson, John Hutton, Joseph Black, William Cullen et tant d’autres. C’est sous l’Union que les esprits les plus brillants de l’Écosse firent les plus grandes avancées technologiques, scientifiques. C’est encore sous l’Union que l’Écosse fournit au Royaume-Uni ses plus brillants explorateurs, les Écossais tinrent d’ailleurs un rôle de premier rang dans l’administration des colonies de l’Empire britannique, pour ce que cela vaut2. C’est enfin sous l’Union que l’Écosse devint un moteur de la Seconde Révolution Industrielle. Il était une époque pas si lointaine où la région autour de Glasgow produisait près de 50% des locomotives dans le monde.

Et qu’est devenue l’Écosse aujourd’hui ? Ces jours-ci, l’Écosse est en retard sur le plan économique. Elle comporte un certain nombre de zones où règnent la pauvreté et la violence. Le voisinage de Glasgow – qui a voté majoritairement pour l’indépendance jeudi – comprend en son sein des quartiers où l’espérance de vie est inférieure à celle de la bande de Gaza. Dans certains counties, la dépense publique atteint des proportions dignes de l’URSS de la fin des années 1980 : 76% en Argyll et Clyde, 74% dans le Lanarkshire, etc3. La campagne entière du SNP pour l’indépendance s’est essentiellement résumée à avancer que le tentaculaire État-providence écossais serait de toute manière financé par la rente pétrolière. Pourtant, la production d’or noir a baissé de 6% en taux annuel moyen entre 1999 et 2010. Nombreux sont ceux comme l’Office for Budget Responsibility (OBR) qui prédisaient à une Écosse indépendante un point de PIB en plus sur le déficit budgétaire.

L’Écosse est aujourd’hui sur tous les plans violemment socialiste : elle a envoyé 41 députés travaillistes sur les 59 dont elle dispose à Westminster. La région autour de Glasgow est un bastion travailliste et est caractérisée par une stagnation économique permanente et une grande pauvreté malgré les milliards dépensés. L’Écosse a pris ce tournant dans les années 1980 lorsque Margaret Thatcher décida de laisser les industries traditionnelles, devenues insoutenables, s’effondrer plutôt que de contraindre le contribuable à les financer en pure perte. Il est vrai que l’Écosse disposait alors de nombreuses industries lourdes, dont les chantiers navals, qui pâtirent de cette politique.
Cependant, que serait-il arrivé si cela n’avait pas été fait ? Les vieilles industries se seraient-elles maintenues ? Au fond, la réponse à cette question est connue, mais le fait est que la seule mention du parti conservateur provoque des frissons en Écosse.

Le SNP défend depuis sa création la « gratuité » d’un grand nombre de services (santé, université, transports, maisons de retraite, etc.) tout en affirmant que les impôts seraient diminués à l’indépendance, par on ne sait trop quel miracle. Le fait est que cela sonne vrai pour beaucoup de gens en Écosse, malheureusement. Pourtant, un certain nombre d’effets pervers ressortent, même si le lien n’est pas fait sur place. Un exemple que je connais bien, ayant passé un peu de temps sur les bancs de l’université écossaise moi-même, est la « gratuité » des frais d’inscription à l’université pour les Écossais ; la règle devait être généralisée aux étudiants ressortissants d’États membres de l’Union européenne sous les règles de non-discrimination, de fait, les universités font venir plus d’étudiants extérieurs à l’Union européenne (ou à l’Angleterre qui échappe par une étrangeté juridique au principe). De facto, les étudiants écossais sont de moins en moins représentés dans leurs propres universités car ils ne rapportent pas assez aux universités qui tombent sous les lubies du SNP. Par « gratuité », il faudra bien entendu retenir la définition socialiste du terme qui signifie « payé par autrui ou via les impôts et les cotisations ».

Ne plus être gouverné par les Tories

Ce socialisme en tartan est devenu la norme en Écosse où le consensus est que l’État doit être le seul fournisseur de services comme la santé et l’université. La campagne s’est ainsi focalisée sur le fait que le Royaume-Uni est gouverné par un Premier ministre conservateur alors que l’Écosse a en 2010 de nouveau massivement voté pour le Labour, a fortiori celui de Gordon Brown – lui-même originaire de Fife, county écossais. L’un des argumentaires principaux – faute d’une meilleure désignation – du SNP fut ainsi de demander l’indépendance pour que l’Écosse ne soit plus jamais gouvernée par les Tories. Ce slogan rencontra un écho certains dans les bastions travaillistes (dont Glasgow) qui firent défection et votèrent pour l’indépendance le 18 septembre. Alex Salmond lui-même entra au SNP – après une rupture avec sa petite amie anglaise selon certains récits – et fit partie d’une faction particulièrement virulente, connue sous le nom de 79 Group (après la débâcle électorale subie par le SNP en 1979), qui défendait l’instauration d’une république marxiste en Écosse, rien de moins4. On notera aussi que l’un des lieutenants proches de M. Salmond est Jim Sillars qui fit lui-même partie de ce groupe et s’illustra encore récemment en menaçant de nationaliser BP pour ses positions unionistes. Ce sont ces personnages qui firent en sorte de transformer le SNP en un parti encore plus radicalement à gauche que le Labour.

Comment l’Écosse a-t-elle pu en arriver là ? D’un pays qui vit naître parmi les plus grands esprits de l’humanité et conduisit le monde vers la modernité en alliant la puissance des esprits écossais aux capitaux et à l’ingénierie anglaises, à un pays caractérisé par la dépendance d’une grande partie de la population à l’État-providence et miné par le socialisme, partout et toujours cancer de la société ? L’Écosse a tout bonnement perdu son chemin. Autrefois, l’Écosse était un pays pauvre mais farouchement attaché au concept de self-reliance, malgré le presbytérianisme et le clanisme. L’Écosse était alors mue par la croyance calviniste et l’éthique du travail, par un fort attachement à la méritocratie – ce qui peut étonner au vu d’autres dogmes centraux du calvinisme, dont la « dépravation totale » et l’anti-méliorisme – qui donnait notamment à ses écoles (alors privées) une excellence qui a depuis bien disparu.

Aujourd’hui, qui peut-on citer parmi les grandes personnalités écossaises contemporaines ? Il ne reste plus de scientifiques écossais de classe mondiale, plus d’écrivains, plus de médecins, etc. Tout juste pourra-t-on citer la gloire en rapide déliquescence de Sean Connery qui ne pâlit pas à jouer le rôle d’un champion de l’Union, James Bond, malgré sa carte de membre au SNP et son soutien à l’indépendance (mais pas à la politique fiscale écossaise au vu de son exil sous des cieux exotiques) ou encore le charme tranquille d’Ewan McGregor (pro-Union). Le socialisme n’est jamais que, comme le disait si bien Winston Churchill, « une philosophie d’échec, la croyance de l’ignorance et l’évangile de l’envie ; sa vertu intrinsèque est la distribution égale de la pauvreté ». Aujourd’hui, une bonne partie des Écossais ont abdiqué de leur bon sens, pourtant autrefois si emblématique de cette partie de l’Union, ont préféré lâchement abandonner la première des souverainetés : celle sur sa propre personne, pour se livrer entiers à l’asservissement à l’État-providence et la médiocrité que celui-ci encourage en tous temps et tous lieux.

C’est pour cette raison qu’il faut se réjouir de l’échec du référendum. La position libérale en France a essentiellement consisté à soutenir l’indépendance écossaise au motif que la sécession régionale constituerait inévitablement un mieux par rapport aux États-centralisés, mais cela me semble être une erreur de jugement basée sur une méconnaissance profonde du contexte écossais. Le gouvernement de David Cameron a énormément de défauts, mais il a au moins permis quelques coupes ciblées avec une fonte des effectifs de la fonction publique et une diminution marquée des impôts. Par conséquent, la croissance est repartie au Royaume-Uni avec des taux de chômage qui rattrapent rapidement leur niveau d’avant-crise.

D’où il ressort que les racines du déclin écossais sont assez simples à comprendre : l’attachement irraisonné à une « philosophie » économique surannée, la croyance inébranlable dans le planisme d’État et la médiocrité de tout régime socialiste qui vise à empêcher le succès individuel pour mieux contrôler et enrégimenter la population. L’Écosse n’est qu’un autre exemple de ces grandes nations réduites à néant par la pauvreté intellectuelle du socialisme et c’est pour cela qu’il faut aussi se réjouir du camouflet infligé au SNP, même si cela retardera la guérison pour le reste du Royaume-Uni qui continuera probablement de subir les députés travaillistes élus en Écosse et envoyés à Westminster.

  1. La dernière bataille clanique eut lieu près de Spean Bridge en 1688, cf. T. M. Devine, The Scottish Nation 1700-2007, Penguin Books, édition 2006, p. 170.
  2. T. M. Devine, Scotland’s Empire 1600-1815, Penguin Books, édition 2004.
  3. T. M. Devine, The Scottish Nation 1700-2007, Penguin Books, édition 2006, p. 649.
  4. T. M. Devine, The Scottish Nation 1700-2007, Penguin Books, édition 2006, p. 600.
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