Exonération de charges, reports de dettes : les légumiers sont « aidés »

Fruits et légumes CC Flickr Mathieu Thouvenin

Depuis l’incendie de Morlaix, il ne se passe plus un jour sans une mesure en faveur des légumiers.

Par Thibault Doidy de Kerguelen

Fruits et légumes CC Flickr  Mathieu Thouvenin

Exonération de charges

Les exploitations maraîchères et arboricultrices bénéficieront à partir de 2015 d’une exonération quasi-totale de charges patronales sur les salaires jusqu’à 1,25 fois le Smic, soit 70 millions d’euros d’économies par an pour les agriculteurs, a annoncé vendredi dernier le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll.

C’est bien, mais on en revient toujours au même point, lorsque cela va mal, le gouvernement, quel qu’il soit, exonère le secteur de charges sur les salaires. N’est-ce pas là un aveu ? N’est-ce pas là reconnaître que le problème se situe au niveau du coût astronomique de la main d’œuvre en France ? Alors, pourquoi attendre que cela aille mal pour prendre cette mesure ? Il est temps au contraire de revoir le système, de modifier le mode de financement de la protection sociale et de supprimer les charges pour tous les secteurs. Cela évitera de voir des pans entiers de notre économie s’effondrer pour obtenir enfin cette mesure… prise toujours dans la précipitation et sans contrepartie.

Néanmoins, le gouvernement fait de nouveau « cadeau ». Ces mesures s’inscrivent dans l’application du pacte de responsabilité et du crédit d’impôt compétitivité (CICE). L’actuelle exonération de charges pour les saisonniers sera reconduite dans le budget 2015, a également assuré le ministre à la sortie d’une réunion avec toute la filière fruits et légumes.

Les mesures annoncées mercredi dernier élargies à toute la France

Dans sa lancée, Stéphane Le Foll, a également annoncé l’élargissement à toutes les régions des batteries de mesures promises aux légumiers bretons mercredi dernier. Ainsi, le gouvernement va « mobiliser » la Mutualité sociale agricole (MSA) pour qu’elle accorde des reports et allègements de cotisations aux exploitations en difficulté. Le ministre annonce qu’il va – lui-même, de sa petite main – écrire aux banques pour leur demander des reports sur le remboursement des emprunts ou des renégociations de taux pour les prêts, compte tenu que les taux sont au plus bas.

Le contexte du marché des fruits et légumes est catastrophique

Ces annonces sont-elles à la mesure des enjeux ?

Dans la série « vœux pieux », le ministre appelle au patriotisme fruitier et légumier, et plaide notamment pour une « remobilisation de la restauration collective » afin qu’elle utilise plus de produits français.

Il faudra néanmoins résoudre les problèmes structurels et le ministre annonce pour cela des « assises des fruits et légumes » qui seront organisées au printemps 2015 pour trouver des solutions.

Les professionnels sont dubitatifs

Face à la « situation catastrophique », « il fallait redonner une bouffée d’oxygène sur les trésoreries et il faut que cela se fasse très vite », a réagi à sa sortie du ministère Jacques Rouchaussé, président de l’association des Légumes de France, branche de la FNSEA.

« Je reste dubitatif sur la capacité (de la filière) à passer le cap », a de son côté expliqué Luc Barbier, président de la Fédération des producteurs de fruits (FNPF), rappelant par exemple que le nombre de producteurs de pêches/nectarines avait diminué de moitié en 10 ans.

Effondrement des cours face à une récolte abondante, embargo russe, concurrence de l’étranger, en particulier l’Espagne, les indicateurs sont au rouge dans le secteur des fruits et légumes.


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