Gaz de schiste : quand Nicolas Sarkozy « change » encore

Puits de gaz de schiste (Crédits : Beyond Coal and Gas, licence Créative Commons)

Après avoir été farouchement opposé au gaz de schiste durant sa présidence, voici que le nouveau candidat Sarkozy est pour son développement.

Par Aymeric de Villaret.

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la ministre de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, Nathalie Kosciusko-Morizet abrogeait les permis exclusifs de recherche de gaz de schiste accordés dans le sud de la France au printemps 2010.

Il est vrai qu’un peu plus tôt en juillet 2011, avait été votée la loi Jacob sur l’interdiction de la fracturation hydraulique.

En octobre 2011, Nicolas Sarkozy déclarait : « L’exploitation des ressources en hydrocarbures contenues dans notre sous-sol est un enjeu stratégique pour notre pays, mais pas à n’importe quel prix. » « Cela ne se fera pas tant qu’il n’aura pas été démontré que les techniques utilisées (…) sont respectueuses de l’environnement, de la complexité des sols et des réseaux hydrologiques. » « Ça ne se fera pas aux prix d’une fragmentation des terres qui massacrerait ce paysage presque spirituel que l’Unesco a justement choisi de classer au patrimoine mondial de l’humanité. »

Trois ans plus tard, que de changements dans le discours ! Le 25 septembre 2014, le message est : « Je ne peux pas accepter que les États-Unis soient devenus du point de vue de l’énergie indépendants grâce au gaz de schiste et que la France ne puisse pas profiter de cette nouvelle énergie alors que le chômage ravage tant de nos territoires et tant de nos familles, c’est inacceptable. »

Que s’est-il passé en trois ans qui fasse changer autant d’avis l’ancien président ?

La réponse la plus évidente est à chercher, selon nous, dans les élections présidentielles de 2012 qui s’annonçaient serrées et où il fallait chercher les voix des Verts. Car déjà à l’époque, les cours du gaz américain (Henry Hub) s’étaient effondrés et les perspectives du gaz de schiste aux États-Unis étaient connues.

Cours du gaz (Crédits Shell, tous droits réservés)

La différence majeure est pour les Français la montée du chômage, alors que les États-Unis ont confirmé les perspectives attendues de cette source d’hydrocarbures non conventionnelle.

Avec cette prise de position, Nicolas Sarkozy se positionne en ligne avec les conclusions du rapport Gallois sur la compétitivité et rejoint en quelque sorte le point de vue d’Arnaud Montebourg partisan d’une recherche sur le potentiel du gaz de schiste en France.

Conclusion

Oui, politique quand tu nous tiens, car comment expliquer autrement un tel changement sur la volonté de développer ou non le gaz de schiste en trois ans ? Le réalisme économique prend le dessus et il parait difficile d’être contre à un moment où l’économie n’est pas très florissante.

Peut-on considérer que Nicolas Sarkozy vient de rejoindre Arnaud Montebourg qui, en juin 2013, déclarait : « Qu’est-ce qui interdit d’aller voir ? »

Alors, comme le réclament les industriels, pourquoi ne pas encadrer par la Commission nationale d’orientation, de suivi et d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux, votée dans la loi Jacob de juillet 2011, les expérimentations ?

Nous reprendrons s’il en était besoin, afin de démontrer que les choses peuvent avancer, le point de vue de Fabrice Verdier, membre de la commission des affaires économiques et président du groupe d’études sur les gaz de schiste de l’Assemblé Nationale, député PS du Gard, qui indiquait lors de l’ouverture d’un séminaire le 2 octobre 2013 organisé dans cette même Assemblée par les Amis de la Terre, que même s’il était contre le gaz de schiste, il était favorable à la recherche dans un cadre public.

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