L’Écosse rate l’indépendance

Ecosse, Eilean Donan Castle CC flickr JP Ossorlo

55,3% de non à l’indépendance, et un taux de participation de 84,6% : l’Écosse ne sera pas un pays indépendant.

Par Stéphane Montabert

Ecosse, Eilean Donan Castle CC flickr JP Ossorlo

Couvrant environ un tiers du territoire du Royaume-Uni, l’Écosse est une contrée particulière. Il suffit d’évoquer son nom pour que les images affluent spontanément – les Highlands, les falaises et les lochs, la pluie et la brume, les kilts et la cornemuse, le saumon, le whisky. Quel pays européen d’une taille comparable peut se targuer d’une telle notoriété ?

Ce jeudi 18 septembre avait tout de la date historique. Les Écossais auraient pu mettre un terme à une entente commencée il y a 307 ans. Bien entendu, la décision se serait prise tout à fait démocratiquement selon des modalités discutées depuis des mois entre Londres et Édimbourg. Mais certains rendez-vous avec l’histoire sont fait pour être ratés.

Rétrospectivement, la campagne ne se lança vraiment que dans sa dernière ligne droite lorsqu’un sondage montra pour la première fois le oui en tête.

Les médias francophones ne se sont pas trop étendus sur le sujet mais la population écossaise est très, très à gauche – un héritage historique de l’époque de Margaret Thatcher. Les indépendantistes avaient ainsi pour idée de créer dans leur nouveau pays un régime social-démocrate selon le modèle de l’Europe du Nord, un projet empêché par le « carcan libéral de Londres ».

Nous vîmes donc David Cameron lutter avec la dernière énergie pour maintenir l’intégrité du Royaume-Uni… Contre ses propres intérêts. On comprend bien le peu d’envie qu’il avait de passer à la postérité comme le Premier ministre qui aurait laissé filer l’Écosse, mais sur le plan politique l’opération aurait été extraordinairement bénéfique : privé des bataillons gauchistes venus du nord, les travaillistes auraient été vaincus par les conservateurs pendant au moins une génération.

Il fut également piquant d’entendre M. Cameron lancer de vibrants plaidoyers pour l’unité alors qu’il a dans ses cartons un projet de référendum pour quitter l’Union Européenne…

Parlant d’UE, celle-ci fit également preuve de bien peu de clairvoyance : l’indépendance écossaise aurait grandement affaibli le Royaume-Uni alors que celui-ci est perçu comme l’enfant terrible de l’Europe. Mieux encore, la régionalisation des pays en entités plus petites aurait comparativement renforcé son pouvoir.

Les institutions et les hommes politiques ne furent pas les seuls à raisonner à l’envers ; même la reine Elisabeth II en fut de son couplet, implorant les citoyens de ne pas devenir « la dernière reine d’Écosse » alors même que le pays à nouveau indépendant aurait été de plein droit membre du Commonwealth.

Il ne fait guère de doute que l’incertitude économique a pesé. Quid de la manne pétrolière de mer du Nord ? De la monnaie ? Le niveau de vie des Écossais se serait-il amélioré ou non avec l’indépendance ? Les deux camps s’affrontèrent à coup de chiffres sans apporter de démonstration vraiment décisive. Cela amena évidemment les indécis à opter pour le statu-quo.

On peut malgré tout tirer trois enseignements de cette tentative ratée d’indépendance de l’Écosse.

1. Le processus affecte tout le Royaume-Uni

« C’est un processus, pas un événement », commentaient les politiciens écossais. Comme l’explique l’historien franco-écossais Keith Dixon dans les colonnes de Libération, « l’indépendance n’apparaît plus comme un saut dans l’inconnu ». Les indépendantistes obtinrent avec ce scrutin des concessions majeures de Londres en termes d’autonomie fiscale, que réclament désormais aussi le Pays de Galles et l’Irlande du Nord. David Cameron n’a pas d’autre choix que de les leur accorder.

2. Le processus affecte toute l’Europe

Les Écossais auraient pu marquer le pas en montrant qu’une indépendance démocratiquement acquise est possible, et ensuite prouver qu’elle peut se concrétiser sans catastrophe. La tentative a avorté mais le score reste serré et le processus sera cité en exemple par tous les mouvements indépendantistes (Catalogne, Vénitie, Lombardie, Pays basque…) qui ont les mêmes projets : oui, on peut voter pour l’indépendance.

3. L’indépendance écossaise surviendra certainement

D’ici moins de vingt ans sans doute. Comme le relève Zerohedge, l’analyse des votants montre diverses choses mais l’une d’elle saute aux yeux :

  • Électeurs de 16-17 ans : Oui à 71%, Non à  29%
  • Électeurs de 65 ans et plus : Oui à 27%, Non à 73%

On voit très bien qui privilégie l’audace et qui privilégie la sécurité. Mais cette façon de considérer l’indépendance n’est pas la bonne : pareille décision représente de toute façon un saut dans l’inconnu. Il est vain de chercher à tout planifier, et il est tout aussi vain de croire que la sécurité des retraites sera assurée où que ce soit en Europe sur les décennies à venir avec la crise financière dans laquelle se débat le continent. Les choix audacieux ne sont pas toujours mauvais.

Le prochain vote indépendantiste viendra de la Catalogne le 9 novembre.


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